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Robert Mueller, le procureur menaçant devenu témoin sur la défensive

Russie

Pendant près de deux ans, le procureur spécial Robert Mueller a fait planer une menace silencieuse sur la Maison Blanche. Mercredi, jeté contre son gré dans l'arène politique, il est apparu hésitant, mal à l'aise, fragile.

L'ancien chef de la police fédérale (FBI), 74 ans, était auditionné pour la première fois au Congrès sur l'ultrasensible enquête russe qu'il a supervisée dans le plus grand secret.

Comme écrasé par l'enjeu, il s'est contenté de réponses a minima, prononcées d'une voix hésitante, faisant répéter des dizaines de questions ou renvoyant de manière laconique à son rapport d'enquête.

A un seul moment, il s'est animé pour défendre son équipe. "Ca fait 25 ans que je fais ce travail" et jamais, "je n'ai demandé" l'affiliation politique de mes enquêteurs. Ce qui compte, c'est leur "capacité" et leur "intégrité", a-t-il lancé.

Le président Donald Trump, qui avait indiqué qu'il ne regarderait pas l'audition, a retweeté un message qualifiant cette audition de "désastre" pour Robert Mueller.

Il n'y a pas si longtemps pourtant, le procureur spécial représentait un danger pour le milliardaire républicain.

Pendant 22 mois, Robert Mueller a enquêté sur les soupçons de collusion entre la Russie et l'équipe de campagne de Donald Trump pendant la présidentielle de 2016, sans révéler les éléments dont il disposait.

Dans un document de plus de 400 pages rendu public en avril, il a conclu ne pas avoir trouvé de preuve d'une quelconque entente mais il a détaillé une série de pressions troublantes exercées sur ses investigations par le président républicain.

Il a toutefois refusé de se prononcer sur les suites à donner, rappelant qu'un président en exercice ne pouvait être inculpé pendant son mandat.

Depuis, il refuse d'aller plus loin, laissant la porte ouverte à toutes les interprétations.

- "Héroïsme sobre" -

Né en août 1944, Robert Mueller n'a que deux ans de plus que Donald Trump. Comme lui, il est républicain, né dans une famille aisée du Nord-Est américain, et a fréquenté des écoles prestigieuses. La comparaison s'arrête là.

Autant le président est flamboyant, voire outrancier, omniprésent dans les médias, autant Robert Mueller affiche une austérité calculée.

Eternel costume sombre, cheveux blancs sages, il ne cherche pas à attirer les regards. En 2008, lors d'un discours pour les 100 ans du FBI, il cite le joueur de tennis noir Arthur Ashe, pour qui "le vrai héroïsme est remarquablement sobre et très peu spectaculaire".

A la tête de l'enquête russe, Robert Mueller a toujours pris soin de rester dans l'ombre, s'exprimant par l'entremise de documents judiciaires largement protégés par le secret.

Il déléguait les audiences à ses lieutenants. Jamais il n'a communiqué avec la presse, laissant son porte-parole livrer de laconiques "pas de commentaire".

Sa boussole? La vérité. "Un jour, il m'a dit: +quoi que tu révèles, sois bien sûr que ce soit vrai+", a raconté au magazine GQ l'un de ses anciens subordonnés au FBI, John Miller.

Conscient du grand respect qu'inspire M. Mueller, le président Trump s'est gardé de l'attaquer frontalement, même s'il a dénoncé en boucle une injuste "chasse aux sorcières". Il lui a bien reproché d'être "hors de contrôle" ou "partial" mais sans la virulence caractérisant souvent ses tweets.

- 11-Septembre -

Robert Mueller est un ancien officier des Marines, médaillé pour sa bravoure lors de la guerre du Vietnam --une autre différence avec Donald Trump, exempté pour raisons médicales. Il a ensuite consacré sa vie au service public.

Après des études de droit, Robert Mueller a notamment servi comme procureur fédéral, enquêtant avec la même ténacité contre le gang des Hells Angels, la mafia ou des banquiers malhonnêtes.

En tant que numéro deux du ministère de la Justice sous la présidence de George Bush père, il a notamment supervisé l'enquête sur l'attentat contre un avion de la Pan Am au-dessus de Lockerbie (Ecosse), qui a tué 270 personnes en 1988.

Nommé à la tête de la puissante police fédérale américaine une semaine avant les attentats du 11 septembre 2001, Robert Mueller a menacé de démissionner trois ans plus tard si le président George W. Bush persistait avec un programme d'écoutes extra-judiciaires controversé.

En 2011, à l'expiration de son mandat après dix ans de service, le président démocrate Barack Obama lui a demandé de rester deux années supplémentaires. Une prolongation approuvée à l'unanimité par les sénateurs, preuve du grand respect envers sa personne.

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