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Nicaragua : les paysans, cibles privilégiées de la répression, selon une de leurs dirigeantes

Nicaragua : les paysans, cibles privilégiées de la répression, selon une de leurs dirigeantes
Francisca Ramirez, dirigeante de la paysannerie, à San José au Costa Rica, le 27 septembre 2018EZEQUIEL BECERRA

La répression contre les opposants au président nicaraguayen Daniel Ortega frappe encore plus durement dans les campagnes, à l'abri des regards de la communauté internationale : des centaines de personnes y ont été tuées ou emprisonnées depuis le début de la crise en avril dernier, affirme à l'AFP Francisca Ramirez, une dirigeante de la paysannerie au Nicaragua.

"La répression dans les campagnes est plus dure que ce que l'on voit dans la capitale (Nicaragua). Là-bas il n'y a pas de moyens de communication, il n'y a pas d'accès aux réseaux sociaux", explique Francisca Ramirez, interviewée cette semaine par l'AFP au Costa Rica, où elle s'est exilée comme des dizaines de milliers de ses compatriotes.

Si des organisations de défense des droits de l'homme estime que depuis le début de la crise le 18 avril entre 300 et 500 personnes ont été tuées, pour la dirigeante paysanne "il y a eu plus d'un millier" de morts car les victimes dans les campagnes reculées ne sont pas comptabilisées.

- Opposition au canal -

Francisca Ramirez est devenue en 2013 une des principales dirigeants de la paysannerie au Nicaragua en prenant la tête de l'opposition contre un projet de canal entre Atlantique et Pacifique, concurrent de celui du Panama.

Poursuivie pour avoir participé aux manifestations contre le régime du président Ortega, elle a fui avec une dizaine de membres de sa famille et a demandé l'asile au Costa Rica.

"Nous avons été en butte à la persécution (du régime) bien avant le 18 avril. Il y avait des ordres pour nous arrêter, nous avons été emprisonnés", assure l'opposante pour qui la crise n'a fait que révéler ce qui se passait déjà dans les campagnes.

"Au Nicaragua, on ne respecte pas les droits de l'homme. Chaque jour il y a des assassinats, des enlèvements, des tortures dans les prisons, des persécutions contre ceux qui manifestent", s'indigne Francisca Ramirez.

"Le 18 avril, les jeunes se sont réveillés, ils ont donné de la voix et ont dit non à la soumission. Cela a augmenté la répression, les assassinats", commente-t-elle. Deux jours plus tard, les organisations paysannes ont rejoint le mouvement.

Aux manifestations, "le gouvernement a répondu par des assassinats, par la répression, encore et encore", raconte Francisca Ramirez, qui croit toujours à une issue à la crise par le dialogue.

"Nous demandons aux pays étrangers et aux organisations de défense des droits de l'homme de faire pression pour qu'il y ait bientôt des élections anticipées", dit-elle en reprenant la principale revendication de l'opposition, rejetée par Daniel Ortega et son épouse et vice-présidente Rosario Murillo.

"S'il y a une justice, Daniel Ortega et son épouse doivent être jugés pour crime contre l'humanité car ils ont pris la vie de beaucoup de jeunes, ils nous ont pris la paix, ils nous ont fait vivre ce qu'un être humain peut vivre de pire", conclut la dirigeante de la paysannerie nicaragueyenne.

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