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Nouvelle ère au Japon: branle-bas de combat chez les imprimeurs

histoire

Branle-bas de combat chez un grand fabricant de calendriers japonais: employés et cadres agglutinés autour d'un téléviseur applaudissent à l'annonce du nom de la nouvelle ère, "Reiwa", et se mettent immédiatement à l’œuvre.

Cette appellation accompagnera le règne de l'empereur Naruhito lorsqu'il succèdera à son père, l'actuel souverain Akihito, qui abdiquera le 1er mai dans la 31e et dernière année de son ère, baptisée Heisei.

Le calendrier grégorien est répandu au Japon mais le système des ères est utilisé pour les documents administratifs, les annuités de retraite, les prêts bancaires. Les Japonais expriment leur année de naissance le plus souvent en donnant l'année de l'ère impériale correspondante.

Pour Kunio Kowaguchi, président du fabricant de calendriers et agendas Todan, l'événement est donc de taille: il implique l'adaptation de tous ses produits afin qu'ils portent le nom de "Reiwa".

Ils étaient une trentaine dans les bureaux tokyoïtes de l'entreprise lundi, retenant leur souffle devant un écran de télévision lorsque le porte-parole du gouvernement Yoshihide Suga a brandi devant les caméras les deux kanji (idéogrammes) tant attendus, calligraphiés sur un document encadré.

"J'aime ça, c'est très bien", dit M. Kowaguchi à l'AFP en soulignant que peu de mots en japonais commencent par le son "r". "Reiwa ça fait moderne à l'oreille et quand vous regardez les caractères, c'est solennel", s'enthousiasme-t-il. Le gouvernement n'a pas encore publié de traduction officielle de la signification de ce nom dont les deux idéogrammes combinés évoquent une "harmonie" porteuse d'espoir.

Dès l'annonce, une conceptrice se précipite sur son ordinateur afin de commencer à préparer la pagination des calendriers et agendas qui porteront le "gengo": le nom de l'ère.

- "Un flot de demandes" -

Un de ses collègues consulte des dictionnaires en ligne afin d'être sûr de l'ordre dans lequel doivent être dessinés les traits des deux kanji. Il transmet cette information à un calligraphe qui attendait dans une autre pièce et qui se met à peindre soigneusement les deux caractères sous l'oeil du chef Kowaguchi et de collègues.

Puis pour gagner du temps et scanner l’œuvre au plus vite on s'empresse de sécher l'encre avec un ventilateur avant d’avoir carrément recours à un sèche cheveux.

La nouvelle ère est arrivée trop tard pour l'impression des calendriers de 2019 mais la société s'est immédiatement mise à la production d'une série de 800 calendriers de bureau qui courront de mai 2019 à mars 2020, fin de 'année traditionnelle japonaise. Pour 2020, "nous comptons produire quelque 50 calendriers différents avec le gengo", dit M. Kowaguchi à l'AFP.

Même ambiance dans l'usine située à 70 km à l'est de Tokyo, où les 70 ouvriers se sont rassemblés à la cantine pour regarder l'annonce à la télévision, raconte à l'AFP son directeur Junichi Ishii. "Je me suis senti soudain soulagé en entendant enfin le nouveau nom", environ deux ans après l'annonce officielle.

"Nous allons nous lancer dans la production à présent", lance-t-il. Les rotatives avalent alors de grandes feuilles sur lesquelles s’impriment les quelques mois de l'édition spéciale. Les ouvriers s'en saisissaient, les découpent, les assemblent.

"Nous avions prévu d'en faire un produit commémoratif que les clients garderont et non quelque chose que nous produirions en grande quantité", a-t-il déclaré. Mais, ajoute-t-il, "voilà que nous recevons un flot de demandes et je me dis que d'en imprimer 800 seulement va décevoir les clients".

Le Japon est le seul pays au monde à encore utiliser des calendriers suivant la tradition chinoise des ères et bien des Japonais se souviennent d'événements par l'année de l'ère où ils se sont produits plutôt que par leur date dans le calendrier grégorien.

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