Nigeria: le gouvernement demande la suspension du président de la Cour suprême

(Belga) Le gouvernement nigérian a réclamé mardi à la justice de suspendre de ses fonctions le président de la Cour suprême, plus haut magistrat du pays, inculpé pour fraude, le temps de son procès.

Cette affaire qui fait grand bruit au Nigeria est très politisée, à moins d'un mois des élections générales dans le pays le plus peuplé d'Afrique. L'opposition a accusé le gouvernement de vouloir se débarrasser du juge suprême - notoirement critique du pouvoir actuel - alors que la Cour suprême est compétente pour régler les éventuels litiges liés au scrutin. Walter Samuel Onnoghen était absent lors de l'audience qui s'est tenue à Abuja devant le Tribunal du code de conduite (CCT), créé spécialement pour juger les questions éthiques, comme les non-déclarations ou fausses déclarations d'avoirs. Il est accusé de ne pas avoir déclaré plusieurs comptes bancaires en dollars, euros et livres sterling. "L'accusé est le président de la Cour suprême et du Conseil national de la magistrature. Nous ne lui demandons pas de démissionner, mais nous le prions de se mettre en retrait pour la durée de ce procès", a déclaré le procureur, Aliyu Umar. Le tribunal ne s'est pas prononcé dans l'immédiat sur cette requête. La défense conteste la compétence même du CCT à juger cette affaire. Le principal avocat de la défense, Wole Olanipekun, a demandé la suspension du procès devant le CCT en attendant que des procédures entamées devant d'autres juridictions pour la même affaire aboutissent. Mais le CCT a rejeté cette demande, affirmant qu'il n'était pas lié aux décisions des autres cours de justice, avant d'ajourner l'audience au 28 janvier. Le juge Onnoghen a dénoncé à plusieurs reprises la "politisation" des nominations dans le système judiciaire nigérian depuis l'élection de M. Buhari à la présidence en 2015. Les Nigérians voteront le 16 février prochain pour choisir leurs président et parlementaires. Muhammadu Buhari, candidat à un second mandat, est régulièrement accusé de mener une chasse aux sorcières contre ses opposants politiques. Son principal adversaire à la présidentielle, l'ancien vice-président Atiku Abubakar, a accusé la semaine dernière l'administration Buhari de "faire pression sur une institution gouvernementale indépendante et autonome pour faire démissionner (Onnoghen) ou le mettre à l'écart". (Belga)

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