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Rage et désespoir sur le vieux marché d'Amman

Rage et désespoir sur le vieux marché d'Amman
Des femmes vendent des produits laitiers faits maison dans le centre d'Amman le 4 juin 2018 après les protestations contre la vie chèreKhalil MAZRAAWI

"C'est l'année la plus dure. La hausse des prix et les impôts ont détruit la vie des gens": sur le vieux marché d'Amman, Oum Qoussaï résume l'état d'esprit des Jordaniens qui protestent par milliers contre les mesures d'austérité.

Tous les jours, cette quadragénaire vient vendre ses produits maison -fromage, oeufs et yaourt- pour assurer de quoi manger à ses neufs enfants.

Sur ce marché de fruits et légumes situé au centre de la plus chère des villes arabes, selon une étude de l'hebdomadaire The Economist, hommes et femmes exposent leurs produits au milieu de la poussière et des gaz d'échappement.

"Tout est cher, ce que nous vendons suffit à peine à nourrir nos enfants et acheter du foin pour les moutons", se lamente Oum Qoussaï.

Non loin, Salema Ali, en abaya noire et le visage quasi dissimulé sous un châle de la même couleur, arrange ses produits rangés dans de grandes boîtes métalliques.

Chaque matin, cette mère de cinq enfants prépare le fromage et le yaourt frais et fait deux heures de route dans les transports publics pour venir au marché depuis la localité de Madaba, à 35 km au sud d'Amman.

"La situation est très, très difficile", grogne-t-elle. "Le coût de la vie a augmenté et chaque nouvelle année est plus dure que la précédente. Tout empire".

Son voisin, Mohammed Abou Arida, marchand de fruits de 48 ans, peste. "J'ai cinq enfants, je paye 200 dinars de loyer (240 euros), et 200 dinars pour les factures d'eau et d'électricité alors que la plupart d'entre nous ne gagnent qu'entre 350 et 400 dinars" par mois.

"Ce qui se passe est cruel. On parvient à peine à manger et à boire. Nous n'achetons même plus d'habits pour les fêtes pour nos enfants", dit-il en ce mois musulman sacré de ramadan, où les dépenses augmentent généralement.

- "Donner nos habits" -

Depuis plusieurs jours, des milliers de personnes protestent à Amman devant les bureaux du Premier ministre Hani Mulqi, qui a finalement démissionné lundi. Ils contestent un projet de loi élargissant notamment l'impôt sur le revenu à des salaires modestes. Ils ont également manifesté contre une nouvelle hausse des prix de certains produits, qui a depuis été gelée.

Dans ce royaume qui s'est engagé auprès du Fonds monétaire international à mener des réformes structurelles en échange d'un prêt, 18,5% de la population est au chômage et 20% à la limite du seuil de pauvreté selon des chiffres officiels.

Ailleurs à Amman, dans un secteur où la classe moyenne se rend pour s'approvisionner, des dizaines de vendeurs étalent leurs marchandises sur le trottoir, dans des cages, sur des charrettes ou sur des planches de bois.

Abou Mohammad, 65 ans, vient y faire ses achats. "La situation est devenue insupportable. Tout a augmenté alors que le revenu du Jordanien est le même. Regardez le marché, il est quasiment à l'arrêt", dit-il, irrité, à l'AFP.

"Notre ville est la plus chère de la région (...) et notre gouvernement veut encore augmenter les prix", ajoute-t-il dans un rire sardonique.

Comme au vieux marché, le désarroi est ici sur toutes les lèvres. Mohammed Abou Arida ne mâche pas ses mots.

"La vie chère nous a tués", dit-il. "Nous n'avons plus rien. Il ne nous reste qu'à enlever nos habits et les donner au gouvernement"!

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