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Pourquoi des personnalités, comme Angèle, mettent-elles du bleu en photo de profil?

Pourquoi des personnalités, comme Angèle, mettent-elles du bleu en photo de profil?

Du bleu en guise de photo de profil. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes affichent leur soutien aux Soudanais en affichant un fond de couleur. Parmi eux, des personnalités comme Angèle. Cette action vise à soutenir la population soudanaise confrontée à une grave crise politique depuis plusieurs mois. Des affrontements meurtriers ont lieu avec les forces de l'ordre. Explications.

Vous êtes nombreux à nous questionner sur la situation au Soudan. Depuis plusieurs jours, sur les réseaux sociaux notamment, on voit apparaître des messages de soutien aux Soudanais. Parmi les hashtags devenus populaires durant ces derniers jours #BlueForSudan ou encore #TurnTheWorldBlue. Via des messages de soutien, les internautes appellent à la fin des répressions perpétrées sur la population.

Certaines personnalités, telles que la chanteuse Angèle, ont également affiché un fond bleu en guise de photo de profil. Là encore, cette action est un soutien à la population soudanaise. Cette référence serait en fait un hommage à Mohamed Hashim Mattar, un jeune manifestant pacifiste soudanais de 26 ans. Il aurait été tué par des militaires alors qu’il protégeait deux femmes lors d'un sit-in début juin. "Le bleu était sa couleur favorite", indique CNN.

Mais que se passe-t-il réellement ? Pourquoi assiste-t-on à cette soudaine vague de violence dans ce pays africain?


La hausse du prix du pain: point de départ de la contestation

Depuis près de 6 mois, une grave crise politique secoue le pays. Le 19 décembre dernier, le gouvernement a pris la décision de tripler le prix du pain, dans un pays en plein marasme économique. Cette décision a entraîné d'importantes manifestations dans le pays. Ces dernières se sont ensuite transformées en contestation du président soudanais qui, à 75 ans, dirige le pays d'une main de fer depuis près de trente ans. En janvier, des milliers de Soudanais se rassemblaient pour réclamer la démission du président Omar el-Béchir, au pouvoir depuis 30 ans. "Liberté, paix, justice". Dans les rues, ce principal slogan de la contestation est scandé par des femmes et hommes de tous âges. 



Destitution du président soudanais Omar el-Béchir

Le 11 avril dernier, le président soudanais Omar el-Béchir s'est retiré du pouvoir. Il a été destitué par l'armée et arrêté. "J'annonce la chute du régime et le placement en détention dans un lieu sûr de son chef", avait annoncé le ministre de la Défense. Outre la destitution du président, le ministre de la Défense a annoncé la mise en place d'un "conseil militaire de transition" pour succéder à Omar el-Béchir pour une durée de deux ans.

Le nouveau chef du conseil militaire de transition au Soudan est le général Abdel Fattah al Burhane. C'est un militaire de carrière qui a gravi les échelons de l'armée. Il aura la lourde tâche d'apaiser la contestation qui secoue le pays depuis près de quatre mois et remettre les rênes du pouvoir aux civils comme le réclament les protestataires.

Des manifestations pour réclamer le pouvoir aux civils

Les protestataires, rassemblés jour et nuit à cet endroit depuis plus de deux semaines, ont de leur côté promis "d'intensifier le mouvement" pour obtenir le transfert du pouvoir à des civils. Des barrages ont été érigés. 

Le Conseil militaire de transition, qui a pris les commandes du pays, a haussé le ton pour que la situation se normalise devant son QG de Khartoum. "Les routes doivent être rouvertes immédiatement pour faciliter la circulation des trains et des autres moyens de transport dans la capitale et les autres Etats", a déclaré le Conseil militaire dans un communiqué. 

Le 14 mai dernier, 5 manifestants et un militaire avaient été tués à Khartoum, quelques heures après une percée dans les pourparlers entre les représentants de la contestation soudanaise et les généraux au pouvoir sur la transition politique. 

Ces incidents sanglants avaient été précédés par de premières tensions. Des manifestants avaient bloqué une grande artère de la capitale en accusant les militaires d'avoir fermé un pont menant à leur sit-in permanent. 3 manifestants avaient été ensuite blessés par balles lors de heurts avec des forces de l'ordre, selon le Comité des médecins.


 
Une centaine de morts et des centaines de blessés

Les paramilitaires de la Force de soutien rapide (RSF) avaient en outre dispersé à coups de bâton des manifestants dans plusieurs endroits de Khartoum, et démantelé des barricades, d'après la même source. Selon une association de médecins proche de l'ALC, 90 personnes ont été tuées par les forces de l'ordre depuis le début des manifestations le 19 décembre.

Des vidéos sur les réseaux sociaux ont montré des manifestants tentant de prendre la fuite, certains portant des blessés à bout de bras ou sur des brancards. Proche de la contestation, le Comité de médecins soudanais a avancé le chiffre de 121 morts et plus de 500 blessés. Un bilan contesté par le gouvernement (61 morts).

Des Soudanais décrivent un climat de peur face à cette répression sanglante contre le mouvement de contestation, dont le gouvernement a tenté de minimiser l'ampleur. Selon ces médecins, 40 corps ont été repêchés dans les eaux du Nil. "Un massacre", a dénoncé l'Association des professionnels soudanais (SPA) qui fait partie de l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation.


Le Conseil militaire admet la dispersion d'un sit-in

Pour les protestataires, il n'y a pas l'ombre d'un doute: les paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF), qu'ils considèrent comme un avatar des Janjawid, milices accusées d'atrocités durant la guerre civile au Darfour (ouest), sont responsables de la tuerie. Les forces armées sont dirigées par un des deux nouveaux hommes forts du pays: le redouté général Mohammed Hamdan Daglo dit "Hemeidti", ancien chef de milices qui ont terrorisé le Darfour, passé numéro deux du Conseil militaire au pouvoir depuis la chute de Béchir et le général Abdel Fattah al-Buhrane. 


Face aux craintes d'une escalade, des émissaires américains et africains se trouvent à Khartoum pour tenter de trouver une solution à la crise entre les militaires et le mouvement de contestation.

Le 13 juin dernier, pour la première fois, le Conseil militaire a admis avoir ordonné la dispersion du sit-in. "Le Conseil militaire a décidé de disperser le sit-in et un plan a été établi en ce sens (...) Mais nous regrettons que des erreurs se soient produites", a déclaré à des journalistes le général Chamseddine Kabbachi, porte-parole de cette instance. Il a ajouté que les résultats de l'enquête sur cette dispersion seraient bientôt publiés samedi.

Malgré la répression et pour maintenir la pression, une campagne de désobéissance civile a quasiment paralysé la capitale Khartoum à l'appel des chefs de la contestation qui réclament aujourd'hui le transfert du pouvoir aux civils. Dans le même temps, l'ex-président a été inculpé pour corruption. C'est grâce à une médiation du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed que les chefs de la contestation ont cessé la campagne de désobéissance civile et accepté le principe d'une reprise des pourparlers avec le Conseil militaire. 

Les Etats-Unis et l'Union africaine (UA) qui appellent à un transfert du pouvoir aux civils, ont eux dépêché des émissaires à Khartoum qui ont eu des réunions avec des responsables soudanais et des meneurs de la contestation.

Le nouvel émissaire spécial américain, Donald Booth, et le secrétaire d'Etat américain adjoint chargé de l'Afrique, Tibor Nagy, ont aussi rencontré le chef du Conseil militaire, Abdel Fattah al-Burhane, qui s'est félicité des efforts américains en vue d'une solution politique, selon un communiqué de son bureau.



 
La vie reprend timidement

Malgré la réouverture de certains magasins, le fonctionnement des transports publics et l'appel de la contestation à reprendre le travail, beaucoup d'habitants semblent toutefois préférer rester chez eux en raison du déploiement toujours massif de forces de sécurité, lourdement armées. En réaction au lancement du mouvement de désobéissance civile, l'armée avait promis un "renforcement de la sécurité".

Plusieurs habitants ont aussi affirmé rester chez eux car internet n'a pas encore été totalement rétabli dans la capitale, après une coupure quasi totale, rendant le travail de bureau plus compliqué. Quelques entreprises privées ont également prolongé les congés de l'Aïd el Fitr, fête qui marque la fin du mois de jeûne musulman du ramadan, jusqu'à la fin de la semaine.

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