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Steve King, l'embarrassant élu extrémiste de l'Etat de l'Iowa

Dans un pays meurtri par la montée du nationalisme, où un suprémaciste blanc a fait 22 morts la semaine dernière, même la très conservatrice circonscription nord-ouest de l'Etat de l'Iowa n'est plus sûre de réélire son représentant au Congrès, un élu réactionnaire qui épouse régulièrement les thèses extrémistes.

Steve King, un républicain, représente le 4e district de l'Iowa, une zone rurale et à la population très majoritairement blanche qui a massivement voté en 2016 pour Donald Trump, dont il est dorénavant l'un des farouches soutiens.

Férocement anti-immigration, Steve King, 70 ans, a notamment défendu l'année dernière le suprémacisme blanc dans un entretien au New York Times.

"Nationaliste blanc, suprémaciste blanc, civilisation occidentale... comment ces expressions ont-elles pu devenir offensantes?", s'est-il interrogé.

De quoi faire de lui un paria à Washington, où les dirigeants républicains au Congrès lui ont retiré ses missions au sein des différentes commissions sous leur contrôle.

Dans l'Iowa, petit Etat du nord du pays, le son de cloche est différent. Depuis sa première élection en 2002, le représentant a été réélu neuf fois, dans une circonscription considérée comme facilement acquise aux républicains.

"Steve King a défendu tout ce que les gens de l'Iowa croient. On lui a fait une mauvaise réputation en disant qu'il est raciste", s'offusque Wally Hamann, 71 ans.

"Il a été trahi par son propre parti, comme notre président", poursuit cet imposant vendeur d'antiquités qui conduit un pick-up avec des autocollants à la gloire de Steve King et de l'Amérique - dont un flanqué du slogan "Aimez-la ou quittez-la".

Parmi les promesses de son candidat, celle de faire preuve d'une extrême fermeté sur la question de l'immigration, trouve un écho particulier chez lui.

"Quand votre pays est envahi, vous devez y mettre fin avec l'armée, et on ne fait pas ça", assure-t-il.

- "A contrecoeur" -

L'année dernière, Steve King a parlé lors d'une interview en Autriche du "grand remplacement", une théorie du complot d'extrême droite.

Charlie MacNider, un retraité qui affiche une pancarte "Trump 2020" devant chez lui, explique soutenir M. King "à contrecoeur".

"Il dit des choses bêtes et partage une tendance avec le président, celle de s'exprimer maladroitement", admet-il.

Des propos qui nourrissent la haine exprimée par les suprémacistes blancs? Charlie MacNider ne va pas jusque là, même si beaucoup reprochent au président d'utiliser le terme "invasion" pour parler de l'immigration, tout comme le tireur d'El Paso, au Texas, qui a fait 22 morts la semaine dernière, la grande majorité d'origine hispanique.

"Les sentiments nationalistes ne sont pas forcément une mauvaise chose", avance M. MacNider.

L'Iowa sera le premier Etat américain à voter lors de la primaire démocrate, ce qui y explique la présence d'une vingtaine de candidats de l'opposition cette semaine pour la grande foire régionale, passage obligé dans la longue course à la présidentielle.

Et dans cet Etat qui a voté pour Barack Obama en 2008 et 2012, avant d'élire Donald Trump en 2016, le siège de Steve King semble être plus menacé que jamais.

L'année dernière, lors des élections législatives de mi-mandat, les "midterms", son adversaire démocrate JD Scholten a fini à moins de trois points de lui.

Les élections à la Chambre se tenant tous les deux ans, à l'inverse du Sénat, JD Scholten pourra retenter sa chance en 2020.

"La dernière fois on espérait gagner. Cette fois on s'attend à gagner", promet l'homme de 39 ans.

Avant d'affronter son challenger démocrate, Steve King devra passer par une primaire, où il sera opposé à trois républicains.

Parmi eux Jeremy Taylor, 41 ans. Selon lui, M. King n'est pas ouvertement raciste, mais simplement "imprudent" concernant les questions identitaires et raciales.

"Il y a des fois où Steve King n'a pas fait attention et a causé des erreurs qui ont fait du mal à la cause conservatrice", avance-t-il.

D'autres supporters de Donald Trump reconnaissent être préoccupés par la rhétorique du milliardaire républicain et de ses soutiens, comme M. King.

Une femme, qui a voulu rester anonyme à cause de son vote républicain en 2016, a expliqué être inquiète quand elle voit les tweets du président.

"Parfois, il est complice (de l'extrême droite)", tranche-t-elle.

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