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Le Canada "inquiet" après l'annonce de l'expulsion de son ambassadeur à Ryad

Le Canada
Le prince Mohamed ben Salmane salue des femmes avant une rencontre avec le prince d'Abou Dhabi, le 6 juin 2018 à Jeddah sur les rives de la mer Rouge.BANDAR AL-JALOUD

Le Canada s'est dit "sérieusement inquiet" de l'expulsion de son ambassadeur à Ryad, annoncée lundi par l'Arabie saoudite en réplique aux critiques d'Ottawa sur la répression des opposants au régime.

"Nous sommes sérieusement inquiets de ces informations de presse et nous cherchons à en savoir plus sur la récente déclaration du royaume d'Arabie saoudite", a affirmé Marie-Pier Baril, porte-parole du ministère canadien des Affaires étrangères, dans un communiqué.

"Le Canada défendra toujours la protection des droits humains, notamment des droits des femmes et de la liberté d'expression partout dans le monde", a-t-elle ajouté. "Notre gouvernement n'hésitera jamais à promouvoir ces valeurs et nous croyons que ce dialogue est crucial pour la diplomatie internationale".

Cette brusque tension des relations entre les deux pays intervient après l'annonce par le ministère saoudien des Affaires étrangères, sur Twitter, de l'expulsion imminente de Dennis Horak, l'ambassadeur du Canada à Ryad, sommé de quitter le royaume dans les 24 heures.

L'Arabie saoudite a par ailleurs rappelé son ambassadeur au Canada "pour consultations" et décidé de "geler toutes nouvelles transactions concernant le commerce et les investissements" avec le Canada.

Le royaume d'Arabie saoudite "n'acceptera d'aucun pays une ingérence dans ses affaires intérieures ou des diktats", a dit le ministère saoudien, reflétant la fermeté du prince héritier Mohammed ben Salmane en matière de politique étrangère.

"Le reste du monde ne peut pas se voiler la face alors que la lutte acharnée contre les défenseurs des droits de l'homme se poursuit en Arabie saoudite", a de son côté réagi l'ONG Amnesty International dans un communiqué, appelant d'autres gouvernements à se joindre au Canada pour obtenir "la libération inconditionnelle et immédiate de tous les prisonniers de conscience".

L'ambassade canadienne s'était dite "gravement préoccupée" par une nouvelle vague d'arrestations de militants des droits de l'homme dans le royaume.

"Nous appelons les autorités saoudiennes à les libérer immédiatement ainsi que tous les autres activistes pacifiques des #droitsdel'homme", avait déclaré la mission vendredi dans un communiqué publié sur Twitter.

Le ministère saoudien des Affaires étrangères a exprimé sa réprobation concernant la formulation du communiqué de l'ambassade.

"Il est très regrettable que les mots 'libération immédiate' figurent dans le communiqué canadien", a déclaré le ministère. "C'est inacceptable dans les relations entre deux pays".

Le 2 août, la cheffe de la diplomatie canadienne, Chrystia Freeland, s'était déjà dite "très alarmée d'apprendre l'emprisonnement de Samar Badaoui", une militante de l'égalité entre hommes et femmes, arrêtée la semaine dernière avec sa collègue Nassima al-Sadah.

- "Insulte à l'islam" -

Samar Badaoui est la récipiendaire du Prix international du courage féminin 2012 décerné par le département d'État américain.

Elle a fait campagne pour la libération de son frère, Raef al-Badaoui, un blogueur dissident, et de Walid Abou al-Khair, son ex-mari.

Citoyen saoudien, Raef al-Badaoui est emprisonné depuis 2012 en raison de propos tenus sur son blog. Il a été condamné en novembre 2014 à dix ans de prison et à 1.000 coups de fouet pour "insulte à l'islam".

L'épouse de Raef al-Badaoui, Ensaf Haidar, est installée au Québec depuis l'automne 2013 avec ses trois enfants.

En avril dernier, le Premier ministre canadien Justin Trudeau lui-même avait fait part au prince saoudien de "ses préoccupations importantes et constantes" à l'égard du blogueur emprisonné.

Les arrestations de Samar Badaoui et de sa collègue sont intervenues quelques semaines après celles d'une dizaine de militantes des droits des femmes, accusées de porter atteinte à la sécurité nationale et de collaborer avec les ennemis de l'Etat.

Certaines ont été relâchées depuis.

Comme Mme Badaoui, Nassima al-Sadah est une opposante de longue date au système de tutelle de l'Arabie saoudite, qui met la femme sous l'autorité de l'homme quand il s'agit d'étudier, de voyager ou de se marier.

Le jeune prince héritier saoudien a récemment introduit une série de réformes, comme l'autorisation de conduire pour les femmes, visant à redorer l'image souvent austère du royaume au moment où ce dernier prépare sa reconversion après des décennies de "tout-pétrole".

Parallèlement, le dirigeant de 32 ans mène une politique étrangère agressive, par exemple en appelant au blocage de son voisin du Qatar ou en participant aux bombardements contre les rebelles Houthis soutenus au Yémen par son ennemi et rival l'Iran. Tout en verrouillant toute forme d'opposition dans son propre royaume afin d'asseoir son pouvoir.

"Il est plus facile de rompre les liens avec le Canada qu'avec les autres" pays, explique à l'AFP Bessma Momani, de l'université de Waterloo au Canada.

"Il n'y a pas de liens commerciaux solides, et s'en prendre au gouvernement Trudeau peut avoir un certain retentissement après des alliés régionaux va-t-en guerre de la région. Les milliers d'étudiants saoudiens au Canada risquent, eux, d'en pâtir".

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