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Nucléaire: l'Iran accueille avec circonspection les engagements de l'UE

L'Iran a dit samedi attendre des mesures concrètes de la part des Européens pour décider si l'accord sur le nucléaire pouvait être sauvé, au premier jour d'une visite à Téhéran du commissaire européen à l'Energie, Miguel Arias Canete.

M. Canete est le premier responsable occidental à être reçu dans la capitale iranienne depuis la décision des Etats-Unis de se retirer de l'accord historique signé en 2015 entre Téhéran et six grandes puissances afin de limiter le programme nucléaire iranien.

Washington réimposera des sanctions économiques à l'Iran et aux entreprises étrangères qui auraient des liens avec ce pays, forçant ainsi certaines sociétés, notamment européennes, à renoncer à leurs investissements en Iran.

Le géant français de l'énergie Engie (ex-GDF Suez) a annoncé samedi qu'il se désengagera de ses activités d'ingénierie en Iran d'ici au mois de novembre afin d'éviter les sanctions. Le groupe pétrolier Total avait lui indiqué mercredi qu'il ne mènerait pas à terme un grand projet gazier s'il n'obtient pas une dérogation de Washington.

L'UE a indiqué cette semaine chercher "des solutions pratiques pour permettre à l'Iran de continuer ses ventes de pétrole et de gaz, poursuivre ses transactions bancaires, maintenir les liaisons aériennes et maritimes".

L'euro va ainsi devenir la devise pour les transactions sur le pétrole iranien, réglées via des transferts entre les Banques centrales européennes et la Banque centrale iranienne.

Des assurances seront souscrites dans les Etats européens importateurs pour les cargaisons, comme cela se fait en Grèce, en France et en Italie, a expliqué M. Canete à l'issue d'une réunion avec le ministre du Pétrole, Bijan Namdar Zanghaneh.

Le ministre iranien a déclaré que l'Iran n'avait "pas l'intention de modifier le niveau actuel de ses exportations", dont 20% vers l'UE et 70% vers la Chine et d'autres pays d'Asie. L'Iran produit actuellement 3,8 millions de barils de pétrole par jour (mbj) et exporte environ 2,6 mbj de pétrole brut et de condensat de gaz.

M. Zanganeh a ajouté que l'Iran avait aussi "négocié" avec ses clients asiatiques, en particulier la Chine et l'Inde, et n'avait pas reçu de signal "négatif" de leur part, selon l'agence de presse Irna.

- "Beaucoup de possibilités" -

Préserver l'accord nucléaire est "fondamental pour la paix dans la région", a soutenu le commissaire européen lors d'une rencontre avec le vice-président iranien Ali Akbar Salehi.

Bruxelles a lancé vendredi une procédure visant à activer la "loi de blocage" afin de contrecarrer les effets extraterritoriaux des sanctions américaines pour les entreprises européennes voulant investir en Iran. Elle sera surtout utile pour les petites et moyennes entreprises, peu exposées aux Etats-Unis, a souligné le commissaire.

"Pour le moment (...) nous attendons de voir si ces mesures débouchent sur des résultats tangibles", a déclaré M. Salehi. "Dans le cas contraire, nous serons contraints de prendre une décision que personnellement je ne souhaite pas", a-t-il poursuivi.

L'Iran a auparavant menacé de relancer son programme d'enrichissement d'uranium à un "niveau industriel". "Nous avons beaucoup de possibilités et de combinaisons possibles" pour cette décision, a souligné M. Salehi, qui dirige aussi l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA).

"La balle est dans le camp de l'Union européenne", a-t-il résumé lors d'un entretien avec des journalistes accompagnant M. Canete, réaffirmant l'opposition de l'Iran à toute renégociation de l'accord de 2015.

- "Attendons quelques semaines" -

L'accord nucléaire de 2015 vise à faciliter les échanges commerciaux avec l'Iran et à relancer son économie, en levant de lourdes sanctions internationales en échange d'un engagement de Téhéran à limiter ses activités nucléaires.

Le président américain Donald Trump juge le texte trop laxiste sur l'aspect nucléaire, et estime qu'il ne s'attaque pas aux missiles balistiques de Téhéran. Téhéran refuse toute négociation sur le programme balistique du pays.

M. Canete doit rencontrer dimanche le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif.

M. Salehi a pressé samedi les Européens à rapidement concrétiser leurs engagements. "Si rien ne vient, la majorité de la population nous forcera à l'abandonner" (l'accord), a-t-il averti.

"Attendons encore quelques semaines et voyons comment tout cela se développe", a-t-il ajouté.

M. Canete a reconnu que la tâche ne serait pas facile, car nombre d'entreprises européennes engagées en Iran parlent de quitter le pays pour éviter les conséquences des sanctions américaines, comme la perte de leur licence aux Etats-Unis pour les banques.

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