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Nom de la Macédoine : sur la place Syntagma, des Grecs déterminés à se battre jusqu'au bout

Nom de la Macédoine : sur la place Syntagma, des Grecs déterminés à se battre jusqu'au bout
Des milliers de personnes manifestent le 24 janvier 2019 à Athènes près du parlement contre le nouveau nom de "Macédoine du Nord" d'un pays voisin.LOUISA GOULIAMAKI
Grèce

"Jusqu'au bout, nous nous opposerons à cet accord. La Macédoine restera pour toujours grecque dans nos cœurs". Présent face au parlement à Athènes, Michalis s'est déplacé du Péloponnèse pour manifester jeudi soir contre le nouveau nom de "Macédoine du Nord" d'un des Etats voisins de la Grèce, sur lequel les députés voteront vendredi.

Agitant des drapeaux aux couleurs nationales -bleu et blanc- à la nuit tombée, quelques milliers de manifestants faisaient face au parlement éclairé, où se déroulent depuis mercredi matin des débats houleux sur l'accord rebaptisant ce petit pays qui a le même nom qu'une province grecque.

"Il faut déchirer cet accord", hurle un protestataire au mégaphone. "Les près de 152 députés qui vont voter cet accord sont des traîtres à la nation", résonne la voix sur la place Syntagma. Et d'appeler la foule à "continuer à se battre" ces "prochains mois".

"Jusqu'au bout, nous nous opposerons à cet accord. Même s'il est voté par le Parlement, nous continuerons à montrer notre mécontentement", affirme, un sac à dos militaire sur les épaules, Michalis, qui a fait le déplacement en provenance de Kalamata (sud) à l'appel des organisations défendant "la grécité" de la Macédoine.

"Le gouvernement ne s'intéresse pas à l'intérêt national. Il est prêt à vendre notre histoire et notre culture pour plaire à Madame Merkel et Monsieur Trump", s'insurge encore le trentenaire qui avait déjà participé dimanche à la manifestation qui avait fini en affrontements.

Les vendeurs de drapeaux grecs se sont installés vers midi sur la place Syntagma. Les restaurants ont ramassé les chaises et les tables en terrasse, les grands hôtels ont érigé des grilles pour se protéger des projectiles en prévision de la manifestation. La station de métro de Syntagma a fermé et les policiers se sont positionnés autour du Parlement, de peur que les incidents de dimanche ne se reproduisent.

Mais, cette fois, la manifestation devrait tourner court. Le parlement a annoncé le report à vendredi après-midi du vote initialement prévu pour dans la nuit.

- Tsipras "contre son peuple" -

"Nous voulons empêcher que cet accord ne soit signé mais, demain, si les députés l’approuvent, il sera dur de revenir dessus", lâche dépitée Maria, 25 ans, recouverte d'un drapeau grec. "Avec cet accord, nous donnons l’autorisation à un autre pays de s’approprier notre culture, notre histoire".

"Le gouvernement se dérobe à nouveau face aux Européens et aux Américains", fustige Dyonisis. "Pendant la crise, les Grecs ont beaucoup souffert (...) notre gouvernement a pris des mesures d'austérité très dures, et sur cette question nationale, il ne résiste pas non plus", dénonce le quadragénaire.

"Comment le gouvernement peut-il ainsi aller contre son peuple ?", renchérit Babis, un retraité. "Nous voulons un référendum sur cette question d’importance nationale. Alexis Tsipras a trahi ses promesses en acceptant les mesures d’austérité, maintenant il trahit toute la nation en acceptant un accord que la majorité des Grecs refuse".

Selon un dernier sondage, près de 70% des Grecs interrogés se sont prononcés contre l'accord qui rebaptise l'ex-république yougoslave "République de Macédoine du Nord". Pour la plupart, ce nom doit être réservé à la province septentrionale grecque.

"Nous ne pourrons plus nous appeler Macédoniens avec cet accord, alors que de tout temps, ce mot est lié à la Grèce. Le mot a été usurpé par les Slaves. Avant, ce peuple n’existait pas. Quiconque ouvre un livre d’histoire peut l’apprendre", tempête Evangelos Politakis, un enseignant.

Athanassios Galanopoulos, quant à lui, ne comprend pas ce grand mécontentement : "Cet accord est historique et nous permet de mettre un terme à un conflit vieux de 30 ans. En plus, il permet de développer de nouveaux liens économiques avec les Balkans". "Encore se déchirer à notre époque pour des questions nationalistes me dépasse", ajoute le fonctionnaire.

Panagiotis Pouliatzis s'inquiète aussi du climat général : "Certaines personnes sont prêtes à en venir aux mains et aux coups... Est-ce que ça vaut le coup de diviser notre société pour régler un conflit avec un voisin ?"

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