Poussés par la faim et la peur, des migrants rêvent d'un avenir aux Etats-Unis

Ovidio Lopez Tum a quitté le Guatemala avec sa fille pour fuir les tentatives d'extorsion. Comme plusieurs milliers d'autres migrants en quête d'une vie meilleure, il a traversé le Mexique pour trouver refuge aux Etats-Unis.

Vendeur de tortillas à Chicaman, sa ville natale, il raconte à l'AFP avoir été blessé aux mains et à la tête à coups de machette par des inconnus qui voulaient le racketter un soir de 2014. Il ne travaille plus depuis 2017, après avoir été blessé par les éclats d'une grenade lancée dans sa maison.

A 53 ans, il a pris avec lui sa fille Ingrid Maribel, 12 ans, et atteint la frontière américaine fin décembre, après dix jours de voyage. Arrêté par les garde-frontières américains (CBP), il a fait une demande d'asile appuyée par les documents prouvant ses blessures.

Avec une vingtaine d'autres migrants, il est hébergé depuis début janvier à la basilique San Albino de Mesilla, au Nouveau-Mexique, après leur passage dans un centre de rétention du CBP.

Il dit avoir été bien traité, alors que le CBP est au centre d'une polémique après la mort de deux enfants migrants. L'arrivée massive de demandeurs d'asile à la frontière sud est qualifiée par la président Donald Trump de "crise humanitaire et sécuritaire". Il a engagé un bras de fer au Congrès pour obtenir plus de 5 milliards de dollars pour construire une barrière anti-immigration.

Ovidio a peur pour la sécurité de sa femme et ses autres enfants restés à Chicaman, espérant qu'ils pourront le rejoindre dans l'Alabama où il a de la famille.

- Instructions écrites -

Ricardo Chub-Bo, 40 ans, a cultivé du maïs avec sa femme et ses trois enfants dans son village de Poptun, au Guatemala, jusqu'à ce que la chute des prix ne lui permette plus de nourrir sa famille.

Avec sa fille Rosa Maria, 14 ans, il a passé huit jours au centre de rétention avant d'être libéré. Il parle espagnol mais ne sait pas lire et Rosa Maria ne parle que le K'iche', un dialecte maya des montagnes du centre du Guatemala. Après son passage à San Albino, il doit rejoindre Philadelphie, où il a de la famille. Pour l'aider, l'église lui a donné des instructions écrites en anglais et un numéro de téléphone à utiliser en cas d'urgence.

- "Pas d'autre solution" -

Gerbin Asmar Hernandez, 26 ans, a quitté le Honduras avec sa fille Annarut, 10 ans, pour fuir la pauvreté et la violence. Originaire de Santa Barbara, près de la frontière guatémaltèque, il raconte avoir été victime d'un vol juste avant Noël il y a plusieurs années après avoir travaillé un mois dans une plantation de café.

"Il n'y a pas d'autre solution, il faut partir", dit-il pour justifier sa décision. Il veut aussi assurer un avenir décent à son épouse et son fils.

Libéré après quatre jours de détention, il doit partir pour l'Etat de Washington (nord-ouest) en attendant que sa demande d'asile soit étudiée. Il porte à la cheville un bracelet électronique pour être localisé par la justice.

- La "glacière" -

Pour Fanny Mencia, la traversée du Mexique a été longue et difficile. "Nous avons souffert pendant tout le voyage, on a dormi dans les rues", raconte cette jeune Hondurienne de 26 ans enceinte de six mois qui a quitté Siguatepeque avec son fils de 7 ans, Anderson Rodriguez. Elle a laissé derrière elle son père et le père de son enfant, qui vit au jour le jour. Elle a passé trois jours dans une cellule glaciale du CBP, sans fenêtre ni lit, surnommée la "glacière" par les migrants et où l'enfant est tombé malade. Elle veut donner à son fils un avenir et une bonne éducation et va s'installer chez sa soeur, dans le Tennessee.

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