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Pour des familles de migrants au Mexique, le "rêve américain" attendra

Rolando est arrivé la semaine dernière avec sa famille à Tapachula, près du fleuve frontalier qui sépare le Mexique du Guatemala, sur sa route vers les États-Unis. Mais face aux contrôles de plus en plus stricts des autorités mexicaines sous la pression de Washington, ce Hondurien envisage désormais de reporter à plus tard le "rêve américain".

Dimanche, le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo, et le ministre mexicain des Affaires étrangères, Marcelo Ebrard, ont salué les "progrès significatifs" réalisés dans la lutte contre l'immigration clandestine.

A Tapachula, Rolando se promène avec son fils de trois ans sur la place centrale de la ville, et quémande un peu de monnaie pour nourrir sa famille.

Cet homme de 29 ans est arrivé vendredi au Mexique avec son épouse Miriam et leurs deux enfants.

Ils se sont installés dans une chambre d'hôtel modeste de cette ville de l'État du Chiapas, au sud du pays, qu'ils ne pourront toutefois se payer que durant quelques jours.

La famille a traversé la frontière par une zone accidentée et boisée dans la région de Tacana, un volcan qui culmine à 4.000 mètres près de la frontière, sans apercevoir aucun membre de la garde nationale mexicaine.

Ils ont pris soin d'éviter de franchir le fleuve Suchiate, le long duquel des forces de police sont désormais déployées.

"Quand on connaît bien le chemin, on sait comment faire", dit-il satisfait.

Depuis la fin du mois de juin, les forces de l'ordre et les services migratoires sont déployés en permanence à neuf points de passage habituels le long du fleuve Suchiate, frontière naturelle entre les deux pays, compliquant ainsi la traversée pour les migrants.

- Une traversée plus difficile -

L'arrivée de clandestins, Honduriens, Salvadoriens et Guatémaltèques, a atteint un niveau sans précédent depuis octobre.

Fin mai, le président américain Donald Trump a menacé d'imposer des taxes douanières aux exportations mexicaines si le Mexique n'agissait pas pour endiguer ce flux.

Sous la menace, Mexico s’est engagé le 7 juin à Washington à déployer 6.000 soldats à la frontière sud avec le Guatemala et plus de 15.000 au nord avec les Etats-Unis.

Selon le ministre mexicain des Affaires étrangères, le Mexique a réussi à réduire d'environ 36,2% le flux d'immigration vers les Etats-Unis. M. Ebrard et son homologue américain ont prévu de faire un nouveau point dans 45 jours.

Selon le Département d'État, "les arrestations à la frontière sud des États-Unis ont chuté de 30% depuis juin".

- Autre option -

Alors que Rolando et son fils Gadiel circulent parmi la foule sur la place centrale de Tapachula, parmi des Cubains, Haïtiens et même quelques Indiens et Bangladais, José Jiménez, un autre Hondurien, tente de se relaxer avec sa femme Iris et sa fille Aline.

Menacé de mort par les trafiquants de drogue qui contrôlaient son quartier, il a préféré renoncer à un emploi stable et partir. Ils ont franchi le Suchiate il y a un peu plus d'un mois, juste avant l'entrée en vigueur de la nouvelle stratégie mexicaine.

Rolando et sa famille n'ont pas seulement dû changer leur route pour traverser le Suchiate et emprunter des montagnes escarpées et brumeuses, mais aussi modifier leur plan de poursuivre vers le nord.

"Cela devient de plus en plus difficile car il y a beaucoup d'agents migratoires. Avec ma femme, nous pensons rester ici pendant au moins deux ans", confesse ce jeune père aux yeux turquoise qui travaillait à la réparation d'ordinateurs au Honduras.

La famille a déposé à la fois une demande d'asile au Mexique ainsi qu'un visa humanitaire qui leur permettrait d'aller jusqu'à la frontière avec les États-Unis.

"Où vais-je travailler?", demande-t-il à la fillette de six ans. "À Monterrey", répond-elle. Mari et femme ne sont pas d'accord: Iris vise toujours les États-Unis, mais José, qui a travaillé deux mois dans la prospère ville industrielle mexicaine en 2007, cherche à la convaincre.

"Si on ne peut pas entrer aux Etats-Unis, ça sera l'autre option", ajoute ce soudeur de profession, qui s'emploie pour le moment à décharger des camions sur le marché de Tapachula.

Toute la famille dort ensemble sur une natte, dans une chambre qu’ils louent à l'extérieur de la ville. Peu à peu, ils s'adaptent à cette nouvelle vie, où le rêve américain pourrait devenir un rêve mexicain.

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