Syrie, balistique: la France va avoir un "dialogue franc" lundi avec l'Iran

Syrie, balistique: la France va avoir un
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, lors d'une conférence de presse au siège de l'Union européenne à Bruxelles le 11 janvier 2018JOHN THYS
Syrie

Le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian va tenter lundi à Téhéran de sauvegarder l'accord sur le nucléaire iranien tout en demandant des gages à l'Iran, dans un "dialogue franc", sur son programme balistique et ses ambitions régionales.

Dimanche, le président français Emmanuel Macron a d'ailleurs demandé à son homologue iranien Hassan Rohani lors d'un entretien téléphonique "d'exercer les pressions nécessaires" sur le régime syrien pour faire cesser les attaques contre la population de la Ghouta orientale, où quelque 400.000 civils assiégés vivent une grave crise humanitaire.

Les deux dirigeants ont "marqué leur accord pour travailler ensemble de manière opérationnelle dans les prochains jours afin d'obtenir avec l'ONU, en lien avec le régime de Damas et les principaux pays engagés en Syrie, des résultats sur le terrain, livrer l'aide nécessaire aux civils et rendre effectif le cessez-le-feu", selon l'Elysée.

La visite du ministre français est la première d'un haut responsable occidental depuis l'ultimatum posé en janvier par Donald Trump sur l'accord nucléaire.

Le président américain a donné jusqu'au 12 mai aux Européens pour remédier aux "terribles lacunes" du texte, faute de quoi Washington sortira de l'accord et réintroduira des sanctions contre l'Iran.

La France, elle, "entend poursuivre la voie d’un dialogue franc et exigeant avec l’Iran", a déclaré dimanche la porte-parole du Quai d'Orsay, Agnès von der Mühll.

Jean-Yves Le Drian va rappeler "l'attachement" de la France à l'accord, qui "donne des garanties robustes contre le risque de détournement du programme nucléaire iranien à des fins militaires", a souligné la porte-parole.

Sa remise en cause ouvrirait la porte à la prolifération nucléaire dans une région déjà très instable et ne ferait qu'encourager la Corée du Nord à aller plus loin dans son programme, craint-on à Paris.

Lors de son entretien avec M. Rohani, M. Macron a rappelé les demandes de la France sur des problèmes qui ne relèvent pas du cadre de l'accord mais appellent "des réponses claires" de l'Iran, en particulier sur le programme balistique et la sécurité dans la région, selon l'Elysée.

"Parallèlement, il est important pour nous, comme pour l'Iran, que la reprise des échanges et des investissements européens dans ce pays se poursuive", a souligné Mme von der Mühll.

- 2.000 km de portée -

Jean-Yves Le Drian sera reçu par le président Rohani et par son homologue Mohammad Javad Zarif.

Il rencontrera aussi le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, l'amiral Ali Shamkhani, proche du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei.

Le ministre mettra aussi sur la table des sujets beaucoup moins consensuels pour ses interlocuteurs : l'arsenal balistique iranien et l'attitude de l'Iran au Moyen-Orient, que Paris juge de plus en plus "hégémonique".

La France, à l'unisson de Londres et Berlin, veut convaincre l'Iran de limiter son programme balistique afin que ses missiles ne puissent pas un jour emporter des charges nucléaires.

"Ces ambitions capacitaires sont très préoccupantes et contraires à la résolution 2231" du Conseil de sécurité qui a entériné l'accord nucléaire, juge M. Le Drian.

Faute d'engagements clairs, "l'Iran sera toujours et avec raison soupçonné de vouloir développer l'arme nucléaire", met-il en garde.

L'Iran a développé des missiles d'une portée de 2.000 kilomètres capables d'atteindre Israël et les bases américaines dans la région, affirmant qu'ils sont purement défensifs et conventionnels.

- 'Contribution positive' -

"On a aussi une inquiétude particulière sur les transferts de savoir-faire, de capacités balistiques à des acteurs régionaux", du Hezbollah libanais aux rebelles houthis au Yémen, observe-t-on dans l'entourage du ministre.

Jean-Yves Le Drian risque toutefois de se heurter à un mur. "Nous ne négocierons avec personne sur nos armes", a averti le président Rohani.

"Si la visite de Le Drian vise à renforcer nos relations, il vaut mieux ne pas prendre de positions négatives", a renchéri samedi le conseiller du guide suprême pour les affaires internationales, Ali Akbar Velayati.

Mais les Iraniens attendent aussi beaucoup d'une visite du président français Emmanuel Macron, annoncée pour cette année.

Un accord de Tehéran sur le balistique ou un engagement à modérer ses ambitions régionales pourrait apaiser les craintes de Donald Trump.

Téhéran soutient militairement le régime de Damas avec des dizaines de milliers de miliciens pro-iraniens. Il menace aussi Israël par Hezbollah interposé et rivalise avec Ryad dans la course au leadership régional.

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