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Nier les entraves à la liberté de la presse au Pakistan relève de "l'indécence"

(Belga) Nier les entraves à la liberté de la presse au Pakistan relève de "l'indécence", a estimé mercredi Reporters sans frontières, après que le Premier ministre Imran Khan a récemment qualifié de "blague" l'idée d'une censure de l'information dans son pays.

"De deux choses l'une: soit vous êtes très mal informé, auquel cas il apparaît urgent de renouveler votre entourage ; soit vous occultez sciemment la réalité, ce qui est grave au regard de vos responsabilités", a écrit le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire, dans un lettre ouverte au chef du gouvernement pakistanais. "Pour les journalistes de votre pays, Monsieur le Premier ministre, cette +blague+ n'a rien d'humoristique", a-t-il poursuivi, dénonçant des "cas de censure éhontée". En juillet, la diffusion d'un entretien avec l'ex-président et actuel opposant Asif Zardari, poursuivi pour corruption, avait été interrompu sans explications après quelques minutes par la plus grande chaîne de télévision pakistanaise, Geo News. Le présentateur Hamid Mir, l'auteur de l'interview, avait dénoncé des "restrictions croissantes à la liberté d'expression", suggérant que l'armée était derrière cette manoeuvre. Trois autre chaînes de télévision qui avaient retransmis une conférence de presse d'un autre ténor de l'opposition avaient ensuite été provisoirement "supprimées des réseaux câblés", s'est indigné RSF, ajoutant que Geo News, quelques jours plus tard, avait été "une nouvelle fois censurée". Deux journalistes et un blogueur ont été assassinés ces trois derniers mois au Pakistan, sans qu'aucune arrestation n'ait été effectuée, peut-on lire dans cette lettre ouverte. Interrogé la semaine dernière à Washington sur la liberté d'informer au Pakistan, Imran Khan avait assuré que son pays disposait d'"une des presses les plus libres du monde". "Dire qu'il y a des restrictions à l'encontre de la presse au Pakistan est une blague", avait-il ajouté. "Au vu de cette récente recrudescence de violations de la liberté d'informer (...), parler d'+une des presses les plus libres au monde+ relève clairement de l'indécence", lui a rétorqué Christophe Deloire. La première année au pouvoir d'Imran Khan a été marquée par une répression accrue contre les militants des droits civiques et l'opposition politique, ainsi que par une pression croissante sur les médias. Critiquer les militaires est notamment perçu comme une ligne rouge au Pakistan. L'année dernière, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a déclaré dans un rapport que l'armée avait "discrètement, mais efficacement, imposé des restrictions à l'information", ce que celle-ci nie. (Belga)

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