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Près de Rouen, les maisons inondées au gré des marées

Alors que le soleil perce enfin, les riverains des bords de Seine tentent de souffler jeudi matin entre deux inondations de leurs maisons des environs de Rouen, où la Seine a débordé dans la nuit, bloquée par la marée haute.

"Je me suis levée à trois heures moins vingt cette nuit. En bas, au rez-de-chaussée, dans ma salle à manger et ma cuisine, il y avait sept à huit centimètres d'eau. Heureusement les chambres sont à l'étage et j'avais laissé mes bottes dans l'escalier", raconte Denise Dupuis, bientôt 83 ans, dont la maison est à quelques dizaines de mètres du fleuve, à Cléon, une des communes les plus touchées.

Contrairement aux 150 personnes qui ont été évacuées et relogées mercredi soir dans les environs d'Elbeuf en prévisions de la crue de la nuit, Mme Dupuis a choisi de rester chez elle.

"Ça ne m'effraie pas vraiment. J'ai l'habitude, même si en vieillissant c'est plus dur. J'en ai connu d'autres. Je n'ai pas de chauffage car l'électricité a été coupée et l'eau ne s'écoule plus de ma baignoire. Mais dans mon lit je suis bien", ajoute cette retraitée de Renault qui raconte avoir vu en 1946, alors qu'elle habitait déjà dans cette maison avec ses parents, l'eau monter "jusqu'à la crémone des fenêtres".

A Sotteville-les-Rouen, une dame âgée qui vivait dans les mêmes conditions a toutefois dû être mise en sécurité à l'hôpital dans la nuit, selon la préfecture.

Environ 95 foyers étaient privés d'électricité en fin de matinée, après un pic à 135, selon la même source.

"Avec mes enfants hier on a monté à l'étage tout ce qu'on a pu et placé des parpaings sous les meubles du bas", ajoute Mme Dupuis, en bottes dans son salon dont les murs portent les traces de l'eau qui s'est retirée au fur et à mesure de la marée.

- 'trois marées' -

Les riverains restent sur leurs gardes car une nouvelle marée haute - qui empêchera le fleuve de s'écouler - devrait provoquer de nouveaux débordements à partir de 13h30, d'ampleur "légèrement inférieure" à ceux de la nuit, selon la préfecture. Quarante six communes du département demeurent en vigilance orange.

Étant donné les coefficients de marée, la vigilance est de mise pour encore "trois marées", jusqu'à vendredi midi, a précisé à l'AFP Jean-Marc Magda le directeur de cabinet de la préfète de la Seine-maritime.

A moins de trois kilomètres de là, à Saint-Aubin-lès-Elbeuf, autre commune très touchée, Séverine Hazard vient d'accéder à sa maison après avoir dormi chez son compagnon, "pas tranquille" : "Le frigo flotte dans la cave inondée par 60 cm d'eau", explique cette jeune femme de 30 ans qui vit avec sa fille de neuf ans.

Séverine Hazard avait investi dans une pompe mercredi après-midi mais elle a à peine pu s'en servir car l'électricité a été coupée.

A quelques dizaines de mètres de là, Isabelle Baranchu, 53 ans, est "excédée" de ne pas avoir été prévenue que l'électricité allait être coupée. Ce jeudi matin, après avoir passé la nuit chez des proches, elle a chaussé des cuissardes de pêcheur pour aller vider son congélateur. "Et l'aquarium, sans électricité, ça va être le drame", s'agace cette mère de famille. Selon la préfecture, la coupure est due à problème de transformateurs qui ont été "noyés".

La précédente grande crue en juin 2016, "c'était rien comparé à aujourd'hui", conclut Mme Baranchu.

Selon la préfecture, la Seine a atteint à Elbeuf 10,97 mètres contre 10,67 mètres en juin 2016. Les inondations sont dues à l'effet conjugué de la crue, des coefficients de marées et des intempéries de mercredi.

Un peu plus loin, l'eau frôle une balançoire, quelques légumes émergent de jardins ouvriers totalement inondés.

Seul un cormoran posé sur un pieux semble dominer la situation.

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