Environ 300 migrants évacués d'un camp insalubre au nord de Paris

Environ 300 migrants évacués d'un camp insalubre au nord de Paris
Un campement de migrants à Paris le 10 janvier 2019Christophe ARCHAMBAULT

Environ 300 migrants qui vivaient depuis des semaines dans un camp insalubre à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) ont été évacués vendredi matin pour être "mis à l'abri", la deuxième opération de ce type en trois jours au nord de Paris.

Un total de "298 personnes" ont été prise en charge par l'Etat lors de cette opération, a-t-on indiqué à la préfecture d'Ile-de-France.

La municipalité de Saint-Denis a de son côté indiqué qu'elle allait proposer une solution pour "32 personnes pas prises en charge" par la préfecture, "faute de place" selon elle. Ces hommes et femmes "seront accueillis à l'église Sainte-Jeanne d'Arc de la Mutualité", a indiqué la ville dans un communiqué.

Vers 07H00, par un froid mordant d'à peine 2 degrés, les habitants du campements attendaient dans le calme, valise ou sac à dos à la main, de monter dans des bus qui devaient les emmener vers des centres d'hébergement, notamment des gymnases, en Ile-de-France, a constaté une journaliste de l'AFP. Le premier bus est parti à 07H40.

Le campement comptait environ 400 personnes, essentiellement des migrants venus de la corne de l'Afrique (Soudanais, Érythréens, Somaliens), selon le décompte mené la semaine dernière , avec des tentes qui s'étiraient le long de l'avenue du Président Wilson, à la sortie de Paris.

Mohamad, un Soudanais de 25 ans, qui en paraît dix de plus, attendait le car, sans bagages ni sac de couchage sous le bras. Où va-t-il ? "Je ne sais pas. Mais cela fait un an que je suis dehors", glisse-t-il d'une voix éteinte.

Novar, un Somalien, hésitait à abandonner sa tente : il a quitté le centre d'hébergement où il dit avoir eu des problèmes à Moulins (Allier) et sait qu'il risque donc de se faire refuser toute autre proposition d'accueil dans un autre centre. "Il fait froid ici, ça fait deux semaines que je dors dehors, ça ne peut pas durer. Mais qu'est-ce que je peux faire ?", demande le demandeur d'asile.

Les migrants évacués pourront être mis "à l'abri" et voir leur situation examinée dans ces centres où ils pourront rester quelques semaines, a-t-on indiqué à la préfecture, qui avait prévu sept bus pour l'opération.

L'Etat a annoncé mardi qu'il comptait intensifier les opérations de ce type, avec 1.200 places mobilisées d'ici à la fin de la semaine prochaine, pour résorber les campements qui se sont installées dans le nord de la capitale.

Environ 2.230 personnes migrantes, Afghans, Soudanais et Érythréens, avaient été recensées il y a une semaine par l'association France terre d'asile qui est chargée des maraudes. Sur ce total, un millier dormaient porte de la Chapelle.

La mise à l'abri de vendredi est la seconde de la semaine après celle, mardi à la porte de Clignancourt, de près de 180 migrants, essentiellement des Afghans qui vivaient eux aussi dans un campement insalubre.

Tout en se félicitant de cette mise à l'abri, Yann Manzi, de l'association Utopia 56, s'est dit "inquiet" pour les migrants déboutés de leur demande d'asile et ceux ayant leurs empreintes enregistrées dans un autre pays européen, où ils pourraient être renvoyés en vertu des règles européennes.

La mairie (communiste) de Saint Denis, tout en se disant soulagée, a regretté dans un communiqué "qu'il faille à nouveau attendre une situation critique" pour mettre à l'abri "ces êtres humains", et promis qu'elle serait "particulièrement attentive à ce que les mises à l’abri ne servent pas de prétexte pour procéder à des expulsions".

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