Nicaragua: opération policière meurtrière, des officiels visés par des sanctions

Nicaragua: opération policière meurtrière, des officiels visés par des sanctions
Des opposants au président nicaraguayen Daniel Ortega manifestent, le 4 juillet 2018 à ManaguaMARVIN RECINOS

Une opération policière meurtrière a été menée jeudi dans le nord-ouest du Nicaragua, selon des sources concordantes, au moment même où les Etats-Unis adoptaient des sanctions contre trois hauts responsables de ce pays en proie à un fort mouvement de contestation.

Alvaro Leiva, un responsable de l'Association nicaraguayenne pour les droits de l'Homme (ANPDH), a d'abord annoncé le décès de Dany Lopez, 21 ans, touché par des tirs alors qu'il participait au blocage d'une route dans la localité indigène de Sutiaba, à proximité de la ville de Léon.

Deux autres jeunes, Junior Nuñez, 22 ans, et Alex Machado, 24 ans, sont morts dans des circonstances similaires, a ensuite indiqué à l'AFP le curé de Léon, Victor Morales.

"Il y a beaucoup de tension et nous avons confirmé au moins trois décès", a déclaré le prêtre.

Machado a été abattu lorsque les forces gouvernementales sont entrées à Sutiaba pour détruire les barricades de pavés, érigées dans les rues par les manifestants, a indiqué à l'AFP sa mère, Luisa Sánchez.

"Hier, mon fils me disait 'si je meurs, c'est pour une cause juste'. Le coeur d'une mère ne peut se tromper, quand j'ai entendu la fusillade, j'ai senti une douleur au ventre, ils me tuaient, c'est la faute du gouvernement", a-t-elle déclaré.

Après avoir abandonné une des barricades démontées par des policiers et des hommes armés, Nuñez et Vazquez "se sont réfugiés dans une maison", où la police est entrée et les a abattus, a détaillé le père Morales.

"Je souhaite que l'on mette fin à toute cette souffrance", a réagi la mère de Junior Nuñez, Aura Rojas.

- "C'est horrible ce que nous vivons !" -

Ce nouvel épisode de violence a également fait 22 blessés et 14 personnes ont été arrêtées, dont un enfant de 12 ans, d'après les manifestants.

En parallèle, l'Eglise catholique, qui fait office de médiatrice, a annoncé une reprise du dialogue entre le gouvernement et l'opposition lundi. Il s'agit d'une nouvelle tentative après plusieurs rencontres sans résultat.

"Il est nécessaire d'appeler tous ceux qui se trouvent sur les barricades, les jeunes, les adultes, les pères, les mères de ces jeunes, à lever les barricades, à quitter les barricades", a déclaré le ministre nicaraguayen des Affaires étrangères, Denis Moncada, selon le site El 19 Digital, proche du gouvernement.

Des véhicules anti-émeute et des hommes cagoulés patrouillaient jeudi dans les rues de Sutiaba, a constaté une équipe de l'AFP sur place.

"Je suis toujours restée enfermée à la maison, puis je me suis réfugiée au fond de la cour où les balles ont failli nous atteindre. C'est horrible ce que nous vivons au Nicaragua, que quelqu'un nous vienne en aide", a témoigné, encore sous le choc, Angela Nuñez, 70 ans, une habitante.

"Vers six heure du matin, les cloches ont sonné et on a entendu des tirs, ils (les policiers) ont lancé des bombes lacrymogènes, les jeunes ont répliqué avec des mortiers artisanaux", a raconté à l'AFP Eduardo, qui vit à Sutiaba.

- Saisie des biens -

Ce nouvel accès de violence est intervenu le jour où les Etats-Unis annonçaient des sanctions à l'encontre de trois hauts responsables du Nicaragua, dont le numéro 2 de la police en charge des opérations de maintien de l'ordre. Ils sont accusés de corruption et de graves violations des droits de l'Homme.

"Sous la direction de Francisco Javier Diaz Madriz, la police nationale du Nicaragua s'est rendue responsable d'abus visant la population du Nicaragua", a déclaré dans un communiqué le département d'Etat américain.

De son côté, Fidel Antonio Moreno Briones se voit lui reprocher d'avoir supervisé des violences commises par les jeunesses sandinistes, tandis que l'homme d'affaires Jose Francisco Lopez Centeno, président de Petronic et trésorier du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), parti au pouvoir, est coupable de corruption, ont précisé les autorités américaines.

Ces mesures de rétorsion permettent la saisie des biens de ces trois personnes dans tous les territoires sous juridiction américaine et interdisent à tout Américain ou toute entité américaine d'effectuer des transactions avec les trois officiels visés.

Le Nicaragua est secoué depuis deux mois et demi par une vague de manifestations contre le président Daniel Ortega, accusé d'avoir instauré une dictature avec son épouse et vice-présidente Rosario Murillo, mais aussi de népotisme et de diriger la répression en cours, qui a fait selon les bilans entre 220 et 309 morts ainsi que 1.500 blessés depuis le 18 avril.

Ces manifestations et ces heurts interviennent alors qu'un groupe d'experts de la Commission interaméricaine des droits de l'Homme (CIDH) a commencé mardi, dans le cadre d'un mandat de six mois, à enquêter sur les violences.

Daniel Ortega, ex-guérillero de 72 ans, est au pouvoir depuis 2007 après un premier mandat de 1979 à 1990. L'opposition, soutenue par l'Eglise catholique, qui assure une médiation avec le pouvoir, exige qu'il organise des élections anticipées en mars 2019 au lieu de 2021.

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