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Philippines: un an après l'insurrection de Marawi, l'attente des familles de disparus

Un an après l'insurrection jihadiste de Marawi, la reconstruction de cette ville dévastée du sud des Philippines est sur le point de débuter. Mais certains attendent toujours de voir rentrer leurs proches disparus.

C'est le cas des Powao, une famille d'ouvriers de la localité voisine d'Iligan qui a perdu dix de ses hommes dont les corps n'ont jamais été retrouvés.

On a dit à leurs épouses, leurs enfants, leurs parents, leurs cousins de se faire à l'inacceptable: ils sont parmi les 1.200 morts d'une bataille acharnée qui a rasé des quartiers entiers de la plus grande ville musulmane de l'archipel à majorité catholique.

"J'espère qu'il va rentrer", lâche néanmoins Melgie Powao, 24 ans, au sujet de son mari Victor. "Nous espérons tous qu'ils vont rentrer. Et même s'ils me disent que je suis folle, je continue à leur dire que mon mari va rentrer".

Les Powao travaillaient à Marawi dans le bâtiment quand des centaines de jihadistes ayant prêté allégeance au groupe Etat islamique ont pris le contrôle le 23 mai 2017 de plusieurs secteurs de la ville, utilisant des civils comme boucliers humains.

Il a fallu cinq mois à l'armée pour reconquérir ces quartiers. Il est vraisemblable que des cadavres n'ont pas encore été retrouvés sur les lieux des combats, pas totalement nettoyés de bombes non explosées.

Un an après, les proches de dizaines de disparus sont les victimes oubliées du plus sanglant affrontement entre l'armée philippine et des jihadistes.

"Il est douloureux de penser qu'ils travaillaient dur pour leur famille quand ils ont été emportés par cette tragédie", confie Evelyn Powao, 36 ans, qui a perdu son mari Joseph.

- Ne pas s'inquiéter -

C'est par un 11e membre de cette famille endeuillée qui a, lui, survécu que la nouvelle de leur disparition est arrivée. Mais les circonstances sont floues. Certains pourraient avoir été fauchés par une frappe aérienne, d'autres emmenés par les jihadistes.

"Tant que je ne verrai pas leur corps, je ne pourrai pas croire qu'ils sont morts", lâche Alma Tome, 31 ans, au sujet de son mari Rowel et des autres.

Les autorités affirment que 78 personnes, et notamment les Powao, manquent toujours à l'appel. Mais il se peut qu'il y ait en fait des centaines de disparus dont les familles ne se sont pas manifestées, de crainte d'être assimilées aux jihadistes.

La dernière fois que Melgie a parlé à Victor, c'était au téléphone au début de l'insurrection. D'une voix tremblante, il lui avait dit de ne pas s'inquiéter.

Après des mois à remuer ciel et terre, les femmes se sont finalement rendues à Marawi, à deux heures d'Iligan, alors que la bataille faisait encore rage. Elles firent le voyage une seconde fois en octobre, à la fin des combats.

Elles visitèrent même les chambres funéraires, mais ne purent soutenir longtemps la vue des corps.

- "Elle n'arrêtait pas de pleurer" -

Une des femmes pense que les hommes ont été obligés de combattre avec les jihadistes, avant de fuir avec eux. En octobre, elles ont transmis leur ADN aux autorités tentant d'identifier des centaines de corps.

Allan Tabell, responsable des opérations d'identification, affirme que ses services font au mieux.

"Nous ne trouverons pas du jour au lendemain. C'est un processus long. Nous ne pouvons nous permettre de nous tromper", dit-il.

Sans leurs maris pour gagner de l'argent, les femmes peinent à joindre les deux bouts pour élever leurs enfants, auxquels il faut en outre expliquer l'absence.

Alma, qui porte dans ses bras son fils de deux ans, raconte que le garçon décroche parfois le téléphone qui sonne en pensant que son père est au bout du fil. Quand une voiture s'arrête devant leur maison, il demande aussi si c'est "papa".

Evelyn a encore en travers de la gorge le fait que son mari ait été absent à la cérémonie de remise de diplôme de leur fille.

"Elle n'arrêtait pas de pleurer car elle est très proche de son père. Voir ça me faisait pleurer aussi", explique celle qui a deux autres enfants.

Elu au sein de l'assemblée provinciale, Zia Adiong, un habitant de Marawi, exhorte le gouvernement à créer un comité pour s'occuper des familles des disparus.

"Le siège nous a laissé une blessure profonde", dit-il à l'AFP. "Comment pouvons nous parler de la reconstruction de Marawi alors que des familles recherchent encore des parents, des maris et des épouses?".

Les travaux de reconstruction, estimés à 987 millions de dollars, doivent commencer en juin.

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