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Tensions commerciales USA-Chine : les Européens doivent être du bon côté de l'Histoire selon l'ambassadeur chinois

Tensions commerciales USA-Chine : les Européens doivent être du bon côté de l'Histoire selon l'ambassadeur chinois
L'ambassadeur de Chine en France Lu Shaye, le 10 septembre 2019 à Paris Martin BUREAU

Face aux tensions commerciales USA-Chine, les pays européens doivent se positionner du bon côté de l'Histoire en choisissant, comme la Chine, de défendre le multilatéralisme, estime dans un entretien en français avec l'AFP le nouvel ambassadeur de Chine en France, M. Lu Shaye.

QUESTION : Dans la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, comment pensez-vous que doivent se positionner les pays européens ?

RÉPONSE : La Chine reste du côté multilatéraliste, les États-Unis sont unilatéralistes : le président Donald Trump préconise "America first" et je pense que les pays européens doivent se tenir du côté correct de l'Histoire, doivent préserver, défendre aussi, le multilatéralisme. L'administration américaine croit pouvoir écraser la Chine avec les droits de douane, mais, un an après, la Chine n'est pas écrasée. Notre économie continue à augmenter, avec un taux de croissance de 6,3%. A l'inverse, les États-Unis ont connu des difficultés économiques.

La Chine ne fera pas les négociations seulement pour le plaisir de parvenir à un accord ; si cet accord est préjudiciable aux intérêts fondamentaux chinois, on le refusera.

Cette friction commerciale entre la Chine et les États-Unis affecte beaucoup les pays européens. Au premier semestre, l'Allemagne a connu une récession, légère. C'est un signal. Et, récemment, la chancelière allemande (Angela) Merkel a rendu une visite officielle en Chine avec une énorme délégation d'hommes d'affaires. Je pense que les pays européens doivent saisir l'opportunité offerte par la Chine et le marché chinois de plus en plus ouvert au reste du monde.

Q. Le président Macron doit se rendre en Chine début novembre pour la deuxième visite de son mandat. Qu'en attendez-vous ? Est-il exact que la Chine a menacé de suspendre sa coopération policière après les suites de l'affaire du dirigeant chinois d'Interpol arrêté en Chine ?

R. Le président Macron préconise bien le multilatéralisme et sur le plan international cela correspond à la vision chinoise. Donc je pense qu'entre la Chine et la France, nous avons de plus en plus de convergences et de moins en moins de divergences dans les affaires internationales.

Nos relations bilatérales ne sont pas quelque chose d'ordinaire. Elles ont été établies par nos anciens dirigeants, le président Mao Tsé-toung et le général de Gaulle. Ils avaient une vision stratégique de très long terme. 55 ans après, nous pouvons éprouver leur vision stratégique et je pense que leur vision de cette époque-là correspond bien à la situation d'aujourd'hui. Le président Macron et le président Xi Jinping ont des points de vue très similaires sur la situation internationale actuelle, sur les affaires, sur les points chauds actuels dans le monde.

D'après ce que je sais, la Chine n'a pas suspendu la coopération avec la France sur le plan de la coopération internationale et judiciaire. On continue à coopérer avec la France dans ce domaine et cela est propice, favorable aux deux côtés.

Q. Lors de sa visite en Chine la semaine dernière, Mme Merkel a appelé à la "garantie des droits et des libertés" à Hong Kong. Que pensez-vous du positionnement des pays occidentaux sur le sujet ?

R. Les pays occidentaux doivent observer objectivement la situation à Hong Kong. Vous ne devez pas soutenir la violence, les émeutiers.

Les émeutiers sont très minoritaires. La plupart de la population de Hong Kong ne veut pas voir la situation actuelle. Même les manifestants, tout au début, leur but authentique était de s'opposer à l'amendement de la loi de l'extradition, maintenant leur objectif est atteint, ils veulent revenir à la normale, au calme.

La situation à Hong Kong, au moins actuelle, n'a rien à voir avec la démocratie et la liberté parce que la population, depuis la rétrocession à la mère patrie en 1997, bénéficie de beaucoup plus de démocratie et de liberté qu'auparavant, que sous le régime colonialiste de la Grande-Bretagne. Pendant 156 ans de règne de la Grande-Bretagne, les Hongkongais n'avaient même pas le droit de descendre dans la rue pour faire une manifestation, les députés n'étaient pas élus, le gouverneur n'était pas élu.

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