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Le premier débat présidentiel montre un Brésil divisé, Lula grand absent

Le premier débat présidentiel montre un Brésil divisé, Lula grand absent
Des partisans de l'ex-président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva réclament sa libération le 8 juillet 2018 à Sao Bernardo do Campo, dans l'Etat de Sao PauloMiguel SCHINCARIOL

Le premier débat télévisé de l'élection présidentielle d'octobre au Brésil s'est tenu jeudi soir, sans Lula, grand favori des sondages, en prison depuis avril et dont la candidature a de grandes chances d'être invalidée, montrant un pays profondément divisé.

L'absence au débat de l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), qui purge une peine de 12 ans et un mois de réclusion pour corruption et blanchiment d'argent, est un des nombreux paradoxes de ce scrutin très polarisé, le plus incertain de l'histoire récente du pays.

Au total, 13 candidats ont été désignés officiellement par leurs partis lors des conventions qui ont eu lieu jusqu'à la fin de semaine dernière. Mais seuls huit d'entre ont participé à ce débat télévisé de plus de 3heures, jeudi à Sao Paulo, dont les quatre poids-lourds, hormis Lula: Jair Bolsonaro (extrême-droite), deuxième dans les enquêtes d'opinion, Geraldo Alckmin (centre droit), Marina Silva (écologiste) et Ciro Gomes (gauche).

Quatre des 13 prétendants ont été exclus car trop peu représentatifs.

Parmi les plus scrutés, M. Bolsonaro, ancien capitaine de l'armée et nostalgique de la dictature militaire, est apparu moins à l'aise en direct à la télévision que devant ses foules de supporters ou sur les réseaux sociaux.

Interrogé sur sa réponse aux viols et aux violences faites aux femmes, en hausse au Brésil, il a répété sa proposition controversée de "castration chimique volontaire" des criminels.

"Je pense que cela permettrait de prévenir ce problème", a-t-il déclaré. Celui que l'on compare souvent à Donald Trump a aussi défendu le port d'arme et la création d'"écoles militaires".

Guilherme Boulos, de la formation de gauche du Parti Socialisme et Liberté (Psol), a vivement interpellé le candidat d'extrême-droite: "Le Brésil sait que vous êtes raciste, macho et homophobe", avant de l'accuser de corruption.

M. Alckmin, qui cherche apparaître tout en maîtrise et pro-marchés, a souligné le besoin de réformes permettant à l'économie de "croître fortement".

Mais Mme Silva a semblé marquer un point en répondant à l'adresse de l'"establishment", dont le PSDB d'Alckmin et de l'ex-président Fernando Henrique Cardoso (1995-2002): "Ceux qui ont créé les problèmes ne vont pas les résoudre".

- 45% des Brésiliens "pessimistes" -

Lula, est resté le grand absent. Il voulait participer par visioconférence, mais une juge a rejeté sa demande. Pas de chaise vide sur le plateau pour matérialiser son absence, comme le demandait sa formation, le Parti des Travailleurs (PT).

Cette décision de la juge "viole les droits du peuple brésilien (...) Cela s'appelle de la censure", a écrit l'ancien chef de l'Etat dans une lettre à la chaîne publiée sur les réseaux sociaux.

En conséquence, le PT a organisé un débat parallèle plus modeste avec Fernando Haddad, la présidente du PT Gleisi Hoffmann et de la dirigeante du Parti communiste du Brésil (PCdoB) Manuela D'Avila, diffusé via les réseaux sociaux à la même heure que l'émission officielle.

L'audience de ce premier débat télévisé présidentiel, qui a commencé assez tard (vers 22h00 heures locales, soit 01H00 GMT) sur Bandeirantes, chaîne à l'audience bien moindre que le géant TV Globo, devait permettre de mesurer si les enjeux du scrutin parviennent à réveiller l'enthousiasme des électeurs.

La chanteuse Anitta, vedette de la pop funk brésilienne et très suivie sur les réseaux sociaux, a essayé de mobiliser ses fans en écrivant sur Twitter: "On regarde pour ne plus avoir de doutes?".

Exaspérés par les scandales de corruption à répétition, de nombreux Brésiliens sont lassés de la politique: selon deux sondages récents, 33% à 41% sont indécis ou penseraient à s'abstenir.

Et une autre enquête d'opinion montre que 45% des Brésiliens se disent "pessimistes ou très pessimistes" quant aux élections.

Pour le professeur de Relations internationales Matias Spektor, de la Fondation Getulio Vargas, "contrairement à d'autres pays, nous n'avons pas vu surgir de nouveaux leaders qui pourraient surfer sur cette vague de mécontentement populaire".

"Le système politique brésilien continue de susciter beaucoup de frustration", ajoute-t-il.

Une loi brésilienne intitulée "Ficha limpa" (casier vierge, en portugais) stipule que toute personne condamnée en appel, ce qui est le cas de Lula, devient de fait inéligible.

Mais le PT a l'intention de présenter tous les recours possibles pour tenter de renverser la vapeur. S'il n'y parvient pas, Fernando Haddad sera probablement intronisé à sa place.

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