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"Géant", "virtuose", hommages appuyés pour l'écrivain Philip Roth, décédé mardi

L'Amérique des lettres a rendu un hommage appuyé mercredi à l'écrivain américain Philip Roth, qualifié de "géant" ou "virtuose" par ses pairs au lendemain de son décès.

"C'était un géant", a écrit, sur Twitter, l'auteur Michael Chabon ("La solution finale" notamment) au sujet de celui qui a eu une influence majeure sur la littérature américaine des 50 dernières années.

Décédé mardi à 85 ans d'une insuffisance cardiaque, Philip Roth devrait être inhumé la semaine prochaine dans l'intimité au cimetière de l'université de Bard College, où il avait participé à un cours sur son oeuvre, a indiqué à l'AFP son biographe Blake Bailey.

Une cérémonie devrait être organisée en septembre dans le bâtiment principal de la bibliothèque de New York, à Manhattan, pour permettre à ceux qui le souhaitent de lui rendre un dernier hommage, toujours selon M. Bailey.

L'actrice Mia Farrow a salué un "géant des lettres", qui comptait parmi ses admirateurs l'ancien président Barack Obama, tandis que l'écrivain à succès Harlan Coben a rendu hommage à son "écrivain favori".

Les oeuvres de cet observateur lucide de la société américaine et de ses travers alternaient entre récits provocateurs des moeurs de la petite bourgeoisie juive américaine, satires politiques et réflexions sur le poids de l'histoire ou sur le vieillissement.

Son style acéré et sarcastique aura marqué plusieurs générations de lecteurs, ainsi que sa propension à mêler fiction et réalité, appuyant beaucoup de ses romans sur sa propre expérience.

"Nous voulions tous être Philip Roth. Personne ne s'en est même approché", a tweeté Michael Green, scénariste des films "Blade Runner 2049" ou "Le crime de l'Orient-Express".

Bien qu'il ait été régulièrement donné favori, le Nobel de littérature a toujours échappé au petit-fils d'immigrés juifs d'Europe de l'Est, né le 19 mars 1933 dans un quartier juif de Newark (New Jersey).

"C'était devenu un gag pour lui", explique la journaliste française Josyane Savigneau qui lui rendait régulièrement visite. Il avait obtenu de multiples autres récompenses, notamment le Pulitzer en 1998 pour "Pastorale américaine".

Pour Michael Chabon, le romancier était, tout à la fois "aussi virtuose et polyvalent que Sinatra", mais également "acidulé et subversif" ou "charmant et formidable".

Pour l'écrivain américain Gary Shteyngart ("Absurdistan" notamment), il n'y a "personne comme lui, ni aujourd'hui, ni jamais".

- "Portnoy et son complexe" -

C'est "Portnoy et son complexe" qui l'a révélé au grand public en 1969. Le livre avait alors fait scandale pour ses descriptions sexuelles très crues et sa façon d'aborder la judaïté.

"La honte n'est pas pour les écrivains", avait-il dit lors d'un entretien à la radio publique NPR. "Vous ne pouvez pas vous soucier de bienséance".

Sexe et judaïsme resteront très présents dans la majeure partie de son oeuvre. Il sera plusieurs fois publiquement critiqué par des figures religieuses pour ses écrits.

"Je n'écris pas en tant que juif, j'écris en tant qu'Américain", disait celui qui goûtait peu les mondanités et les interviews. "Je n'ai pas une once de religiosité en moi", expliquait-il en 2010 à la chaîne CBS. "Quand le monde entier ne croira plus en Dieu, ce sera un endroit formidable."

Philip Roth est notamment l'auteur de "La Tache" (2000) qui dénonce une Amérique puritaine et renfermée sur elle-même ou "Pastorale américaine" (1997) sur les ravages de la guerre du Vietnam dans la conscience nationale.

- Vocabulaire de 77 mots -

"Le complot contre l'Amérique" (2004) imaginait le destin d'une famille juive de Newark si les Etats-Unis avaient élu l'aviateur Charles Lindbergh, aux sympathies pro-nazies, plutôt que de réélire Franklin D. Roosevelt en 1940.

Beaucoup y ont vu des correspondances avec l'élection de Donald Trump mais Philip Roth était sorti de sa retraite fin janvier pour balayer toute analogie, écrivant au New Yorker que Lindbergh était "un grand héros" tandis que Trump utilise "un vocabulaire de 77 mots".

Après avoir publié 31 ouvrages et deux ans après son dernier roman "Némésis", il avait annoncé en 2012 qu'il cessait d'écrire.

"C'était un tel perfectionniste, quand il a senti sa puissance baisser, il a voulu partir tant qu'il était au sommet et il l'a fait", a dit Judith Thurman, une amie de l'écrivain, sur CNN.

Plusieurs de ses livres ont fait l'objet d'adaptations au cinéma.

"Kaddish (prière funéraire juive) pour Philip Roth, le grand romancier américain de notre monde d'après-guerre", a tweeté le scénariste David Simon ("The Wire" et "Treme" notamment).

L'auteur a expliqué avoir rencontré l'écrivain il y a quelques mois seulement pour discuter d'une adaptation télévisée de son roman "Le complot contre l'Amérique".

"A 85 ans, il était plus précis et pertinent, plus affûté intellectuellement et spirituel que n'importe qui, quel que soit son âge", a-t-il ajouté. "Quel esprit merveilleux et rigoureux."

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