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Séoul cesse sa propagande à la frontière avant le sommet intercoréen

Séoul a fait taire lundi les haut-parleurs géants qui diffusent à grands renforts de décibels des messages de propagande aux soldats nord-coréens déployés à la frontière, un geste de conciliation avant le sommet intercoréen de vendredi.

La Corée du Nord a annoncé ce week-end qu'elle ne mènerait plus d'essais nucléaires ou de tirs de missiles à longue portée, ce que le président sud-coréen Moon Jae-in a salué comme "une décision importante dans le sens de la dénucléarisation totale de la péninsule coréenne".

En dépit de la remarquable détente qui s'est amorcée entre les deux Corées depuis le début de l'année, le président américain Donald Trump a mis en garde contre tout excès d'optimisme.

"La route est longue avant une conclusion sur la Corée du Nord, ça va peut-être marcher, ou pas - l'avenir le dira", a écrit dimanche soir sur Twitter M. Trump, qui est censé rencontrer lui aussi dans les prochaines semaines le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un pour un sommet historique.

A la suite de l'annonce surprise le 1er janvier d'une participation nord-coréenne aux jeux Olympiques de Pyeongchang, Nord et Sud ont multiplié les gestes de bonne volonté, après deux années de montée des tensions liées aux programmes nucléaire et balistique de Pyongyang.

Ce rapprochement intercoréen sera acté vendredi avec la rencontre entre MM. Kim et Moon dans la partie sud de la Zone démilitarisée qui sépare Nord et Sud.

Et la décision de la Corée du Sud d'éteindre ses bruyants haut-parleurs s'inscrit aussi dans cette détente.

- Scepticisme -

Le Sud diffusait depuis longtemps un mélange d'informations, de musique et de messages de propagande appelant les soldats nord-coréens à faire défection, au moyen d'énormes haut-parleurs installés le long de la frontière intercoréenne ultra fortifiée.

L'intensité de ces opérations était largement fonction de l'état des relations bilatérales souvent volatiles.

"A compter d'aujourd'hui, nous avons arrêté les diffusions par haut-parleur afin d'apaiser les tensions militaires et créer un climat de paix (...) avant le sommet intercoréen 2018", a dit le ministère sud-coréen de la Défense dans un communiqué.

Le Nord, qui diffusait aussi sa propre propagande, aurait également commencé à éteindre certains de ses haut-parleurs, a indiqué l'agence sud-coréenne Yonhap, en citant des responsables gouvernementaux.

Les deux voisins sont toujours techniquement en guerre car le conflit s'est achevé sur un armistice et non un traité de paix. Des dizaines de milliers de soldats sont déployés dans la DMZ, hérissée de champs de mine et de miradors.

La question essentielle vendredi sera de voir si M. Kim promet des pas concrets pour démanteler l'arsenal nucléaire nord-coréen.

Le jeune dirigeant a supervisé quatre des six essais nucléaires menés par son pays ainsi que des dizaines de tirs de missiles, dont des missiles intercontinentaux (ICBM) capables d'atteindre le territoire continental des Etats-Unis.

M. Kim a aussi annoncé samedi la fermeture du site d'essais nucléaires de Punggye-ri, dans le nord du pays, "afin de prouver son engagement à suspendre les essais nucléaires", selon l'agence officielle nord-coréenne KCNA.

Mais le leader nord-coréen n'a toutefois pas évoqué le démantèlement de son arsenal, qualifié d'"épée chérie" protégeant le pays, alimentant le scepticisme des experts sur la portée des concessions nord-coréennes.

"Toutes les décisions prises par Kim sont réversibles et ne sont que des mots et des promesses dans le vide, alors que la Corée du Nord n'est pas connue pour tenir ses promesses", affirme Harry Kazianis, spécialiste des questions de défense au centre de réflexion conservateur Center for the National Interest à Washington.

Même si le dernier essai nucléaire nord-coréen remonte à septembre, et le dernier tir de missile balistique à novembre, M. Kazianis rappelle que Kim Jong Un pourrait rapidement relancer ces programmes s'il n'obtient pas ce qu'il veut lors de ses rencontres avec MM. Moon et Trump.

"La communauté internationale doit espérer, mais elle ne doit pas être stupide", assure l'expert à l'AFP.

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