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Syrie: les Kurdes préviennent des risques d'un retrait américain

Syrie: les Kurdes préviennent des risques d'un retrait américain
Ilham Ahmed une responsable kurde s'exprime lors d'une conférence de presse à Paris, le 21 décembre 2018STEPHANE DE SAKUTIN
Syrie

Le retrait américain de Syrie pourrait contraindre la coalition arabo-kurde à renoncer à combattre l'organisation de l'Etat islamique et entraîner indirectement la libération de centaines de jihadistes étrangers, notamment Européens, qu'elle détient, a mis en garde vendredi à Paris une responsable kurde.

"Combattre le terrorisme sera difficile parce que nos forces seront obligées de se retirer des lignes de front (dans la province) de Deir Ezzor (dernier bastion du groupe Etat islamique, ndlr), pour prendre position sur la frontière avec la Turquie pour contrer toute éventuelle attaque", a déclaré Ilham Ahmad, une des responsables de l'appareil politique de la coalition, présente à Paris pour discuter avec les autorités françaises de la nouvelle donne provoquée par l'annonce du retrait américain de Syrie.

Le président américain Donald Trump a annoncé mercredi qu'il allait ordonner le retrait des quelques 2.000 militaires américains déployés en Syrie, combattant aux côtés de la coalition arabo-kurde.

Les conséquences de ce retrait changent complètement la donne dans ce pays en guerre et transforment les équilibres entre les différents belligérants.

Les Kurdes, craignant une offensive de leurs ennemis Turcs, agitent aussi la menace de la libération de centaines de jihadistes étrangers qu'ils détiennent actuellement pour faire pression sur les Occidentaux afin qu'ils ne les lâchent pas.

"Nous craignons de ne plus maîtriser la situation et qu'il soit difficile pour nous de les garder dans une localité déterminée" en cas d'offensive turque, a souligné Mme Ahmad.

Un autre responsable également présent à Paris, Riad Drar, a déclaré qu'une telle libération serait évidemment involontaire. "Nous craignons que le chaos (que provoquerait une offensive turque, ndlr) ne nous permette pas de protéger les localités où ils (les jihadistes, ndlr) se trouvent".

Le sort des jihadistes étrangers détenus en Syrie est un vrai casse-tête pour les nombreux pays d'origine de ces prisonniers, qui ne souhaitent pas leur libération, mais ne souhaitent pas non plus les récupérer sur leur sol, offrant ainsi à leurs geôliers un levier diplomatique important.

Les deux responsables de la coalition ont été reçus par des conseillers du président Emmanuel Macron pour discuter de la situation.

"Nous demandons aux Français un soutien diplomatique", a souligné Ilham Ahmad, estimant que les autorités françaises "peuvent faire pression sur la Turquie pour qu'elle arrête ses menaces". "Nous avons demandé aussi que les forces (françaises NDLR) assument leur tâche dans la région jusqu'à une solution politique soit trouvée", a-t-elle ajouté.

Les conseillers du président français leur ont "passé un message de soutien et de solidarité et ont expliqué les échanges que la France avait eus avec les autorités américaine pour poursuivre la lutte contre Daech (acronyme arabe de l'EI, ndlr)", a indiqué l'Elysée sans plus de précisions.

La France participe à une coalition internationale conduite par les Etats-Unis pour combattre les jihadistes en Syrie et en Irak. Elle a déployé son artillerie et son aviation. Selon plusieurs sources, des éléments des forces spéciales sont aussi présentes au sol en Syrie, mais le gouvernement n'a jamais confirmé cette présence.

"Quand le président Trump dit que Daech (l'acronyme de l'Organisation de l'Etat islamique, ndlr) est mort, nous considérons aujourd'hui que si le califat territorial n'est plus ce qu'il était en 2014 (...), s'il est réduit à peau de chagrin, il reste encore une poche dans laquelle les jihadistes de Daech sont repliés", a déclaré vendredi matin la ministre française des Armées Florence Parly.

"Nous considérons que ce travail là doit être terminé. Nous ne partageons pas du tout l'analyse selon laquelle le califat territorial serait anéanti", a ajouté la ministre. "Le risque, en ne finissant pas ce travail, c'est de laisser perdurer des groupes et que ces groupes reprennent leurs activités".

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