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Talibans et responsables afghans quittent Moscou sur un satisfecit

Talibans et représentants de l'opposition au gouvernement afghan se sont quittés mercredi sur un satisfecit à l'issue de deux jours de pourparlers à Moscou en s'accordant sur un communiqué commun.

"Ce fut un grand succès. Nous nous sommes mis d'accord sur de nombreux points et j'espère qu'à l'avenir nous pourrons aller plus loin et enfin parvenir à une solution", a déclaré le chef de la délégation talibane, Sher Mohammad Abbas Stanikzai.

L'ex-président afghan Hamid Karzaï s'est également dit satisfait "des résultats de la réunion" et "d'être parvenus à une déclaration très substantielle".

Les 80 membres de partis politiques et de la société civile afghane, d'où ne figurait aucun membre du gouvernement du président afghan Ashraf Ghani, ont établi en accord avec la dizaine de représentants talibans une déclaration d'intention en neuf points.

Outre des engagements à poursuivre "des pourparlers intra-afghans", les deux parties, qui ont voté l'accord à main levé après sa lecture, se sont engagées à respecter de nombreux droits, dont celui des femmes "conformément aux valeurs islamiques".

Ce point a été relevé par une des deux femmes de la délégation afghane, Fawzia Koofi.

"Lorsque vous parlez des droits islamiques, il y a des interprétations différentes. J'ai vécu en Afghanistan à l'époque des talibans et je sais que leur interprétation des droits islamiques concernant les femmes est différente de celle du gouvernement actuel", a déclaré après le vote la présidente de la Commission des femmes, de la société civile et des droits de l'Homme à l'Assemblée.

"Mes recommandations durant les réunions plénières étaient d'inscrire que les droits des femmes et de tous les citoyens seront protégés dans le cadre de tout accord futur. Cela a été accepté mais n'a pas été reflété dans la résolution" finale qu'elle n'a "pas voté", a-t-elle dit.

Des engagement sur l'éducation ou encore la liberté d'expression font également référence à ces "valeurs islamiques".

- Constitution -

La déclaration finale ne mentionne par ailleurs pas le fait d'un éventuel changement de la Constitution afghane, tel qu'il avait été réclamé par les représentants talibans.

Mardi, M. Stanikzai avait appelé de ses voeux une nouvelle "constitution islamique" pour l'Afghanistan, en remplacement de l'actuelle, qu'il a qualifiée de "vague et contradictoire" ou encore d'"invalide parce qu'elle a été copiée de l'Occident".

Si "chacun a présenté ses points de vue", Fawzia Koofi a assuré que la délégation afghane a "dit que la constitution actuelle était légitime".

Le "retrait complet des forces armées étrangères" figure également dans la déclaration finale, de même que l'engagement que le territoire afghan "ne pose pas de menace à la communauté internationale", deux points sur lesquels les Etats-Unis et les talibans semblent avoir posé les bases d’un accord lors de leurs derniers pourparlers fin janvier à Doha.

Interrogé sur l'existence d'un accord du retrait des forces américaines, M. Stanikzai a indiqué qu'"aucun calendrier n'avait été fixé" et que ce point était toujours en cours de négociation avec Washington.

Les Etats-Unis, qui comptent environ 14.000 militaires en Afghanistan, ont de nouveau confirmé mercredi qu'"aucun calendrier de retrait des troupes n'a été établi".

Ce premier dialogue intra-afghan du processus de paix en cours s'est tenu en l'absence de représentants du gouvernement, qui n'y ont pas été conviés en dépit d'appels répétés du président Ashraf Ghani à négocier.

Visiblement excédé, il avait répliqué en soulignant l'absence de légitimité des participants. "A qui parlent-ils? Où est leur pouvoir exécutif?", s'est-il exclamé mardi dans un entretien à la télévision afghane.

Le président Ghani a par la suite reçu le soutien du secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo, qui a "souligné l'importance cruciale d'assurer le rôle central du gouvernement afghan dans le processus de paix".

Le président américain Donald Trump s'est contenté de qualifier mardi les discussions avec les talibans de "constructives".

"Nous ne savons pas si nous trouverons ou non un accord, mais nous savons qu'après deux décennies de guerre l'heure est venue d'essayer au moins de faire la paix", a-t-il dit dans son allocution sur l'état de l'Union.

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