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Présidentielle au Brésil: le point sur l'entre-deux tours

Le Brésil entre lundi dans l'avant-dernière semaine d'une campagne tendue avant le second tour de la présidentielle qui montrera si Jair Bolsonaro (extrême droite) confirme son statut de grand favori ou si Fernando Haddad (gauche) a pu combler son retard.

Voici un point de l'entre-deux tours.

- Duel d'extrêmes -

Le scrutin du 28 octobre est le plus polarisé de l'Histoire du Brésil.

D'un côté, Bolsonaro, ex-capitaine de l'armée qui promet de libéraliser le port d'arme, de lancer une nouvelle vague de privatisations, de distribuer des postes de ministre à des généraux et d'en finir avec la corruption.

D'autre part, Fernando Haddad, professeur universitaire qui a remplacé l'ex-président de gauche Luiz Inácio Lula da Silva, incarcéré pour corruption et déclaré inéligible. Il promet, au nom du Parti des Travailleurs (PT), des politiques sociales et se projette en gardien de la démocratie, qui court selon lui un "risque" si Bolsonaro est élu.

La semaine ayant suivi le premier tour a été entachée par une série d'agressions contre des militants de gauche attribuées à des partisans du candidat d'extrême droite.

Bolsonaro et Haddad s'accusent mutuellement de propager de fausses informations qui pullulent sur les réseaux sociaux.

- Mission quasi impossible -

Fort de 46% des voix au premier tour, Jair Bolsonaro a de grandes chances d'être élu. Il aurait préféré "plier l'affaire" le 7 octobre.

Fernando Haddad, qui a obtenu 29%, a besoin d'un revirement spectaculaire pour offrir au PT sa cinquième victoire de suite dans une présidentielle.

Les deux candidats ont modéré leurs discours dans le but de séduire les électeurs de leurs concurrents et les abstentionnistes.

"Haddad devra changer de stratégie, plus que son adversaire, en adoptant un profil plus centriste, notamment en termes de politique économique", explique à l'AFP Thomaz Favaro, du cabinet de consultants de Control Risks.

Le premier sondage de l'entre-deux tours plaçait Bolsonaro largement en tête des intentions de vote, avec 58% contre 42% pour Haddad.

- TV et réseaux sociaux -

Poignardé le 6 septembre, Jair Bolsonaro a été hospitalisé trois semaines, privé de campagne dans la rue et de débats télévisés. Il a tout misé sur les réseaux sociaux, avec succès: il compte près de 7,5 millions d'abonnés sur Facebook.

Mais il dispose pour cet entre-deux tours d'une autre arme: les spots télévisés de campagne officielle: cinq minutes, comme Haddad, contre 8 secondes avant le premier tour en raison du faible poids alors de son Parti social démocrate (PSL).

Chacun des candidats a passé l'essentiel de ses premiers spots à attaquer l'autre avec virulence, plutôt que de présenter son programme.

Six débats télévisés étaient prévus avant le second tour, mais Jair Bolsonaro a admis qu'il ne pourrait aller à aucun "pour des raisons stratégiques". Il n'a, en fait, quasiment pas besoin de faire campagne.

- Haddad n'est pas Lula -

Si une partie de la population appelle à une union sacrée contre Bolsonaro au nom de la démocratie, de nombreux Brésiliens préfèrent au contraire voter pour l'extrême droite pour éviter à tout prix que le PT revienne au pouvoir.

Ils accusent le parti de tous les désordres du Brésil, de la corruption à la crise économique en passant par les problèmes de violence.

Cela rend plus difficile la formation d'un front pour faire barrage à l'extrême droite, comme ce fut le cas en France quand Jean-Marie Le Pen puis sa fille Marine sont arrivés au second tour.

C'est la raison pour laquelle Haddad a commencé à s'affranchir de son mentor pour éviter d'être vu comme la marionnette dont Lula tire les ficelles.

- Venezuela et Argentine -

En 2016, l'arrivée au pouvoir au Brésil du conservateur Michel Temer a confirmé le virage à droite de l'Amérique du Sud, constaté notamment en Argentine, au Chili et au Paraguay.

Le duel Bolsonaro-Haddad va déterminer si la première économie d'Amérique Latine confirme cette tendance.

Si le candidat d'extrême droite martèle que le Brésil risque avec le PT de ressembler au Venezuela "dévasté", Haddad affirme que les recettes néo-libérales de son adversaire pourraient provoquer une crise financière comme celle que vit l'Argentine.

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