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Sous pression américaine, l'armée afghane ferme progressivement ses positions isolées

Seuls quelques barbelés, des murs anti-explosion affaissés et des sacs de sable fatigués séparent les soldats d'une éventuelle attaque des talibans : en Afghanistan, les positions isolées sont progressivement fermées, pour mettre un terme aux insoutenables pertes humaines parmi les forces de sécurité.

Dans cet avant-poste du Wardak, une province à l'ouest de Kaboul, 13 soldats vivent depuis des semaines dans une réelle vulnérabilité. Le danger est omniprésent. Leur position a déjà été attaquée par le passé.

Leur sort pourrait toutefois s'améliorer rapidement. Après des années de pertes humaines et de désertions massives sur ces mini-bases, le gouvernement afghan a décidé de donner suite aux demandes américaines de les fermer.

Les soldats seront regroupés dans des bases plus grandes, dont plusieurs sont en construction.

L'idée sous-jacente est qu'ils puissent désormais mener des attaques contre les talibans au lieu d'essayer de survivre, souvent dans des conditions de vie déplorables, aux assauts insurgés.

"La tactique des checkpoints a échoué", a récemment reconnu un général afghan, Dadan Lawang, depuis une base américaine de la province de Paktiya, au sud de Kaboul. "Nous voulons réduire leur nombre et établir des bases solides dès maintenant", a-t-il affirmé à l'AFP.

Selon lui, environ 50% des militaires tués l'ont été dans ces postes de contrôle. Des pertes auxquelles l'armée afghane, épuisée, ne peut plus faire face.

En janvier, le président Ashraf Ghani avait fait état de 45.000 morts parmi les forces de sécurité depuis son arrivée au pouvoir en septembre 2014.

L'idée de fermer ces mini-bases est pourtant taboue dans les milieux politiques afghans. Une fortification arborant le drapeau national sous-entend en effet que le gouvernement contrôle la zone, quand la politique afghane est bâtie sur un patchwork d'alliances avec des potentats locaux.

"Pour maintenir une alliance suffisante pour rester au pouvoir (...) le président de l'Afghanistan a souvent préféré envoyer des troupes dans des endroits qui n'ont aucun sens militaire mais qui sont politiquement importants", explique à l'AFP Stephen Biddle, professeur à l'Université Columbia de New York et spécialiste de l'Afghanistan.

Faire changer les militaires afghans d'opinion s'est avéré difficile du fait d'une grande "pression politique au niveau local", reconnaît le général américain Kevin Admiral, basé dans le pays. "Les gouverneurs de district et les parlementaires estiment que c'est la seule représentation visible (du gouvernement) dans ces régions éloignées".

Mais fermer ces postes de contrôle relève d'une "priorité" tactique pour l'armée afghane, selon le général américain Scott Miller, qui dirige la mission de l'Otan en Afghanistan et les forces américaines.

"Ils ne perdent pas d'éléments lors d'opérations (offensives), ils tuent les talibans", a-t-il récemment insisté devant des responsables militaires américains.

- Perte de terrain -

Bill Roggio, chercheur américain de la Fondation pour la défense des démocraties, juge, lui, que les soldats afghans ont montré peu d'entrain pour monter au combat. Abandonner ces postes de contrôle revient seulement à "céder du terrain aux talibans" et amènera les force afghanes à se "retrancher" dans des bases plus importantes, dit-il.

Le colonel David Butler, porte-parole de l'armée américaine à Kaboul, pense le contraire. Les troupes afghanes "mènent davantage d'opérations autonomes et sont plus efficaces lors de ces opérations" offensives, affirme-t-il.

Pour marteler son message, le général Miller effectue de fréquents voyages à travers le pays, s'entourant de commandants afghans pour leur montrer les conditions de vie de leurs troupes.

Lors d'une visite au début du mois au poste de contrôle délabré du Wardak, où les troupes dorment dans des conteneurs aux fenêtres brisées, il a estimé que sa présence avait servi de "force de persuasion" pour ouvrir les yeux à la hiérarchie militaire afghane.

Une organisation défaillante et une corruption endémique profondément enracinée dans l'armée afghane font que ces soldats isolés se retrouvent trop souvent sans nourriture ni salaire réguliers. Et quand une attaque survient, les renforts peuvent ne jamais arriver.

Lors de la visite du général Miller, sécurisée par des tireurs d'élite et des soldats américains, un soldat afghan s'est plaint de ne pas avoir été payé depuis trois mois.

Présent lors de la visite, le ministre intérimaire de la Défense, Asadullah Khalid, a assuré que le problème était administratif et qu'il serait réglé. Son entourage a distribué plusieurs billets de 100 dollars à divers soldats. Selon M. Khalid c'était un cadeau à l'occasion de l'Aïd-El-Fitr, la fête de fin du Ramadan.

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