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Syrie: bombardements nourris du réduit de l'EI, où sont retranchées des milliers de personnes

Syrie

Les forces antijhadistes engagées depuis des semaines dans l'offensive contre l'ultime poche du groupe Etat islamique (EI) en Syrie ont repris dimanche soir leurs frappes contre Baghouz, affirmant avoir pris des positions à l'intérieur du réduit où des milliers de personnes seraient encore retranchées.

Dans un tweet posté tard dans la soiree, le porte-parole des Forces démocratiques syriennes (FDS), Mustafa Bali, a affirmé que les forces antijihadistes avaient conquis dimanche "plusieurs positions de l'EI" et "détenaient desormais plusieurs positions à l'intérieur du camp" ou sont retranchés les jihadistes à Baghouz. Il a ajouté que les "combats se poursuivaient".

Soutenues par les raids aériens de la coalition internationale anti-EI conduite par les Etats-Unis, les FDS tentent de déloger les jihadistes de ce village de la province orientale de Deir Ezzor situé non loin de la frontière irakienne.

Mais l'offensive a été maintes fois suspendue ou ralentie par l'évacuation de dizaines de milliers de personnes de l'ultime poche jihadiste, réduite à un petit campement informel et des tunnels souterrains.

Les frappes s'étaient intensifiées en début de soirée, selon une équipe de l'AFP, qui faisait état de "tirs nourris et de fortes explosions" alors que les avions sillonnaient à nouveau le ciel.

On entendait des tirs de mitrailleuse, avait indiqué une journaliste de l'AFP faisant état de flammes et de colonnes de fumée s'élevant de la poche jihadiste.

A quelques centaines de mètres du front, elle apercevait de gros véhicules avançant vers le campement de l'EI: "des sortes de tracteurs utilisés par nos camarades pour progresser" sur un terrain bourré de mines, expliquaient des combattants des FDS.

Depuis une colline tenue par les FDS surplombant le réduit de l'EI, les journalistes avaient pu avant la tombée de la nuit apercevoir les tentes sur des champs parsemés de bâtisses ocres et de palmiers. Parfois, une moto passait ou des silhouettes noires avançaient sur les chemins poussiéreux.

Sur une position des FDS, le combattant Ali Khalaf Ibrahim expliquait que la résistance des jihadistes avait "diminué". "Ils ont essayé à plusieurs reprises de s'infiltrer avec des ceintures d'explosifs, mais nos combattants les ont bloqués".

- "5.000 personnes" -

L'assaut décisif des forces anti-EI s'inscrit dans le cadre d'une offensive lancée en septembre, qui a permis d'acculer progressivement les jihadistes dans un ultime périmètre au bord de l'Euphrate.

A son lancement, le commandant en chef des FDS, Mazloum Kobani, avait prédit la fin des opérations sous un mois.

Mais le nombre considérable de personnes --civils et jihadistes-- évacuées par vagues successives du réduit de Baghouz a pris les FDS de court, les poussant à suspendre maintes fois leurs opérations pour éviter un bain de sang.

Les FDS ont indiqué dans un communiqué que des dizaines de jihadistes s'étaient encore rendus samedi, parmi lesquels des ressortissants européens, turcs, chinois, irakiens et syriens.

Dimanche, le porte-parole des FDS, Kino Gabriel, a souligné qu'aucun calendrier précis ne pouvait être avancé pour la fin de l'opération.

"J'espère que cela ne prendra pas plus d'une semaine, mais il s'agit d'une estimation personnelle", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Soussa, village voisin de Baghouz.

Il a indiqué que quelque "5.000 personnes" se trouveraient encore dans l'ultime réduit jihadiste, en se basant sur les récits du dernier groupe d'évacués.

M. Gabriel a aussi déclaré que quelque 64.000 personnes étaient sorties depuis janvier de l'enclave de l'EI: parmi elles, 5.000 jihadistes qui ont été arrêtés, et 25.000 proches de combattants. Quelque 34.000 autres civils ont été évacués.

- "Règlement politique" -

L'EI avait proclamé en 2014 un "califat" sur de vastes régions conquises à cheval entre la Syrie et l'Irak avant que son territoire ne se réduise comme peau de chagrin.

Sa défaite à Baghouz doit constituer la fin officielle de son "califat", mais le groupe a déjà entamé sa mue en organisation clandestine.

Les jihadistes continuent de mener des attaques suicide, et les mines laissées par l'organisation ultraradicale dans ses anciens bastions continuent de tuer.

Depuis samedi, au moins 17 personnes sont mortes dans l'explosion de mines enfouies, dont 16 dans la province de Deir Ezzor et une dans celle d'Alep (nord), selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Dimanche, deux membres des FDS ont été tués par un engin piégé aux abords du village de Hajine, voisin de celui de Baghouz. L'attaque a été revendiquée par l'EI via son organe de propagande Amaq, sur le réseau Telegram, selon l'OSDH.

La guerre en Syrie, qui est entrée dans sa neuvième année, a déjà tué plus de 370.000 personnes, d'après un dernier bilan de l'OSDH, et déplacé plusieurs millions d'autres, le régime de Bachar al-Assad reprenant la main à la faveur des soutiens iranien et russe.

L'émissaire de l'ONU pour la Syrie, Geir Pedersen, a tenu dimanche des discussions à Damas sur la relance du processus de "règlement politique", avec en ligne de mire la mise en place d'un comité chargé d'élaborer une nouvelle Constitution.

M. Pedersen, qui effectue sa deuxième visite depuis son entrée en fonctions en janvier, est le 4e médiateur de l'ONU pour la Syrie depuis 2011, ses prédécesseurs ayant échoué dans leur tentative de trouver une issue à une guerre qui s'est complexifiée au fil des ans.

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