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Syrie: 20 morts dans un attentat de l'EI, tentatives d'évacuation des civils

Syrie

Un attentat à la voiture piégée, revendiqué par le groupe Etat islamique (EI), a tué jeudi 20 personnes dans l'est de la Syrie, près d'une base de l'alliance arabo-kurde qui tente d'évacuer les derniers civils piégés dans l'ultime réduit du "califat".

L'attaque, qui a frappé le village de Cheheil, non loin du champ pétrolier Al-Omar, à une dizaine de kilomètres seulement d'une grande base des combattants kurdes et arabes des Forces démocratiques syriennes (FDS), a été revendiquée jeudi soir par l'EI sur la messagerie en ligne Telegram.

Elle illustre la capacité que conservent les jihadistes à frapper, même s'ils sont désormais acculés dans une petite poche d'un demi-kilomètre carré, dans la province orientale de Deir Ezzor.

Parmi les victimes figurent 14 employés des infrastructures pétrolières d'Al-Omar et six combattants de la force arabo-kurde, selon l'OSDH.

Un porte-parole des FDS, Adnane Afrine, a confirmé l'attentat, accusant une "cellule dormante" de l'EI.

"Il y a des attaques contre les combattants (des FDS), il y a des assassinats, des explosions, et ces opérations visent même les civils", a-t-il indiqué à l'AFP.

A son apogée, des milliers d'étrangers venus d'Europe, d'Asie mais aussi du continent américain avaient rejoint les vastes régions et grandes villes conquises par l'EI en Syrie et en Irak en 2014.

De ce "califat" autoproclamé, il ne reste qu'un réduit dans le village de Baghouz, aux confins orientaux de la Syrie, tout près de la frontière irakienne.

C'est dans ce secteur que le jihadiste français Fabien Clain, considéré comme la "voix" ayant revendiqué au nom de l'EI les attentats du 13 novembre 2015 à Paris (130 morts), a été tué, a-t-on appris jeudi de sources sécuritaire et proche du dossier à Paris.

Selon la radio France Inter, qui a révélé l'information, son frère Jean-Michel, autre figure française du jihad, a été grièvement blessé lors d'une frappe de la coalition internationale antijihadistes.

- "Revenez demain" -

A Baghouz, l'EI ne tient plus que quelques pâtés de maisons. Les jusqu'au-boutistes du "califat" sont retranchés depuis plusieurs jours dans des tunnels, au milieu d'un océan de mines.

Mais il y a aussi des civils, principalement des femmes et des enfants de jihadistes, que les FDS cherchent à évacuer pour relancer leur offensive.

Jeudi, à une position des FDS près de Baghouz, une journaliste de l'AFP a vu une cinquantaine de gros camions se diriger vers le village, avant de rebrousser chemin, vides.

"Nous n'avons pas pu entrer", a expliqué Hossam, un des organisateurs de ce transfert, qui n'a pas été en mesure d'expliquer la raison de cet échec.

"A une position des FDS on a trouvé 15 personnes, dont des femmes et des enfants, notamment une Française et une Egyptienne. On les a pris", a-t-il toutefois ajouté.

"Les combattants des FDS nous ont dit de revenir demain (vendredi) matin", a encore commenté ce responsable.

Des centaines de personnes, dont des femmes et des enfants, se trouvaient à une autre position des FDS, mais l'AFP n'a pas été autorisée à leur parler. Il s'agissait vraisemblablement des personnes évacuées la veille à bord d'une dizaine de gros camions-remorques.

Les FDS ont par ailleurs transféré en Irak 130 membres irakiens de l'EI arrêtés en Syrie, ont indiqué jeudi des sources de sécurité irakiennes.

Depuis début décembre, près de 40.000 personnes, principalement des familles de jihadistes, ont fui le secteur, selon l'OSDH.

Elles sont soumises à des fouilles et des interrogatoires poussés, afin de permettre aux FDS d'identifier les jihadistes potentiels.

- "Risque de mort" -

Les hommes soupçonnés d'appartenance à l'EI sont détenus. Les civils, dont les femmes et les enfants de jihadistes, sont envoyés vers des camps de déplacés dans le nord-est de la Syrie.

Ces camps accueillent plus de 2.500 enfants étrangers issus de plus de 30 pays, dont 1.100 seulement sont arrivés depuis janvier, a révélé jeudi l'ONG Save the Children.

Parmi eux, 38 enfants ne sont accompagnés d'aucun parent, a indiqué l'organisation, qui dénonce une situation humanitaire "désespérante", affirmant que "les enfants sont exposés au risque de mort".

La question des étrangers retenus en Syrie est un véritable casse-tête tant pour les autorités semi-autonomes kurdes, qui réclament leur rapatriement, que pour les Occidentaux, qui rechignent globalement à les reprendre.

Le président américain Donald Trump a exhorté les pays européens à rapatrier leurs ressortissants. Mais Washington a refusé mercredi le retour aux Etats-Unis d'une jihadiste originaire d'Alabama.

"Elle est peut-être née ici. Elle n'a pas la nationalité américaine, et n'a aucun droit à la nationalité américaine", a justifié jeudi le chef de la diplomatie Mike Pompeo.

Jeudi, les Etats-Unis ont indiqué qu'ils maintiendraient finalement environ 200 soldats en Syrie, quelques semaines après l'annonce par Donald Trump du retrait des troupes américaines. "Un petit groupe de maintien de la paix d'environ 200 soldats restera en Syrie pour un certain temps", a indiqué à l'AFP Sarah Sanders, porte-parole de l'exécutif américain, sans autres précisions.

Le départ des soldats américains de Syrie devrait intervenir dans les prochaines semaines.

Si l'EI est sur le point de perdre son ultime territoire en Syrie, des jihadistes sont aussi disséminés dans le désert central de la Badiya.

Déclenchée en 2011, la guerre en Syrie a fait plus de 360.000 morts et des millions de déplacés et réfugiés.

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