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RTL INFO a suivi les militaires belges au Mali (3/3): à quoi ressemble leur vie au camp Castor, à Gao?

RTL INFO a suivi les militaires belges au Mali (3/3): à quoi ressemble leur vie au camp Castor, à Gao?
©RTL INFO

Depuis plus de 4 ans, les militaires nous protègent dans les rues des grandes villes. Mais leur travail ne s'arrête pas là... Exceptionnellement, RTL INFO a pu accompagner des soldats belges en mission au cœur d'un théâtre d'opération au Mali. "De la rue au Mali", c'est une série de reportages à haut risque à découvrir sur toutes les plateformes de RTL INFO.

C'est le dernier reportage de notre série de reportages consacrés aux militaires belges présents actuellement au Mali. Exceptionnellement, une de nos équipes a pu vivre aux côtés des militaires, dans le camp Castor à Gao. Une zone dangereuse où les attaques et les explosions sont fréquentes.

Quand les militaires rentrent de patrouille, ils décompressent ensemble une quinzaine de minutes, mais leur travail est loin d’être terminé. Ils vont tout d’abord devoir entretenir le matériel. Les véhicules blindés doivent toujours être prêts à repartir. A tour de rôle, les sections vont passer à la maintenance. On souffle les filtres, on contrôle pour voir si on n’a pas de fuite ou rien de cassé.

Une fois que c’est fait, on passe au niveau des mécanos. Là, on renseigne tous les problèmes qu’on an, nous détaille le Caporal Marc couché sous son véhicule. Dans cette mission malienne, l’équipement souffre énormément. Les pannes sont nombreuses. Il y a les crevaisons, les antennes qui s’arrachent, ou cet airco hors service qui fait flirter la température dans l’habitacle avec les 45 degrés….


Gao, une ville dangereuse

Juste à côté du camp Castor se trouve la ville de Gao, une ville dangereuse. Elle est considérée comme une plaque tournante du crime organisé. L’un des militaires nous confiait que si lui et les autres s’aventuraient en dehors du camp sans ordre de mission, ils savaient qu’ils ne rentreraient pas vivant. Une dizaine de jours à peine après leur arrivée, une voiture piégée a explosé dans les environs. Cela leur rappelle que la menace est permanente.



A l’intérieur du camp, la menace n’est pas nulle. Ici, ce sont les tirs de mortiers ou de roquettes qui sont redoutés. Il y a une série d’endroits qui sont prévus en cas d’incident, qui sont résistants et dans lesquels le personnel peut se réfugier, nous confie le Commandant Didier. Pour les différentes situations de crise, des règles de mise en sécurité existent. En fonction du type d’alerte qui va retenir, les militaires savent comment ils doivent réagir.


10 nations présentes

Dans le camp Castor, les Belges côtoient des Allemands, des Hollandais, ou encore des Canadiens. En tout, 10 nations sont présentes, près de 1.300 personnes. Sur fond de terre ocre, les uniformes kaki, brun, bleu se mélangent, se croisent et se saluent. Dans cette petite communauté polyglotte, tout le monde se dit bonjour en anglais, français, néerlandais, allemand…

Un camp militaire de cette taille, c’est finalement une sorte de petite ville de 4km2, créée de toute pièce. Il y a la cantine, mais aussi un bar, un petit magasin, un barbier et bien sûr… une salle de sport… Des cours de crossfit mais aussi de yoga sont organisés.

Il y aussi un système postal… ou plutôt plusieurs systèmes postaux avec des boites aux lettres, comme à la maison… Les familles peuvent envoyer des colis aux militaires sur le terrain. Si elles choisissent la voie "militaire belge", cela peut prendre plus d’un mois entre le moment où le colis est déposé dans une caserne et le moment où il arrive à Gao. Par contre, si les familles décident de passer par la poste allemande, à ce moment, en une semaine, le colis est délivré. Il en va de même pour les commandes en ligne… Les militaires peuvent commander ce qu’ils veulent (ou presque) et se le faire livrer dans le camp au milieu de nulle part…


A 3 dans de petites chambres

Les militaires vivent dans des blocs blindés. Dans de petites chambres, ils sont souvent à trois. Certains ont tendu un drap devant leur lit pour avoir un peu d’intimité. Les chaussures sont laissées à l’extérieur des chambres, dans le couloir. C’est le seul moyen pour ne pas voir du stable ocre s’incruster dans les moindres recoins. Il y aussi les douches. Comme l’eau est une ressource rare dans la région, le temps passé sous le jet est limité : deux minutes pour les hommes, trois minutes pour les femmes !

Pas beaucoup de bande passante pour se connecter

C’est d’ici aussi que les soldats peuvent, tous les jours, contacter leur famille ou leurs amis… Un lien indispensable pour tenir. "Les amis, ça peut encore aller. On peut s’habituer au fait de ne pas forcément les voir souvent. Par contre, pour ce qui est de la petite amie ou la famille, ce sont des personnes qui manquent vraiment au quotidien", nous confie le Premier Soldat Alexandre qui n’a plus vu les siens depuis plusieurs mois. La communication se passe plutôt bien, pour tout ce qui est message texte.

Parfois les appels, c’est peut-être un peu plus compliqué comme on n’a pas forcément accès à beaucoup de bande passante. Quand il y a beaucoup de monde qui est connecté en même temps, ça devient vraiment difficile d’avoir une image nette ou le son qui n’est pas saccadé. La Défense ne cherche pas à contrôler les communications. Cependant, le Commandant Didier a rappelé à ses hommes de ne dévoiler aucun élément stratégique : quelqu’un qui va publier une photo d’un village sur son mur Facebook, ça peut peut-être donner une indication sur le lieu dans lequel on est allé.


Camp zéro alcool

Le camp Castor est un camp "zéro alcool". Du coup au bar, les militaires commandent de l’eau, du café ou de la bière sans alcool… Installé en terrasse, sous un treillis qui protège des rayons du soleil, cette situation bien acceptée par le Premier soldat Flavien : on a tout le temps une arme sur nous et c’est bon pour la santé. En février, c’était le mois sans alcool. Nous, on pourra dire qu’on a fait cinq mois !

Nourrir 1.300 personnes au milieu de nulle part est aussi un véritable défi… Toute la nourriture est importée. Et tout est contrôlé par un médecin et un vétérinaire. La nourriture est particulièrement grasse. Ça nourrit. C’est fort répétitif. Toutes les semaines, c’est la même chose qui revient… Le poisson passé dans la friteuse, je crois que c’est le pire… s’amuse le Premier Soldat Florian.

Le soir, les militaires continueront de décompresser ensemble. Certains iront à la salle de sport, d’autres regarderont un match de foot ou un film projeté sur un écran géant d’autres encore prendront un verre ou joueront à la console.


Chaque jour, un rapport

Le commandant, lui, sera dans son bureau dans un lieu sécurisé. Il devra rédiger son "sit rep", son rapport de situation. Un document transmis tous les jours à la division opérationnelle restée en Belgique. Le lendemain matin, à 11h, à Bruxelles, ce rapport sera exposé à l’état-major présence du chef de la Défense. Une manière pour ce denier de suivre en permanence l’évolution de la mission.


 

"Ce que l’on fait en Belgique ne reflète pas ce que l’on fait ici"

Lors de nombreuses discussions, beaucoup de militaires nous ont confié que c’est ici, qu’ils ont l’impression d’exercer leur véritable métier: "Ce que l’on fait en Belgique ne reflète pas ce que l’on fait ici. Je suis rentré au tout début des OVG ["Opération Vigilant Guardian", opération de l’armée déployée en Belgique au lendemain du démantèlement de la cellule terroriste de Verviers, ndlr], mais moi, je pensais plus à des missions comme ici. C’est notre core business et c’est ici qu’on peut le mieux apprendre et développer notre technique".

Lors de nos rencontres, beaucoup de militaires nous ont aussi confiés se sentir impuissant face à la situation du Mali et au dénuement de la population. Certains sont aussi très critiques à l’égard de l’ONU et de sa bureaucratie… Mais malgré cela, demain, nos soldats poursuivront sans relâche leur mission aux portes du Sahel…

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