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Sur la route du Brexit: qu'en pense-t-on dans le nord de l’Angleterre?

Sur la route du Brexit

Newcastle est notre porte d’entrée pour ce nord de l’Angleterre qui a voté à 58 % pour sortir de l’Union européenne. A l’aéroport, ce matin-là, pour les taxis, les clients sont rares. L’occasion pour nous d’une première rencontre.


 
Bob Abden, 73 ans, chauffeur de Taxi.

Il habite dans la banlieue de Newcastle et il ne comprend pas ses concitoyens.

"J’espère que beaucoup gens vont voter pour éviter le Brexit. En tout cas c’est ce que je vais faire. On en a assez de cette histoire. Que l’on reste ou non dans l’Europe, on est dans le même bateau. Il faut que Boris Johnson et les autres comprennent qu’il faut arrêter tout ça."

Nous prenons la route pour interroger les Britanniques sur leurs vies, 3 ans après le réferendum. De Newcastle, nous nous dirigeons vers la ville symbolique de Sunderland à 25 km de là. (infographie). Installé depuis 1986, l’usine Nissan est le poumon économique de la cité.

Aucun d’entre eux, ne souhaite s’exprimer sur ce sujet délicat. C’est alors que nous croisons ce cycliste.


 
Stewart BRIDGE, 57 ans, ancien ouvrier de l’usine.

 L’homme a passé 28 ans sur la chaîne de montage de Nissan.

"La majorité des travailleurs se demandent si une nouvelle voiture sera construite ici. Ce qui se passe dans le secteur automobile change d’un jour à l’autre, c’est vraiment un temps incertain."

Nous entrons dans ce restaurant situé en face des bâtiments du constructeur automobile.


 
Said SIAVOCHi 41 ans est restaurateur. Il dit tout haut ce que ses clients pensent tout bas.

"La plupart du temps pour être honnête, les gens s’en fichent... Ce truc dure depuis si longtemps… La majorité des gens ont voté pour partir alors il faut respecter leurs souhaits".

Pour mieux comprendre ce sentiment anti-européen, nous nous rendons au centre-ville de Sunderland. 61 % des habitants ont voté pour le Brexit. Un record dans le pays. Ici, les taux de pauvreté et de chômage sont élevés. Et le message est souvent le même.

"On veut rester entre nous…. Pas, avec l’Europe. .. .On a voté pour ça. On ne comprend rien. On veut juste rester entre Britanniques".

Nous croisons, ce couple qui vit avec les aides sociales à peine au-dessus du seuil de pauvreté.


Denis et Michelle et Harrisson, 49 et 43 ans. Invalide. Femme au foyer.

Comme leurs voisins, ils ont voté pour le Brexit.

"Oui, j’ai voté pour partir. Mais je regrette. Parce que toute cette histoire n’est qu’une mauvaise blague. J’ai envie de crier ma colère sur ce qui nous arrive tous les jours." 

"On attend … et à la dernière minute, on a un accord mais ça ne marche pas."
Margareth Thatcher a tué le chantier naval et les mines de charbons. Et maintenant Nissan. … Si Nissan part à cause du Brexit ce sera la fin. »
Dans un café, un habitué demande à s’installer à notre table.


 
Edward Lainair, 69 ans. Pensionné. Il dénonce une situation sociale qui empire depuis des décennies pour les 270 000 habitants de Sunderland.

"Je comprends que les gens soient en colère. Mais ce n’est pas à cause de l’Union européenne. Je crois que le problème que la Grande Bretagne va mal. S’ils donnent à Boris Johnson sa liberté, … comme un chien… sans sa laisse… Cela ira mal et pas seulement à cause du Brexit."

A Sunderland, ancien fleuron de l’industrie navale, l’Europe a dépensé 340 millions d’euros pour maintenir l’activité portuaire et créer d’autres pôles économiques.


 
Peter Hayes, 48 ans, professeur de sciences politiques à l’Université de Sunderland. Ce spécialiste étudie l’évolution des mentalités au sein de la population du nord de l’Angleterre.

"Il y a ce sentiment d’être séparés du centre de décision. D’être marginalisés. Ignorés…" 
"La raison du Brexit est aussi liée au rejet d’une forme de bureaucratie associée à l’Union européenne.
Et il y a aussi l’envie d’avoir des dirigeants politiques plus charismatiques. C’est regrettable mais malheureusement Boris Johnson est un dirigeant charismatique."

Les habitants de Sunderland attendent désespérément un sauveur. Nous reprenons la route avec le sentiment d’un profond désarroi.

 

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