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Passe d'armes au premier jour du procès anti-trust AT&T-Time Warner

Passe d'armes au premier jour du procès anti-trust AT&T-Time Warner
Le patron de Time Warner Jeff Bewkes à son arrivée au tribunal, premier jour du procès in tenté par le gouvernement pour bloquer sa fusion avec ATT. Le 22 mars 2018 à Washington, DCJIM WATSON

L'ouverture du procès intenté par le gouvernement américain pour bloquer la méga-fusion à 85 milliards de dollars entre AT&T et Time Warner, a été marquée jeudi à Washington par une passe d'armes entre les avocats des deux parties.

Ce mariage entre un opérateur téléphonique arborant également la casquette de distributeur de contenus et d'un fournisseur de ces mêmes contenus va-t-il créer un géant des médias qui va étouffer la concurrence ou accoucher d'un nouveau rival de Google et Facebook? Tel est l'enjeu de ce procès très suivi par les milieux d'affaires car il devrait donner une idée de l'approche retenue en matière d'antitrust par de l'administration Trump au moment où se multiplient les fusions et acquisitions.

Celles-ci sont alimentées par de gros trésors de guerre amassés par les sociétés américaines, notamment dans la télévision, secteur en pleine transformation sous les coups de butoir de Netflix, Amazon (Prime Video) et Google (Youtube).

"Les prix vont augmenter, l'innovation, elle, va en prendre un coup", a attaqué sans surprise Craig Conrath, le conseil du département de la Justice (DoJ) dans sa déclaration liminaire, reprenant les arguments déjà déployés par le ministère dans les semaines précédant le procès.

Dans la salle, Randall Stephenson, le PDG d'AT&T, et Jeff Bewkes, le patron de Time Warner, écoutent sans piper mot.

Pour Me Conrath, cette transaction va donner à AT&T, l'acquéreur, une "arme" contre ses concurrents et conduire inéluctablement à une hausse des prix pour les 90 millions d'abonnés à la télévision payante aux Etats-Unis.

Selon le conseil, en mettant la main sur Time Warner (studios Warner Bros, le bouquet de télévision HBO, les chaînes de télévision CNN, TNT et TBS notamment) AT&T va se retrouver avec des contenus "indispensables" qui le pousseraient également à augmenter les prix pour les autres distributeurs de contenus, ce qui affecterait au premier chef les plates-formes internet émergentes comme Sling TV.

- "Vaches à lait" -

"L'intégration verticale dans cette industrie peut effectivement être une arme pour entraver la concurrence", a souligné Me Conrath, ajoutant que AT&T va en outre avoir le pouvoir de "ralentir l'innovation et protéger ses vaches à lait" que sont l'opérateur satellitaire DirecTV et les services d'abonnement au câble.

"Cela donnerait à AT&T le pouvoir d'étouffer la concurrence", a asséné le conseil.

Rejetant en bloc ces arguments, Daniel Petrocelli, l'avocat d'AT&T, assure, lui, que les consommateurs américains vont être les grands bénéficiaires de l'opération qui va donner naissance à un groupe capable de concurrencer les géants de la Silicon Valley, qui se partagent le gâteau dans la publicité et ne cachent plus leurs ambitions pour en faire de même dans la télévision.

"Toutes ces entreprises technologiques sont en train de transformer l'industrie", a-t-il martelé. Pour lui, la nouvelle entité n'aura pas à augmenter les prix car elle pourra tirer ses profits d'une hausse prévue des recettes publicitaires.

Il explique qu'AT&T, qui dispose de données des consommateurs en tant qu'opérateur téléphonique et distributeur, pourra proposer aux annonceurs d'adapter leurs spots publicitaires en fonction du public recherché comme le font Google et Facebook. Cette valeur ajoutée permettrait au nouveau groupe d'augmenter les prix de ses espaces publicitaires, ce qui éviterait une hausse du prix des abonnements télévisuels.

- Attaques de Trump -

"Cela va permettre à Time Warner de réduire ses prix, parce que les annonceurs vont payer plus", a défendu Me Petrocelli.

L'examen du dossier AT&T-Time Warner par le ministère de la Justice a été compliqué par les attaques récurrentes du président américain Donald Trump contre CNN. Le gouvernement a voulu obliger Time Warner à vendre la chaîne d'information CNN pour approuver l'opération, ce que le groupe a refusé, avait indiqué une source proche du dossier à l'AFP. Le juge Richard Leon a toutefois écarté du procès les arguments politiques.

D'après des experts en matière d'antitrust, bloquer la transaction va établir un précédent car les fusions dites verticales -deux entreprises non concurrentes parce qu'elles ne font pas le même métier- ont jusqu'ici toujours reçu l'aval des autorités de la concurrence.

En 2011, une fusion similaire entre le câblo-opérateur Comcast et le groupe de médias NBCUniversal, avait été validée, sous certaines conditions.

Le procès pourrait durer de six à huit semaines mais il n'est pas exclu qu'un accord intervienne entre les deux parties avant sa conclusion.

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