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Pour son dernier spectacle de danse solo, Akram Khan rend hommage aux soldats coloniaux

Pour son dernier spectacle de danse solo, Akram Khan rend hommage aux soldats coloniaux
Photo fournie le 8 juin 2018 par la Compagnie Akram Khan montrant le danseur britannique Akram Khan dans son spectacle Xenos à LondresJean-Louis Fernandez
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Figure de la danse contemporaine, le Britannique Akram Khan salue la mémoire des soldats indiens ayant combattu pendant la Première Guerre mondiale et traumatisés par les tranchées, dans le dernier spectacle solo de sa carrière.

Cette création, intitulée Xenos (étranger, en grec), et présentée au théâtre Sadler's Wells de Londres, s'ouvre avec deux musiciens présents sur scène, interprétant une musique traditionnelle indienne dans une atmosphère lumineuse et festive.

Habillé pour un récital, un danseur arrive ensuite, titubant. L'électricité vacille, les lumières et la musique s'interrompent: ancien soldat, il est rattrapé par ses souvenirs de la guerre.

Pour cette performance, Akram Khan, à la fois danseur et chorégraphe sur ce spectacle, renoue avec le kathak, une danse classique de l'Inde, qu'il pratique depuis l'âge de 7 ans, et qui a imprégné tout son parcours.

"C'est mon refuge en quelque sorte, c'est la discipline à laquelle j'ai consacré le plus de temps dans ma vie", explique-t-il à l'AFP.

Mais à la place du kathak traditionnel tout en finesse et en arrondis, ses mouvements sont entravés, interrompus. Son costume et ses accessoires deviennent des chaînes qui lient les mains aux pieds. Les musiciens quittent la scène, les éléments de décor disparaissent, comme aspirés par un trou noir: le danseur se retrouve seul au milieu du no man's land. "Ceci n'est pas la guerre", souffle une voix off. "Ceci est la fin du monde".

Le spectacle est une création commandée par 14-18 Now, l'organisme britannique chargé d'élaborer le programme de manifestations culturelles pour commémorer la Première Guerre mondiale au Royaume-Uni. Au cours de ce conflit, près de 1,2 million d'Indiens, membres de l'Empire britannique, avaient pris part aux combats.

"Je voulais me concentrer sur l'histoire de ces soldats coloniaux, parce que leur histoire n'a jamais été véritablement racontée", précise le chorégraphe. "Quand j'étudiais l'histoire, ils n'étaient jamais mentionnés. Cela m'a affecté de voir qu'ils étaient oubliés alors qu'ils ont sacrifié leur vie".

- 'Combat contre le temps' -

Agé de 43 ans, le chorégraphe a vécu la création de son ultime spectacle solo comme une entreprise éprouvante sur le plan physique.

"C'était un processus très difficile au niveau corporel. Pendant toute la phase de création, je ne ressentais aucune inspiration dans mon corps", a-t-il reconnu. "Mon corps ne répond plus de la même manière, c'est un combat contre le temps qui passe".

Depuis la création de sa compagnie en 2000, Akram Khan, né à Londres de parents bangladeshis, est devenue une figure majeure de la danse contemporaine. Maintes fois distingué, il s'est notamment vu attribuer en 2012 un Olivier Award, les récompenses du spectacle vivant britannique, pour Desh, un solo très personnel sur l'histoire d'un enfant d'immigrés.

L'un des points culminants de sa carrière reste sans doute la création d'une chorégraphie pour la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Londres en 2012. Il a également multiplié les collaborations, avec entre autres, la danseuse étoile Sylvie Guillem, l'actrice française Juliette Binoche, ou le chorégraphe belge Sidi Larbi Cherkaoui.

- 'Période effrayante' -

Ces dernières années, Akram Khan estime avoir développé une plus grande conscience politique, qui a nourri son travail artistique.

Pour le spectacle Xenos, "notre boussole a vraiment été l'état du monde aujourd’hui, cette peur exprimée contre l'inconnu, contre les étrangers", expose-t-il. "C'était les mêmes symptômes avant la guerre. Nous répétons les mêmes erreurs. C'est une période effrayante".

Après son passage à Londres, le spectacle sera présenté fin juin à Montpellier, dans le sud de la France, et à Paris dans le cadre d'une tournée internationale qui passera également par le Japon ou le Canada.

Mais Akram Khan ne compte pas s’arrêter là. Il travaille déjà à "plusieurs projets", pas tous liés à la danse. "Je change, j'élargis ma palette", conclut-il.

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