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Primaires américaines: femmes et minorités secouent le parti démocrate

Primaires américaines: femmes et minorités secouent le parti démocrate

Plus de femmes, plus de diversité raciale: en battant lors d'une primaire un sexagénaire au Congrès depuis 20 ans, la militante noire de Boston Ayanna Pressley a confirmé la force de la vague qui, poussée par une hostilité viscérale à Donald Trump, pousse au renouvellement des élites démocrates.

Mme Pressley, 44 ans, est désormais assurée de siéger au Congrès, devenant ainsi l'héritière de la circonscription de l'ex-président John F. Kennedy et la première femme noire à représenter l'Etat du Massachusetts.

Le triomphe de Mme Pressley face au vieux routier Michael Capuano, un Blanc de 66 ans lui aussi sur l'aile gauche des démocrates, s'ajoute à d'autres victoires-surprises qui ont secoué le parti démocrate pendant la saison des primaires, préalables aux élections nationales du 6 novembre lors desquelles les démocrates espèrent reprendre le contrôle du Congrès et faire barrage à l'administration Trump.

Il y a aussi eu Alexandria Ocasio-Cortez, 28 ans, une femme hispanique du Bronx qui a évincé le ténor démocrate Joe Crowley en juin lors d'une primaire à New York; Andrew Gillum, maire noir de 39 ans investi par les démocrates pour briguer le poste de gouverneur en Floride; ou Stacey Abrams, noire elle aussi et investie pour l'élection de gouverneur dans l'Etat voisin de Géorgie.

Pour Debbie Walsh, directrice du Centre pour les femmes en politique de l'université Rutgers, ces victoires de candidats aux positions proches de Bernie Sanders attestent de l'appétit des électeurs pour "de nouvelles têtes", comme de l'évolution démographique de certaines circonscriptions urbaines, où les Blancs ne sont plus majoritaires.

- Des voix "authentiques" -

Les électeurs veulent "des gens qui leur ressemblent", "des gens qui comprennent personnellement ce qu'ils vivent", dit-elle. Les ténors du parti démocrate qu'ont battus Mmes Pressley et Ocasio-Cortez "étaient de vieux hommes blancs qui n'étaient plus complètement synchro avec les populations qu'ils représentent".

"Beaucoup d'électeurs cherchent une voix authentique, quelqu'un en qui ils puissent vraiment avoir confiance (..) et la confiance vient de ce qu'ils savent qu'ils ont une expérience commune", renchérit Kimberly Peeler-Allen, co-fondatrice du mouvement Higher Heights, qui promeut des femmes noires en politique.

Mme Pressley, conseillère municipale à Boston depuis 2009, illustre bien cette volonté d'afficher une expérience partagée.

Dans une circonscription qui est la seule du Massachusetts à ne pas compter une majorité de Blancs, elle a raconté pendant la campagne comment elle avait été sexuellement agressée enfant, violée étudiante, ou comment son père avait été incarcéré pour drogue pendant l'essentiel de son enfance.

"Les gens qui sont les plus proches de la souffrance devraient être ceux qui sont les plus proches du pouvoir", a-t-elle répété.

#OccupyWallStreet, #BlackLivesMatter, #MeToo ou encore la lutte contre les armes à feu: cette vague de démocrates rebelles traduit aussi l'impact de mouvements qui ont agité les Etats-Unis ces dernières années, souligne Ester Fuchs, professeur de sciences politiques à l'université Columbia.

- Pronostics difficiles -

"C'est la première fois depuis 30-40 ans que des militants traduisent leur militantisme politique en mouvement électoral", dit-elle.

Mais si Pressley ou Ocasio-Cortez ont déjà quasiment gagné leur place au Congrès, faute de véritable rival républicain, beaucoup d'autres "nouveaux" --comme Andrew Gillum et Stacey Abrams-- devraient être en difficulté en novembre face aux républicains, dit Mme Walsh.

Les pronostics sont difficiles, reconnaît-elle, "tant notre savoir politique a été chamboulé depuis deux ans".

Une chose est sûre: cette vague rebelle chez les démocrates, qui s'accompagne de la montée de candidats très à droite et pro-Trump côté républicain, comme Brian Kemp face à Stacey Abrams en Géorgie ou Ron DeSantis face à Andrew Gillum en Floride, ne devrait pas contribuer à réduire la polarisation politique du pays.

"Je ne crois pas que nous allons voir les candidats se déplacer vers le centre cette année", dit Jeanne Zaino, professeure de sciences politiques au Iona College de New York. "Ce sera Bernie Sanders contre Donald Trump dans plusieurs élections (...). Ça va être fascinant".

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