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Trudeau "déçu" de l'absence d'excuses du pape aux autochtones

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Le pape François arrivant sur la place Saint Pierre le 14 mars VINCENZO PINTO

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau s'est dit mercredi "très déçu" que le pape François refuse de présenter ses excuses personnelles aux enfants autochtones canadiens, arrachés à leur famille et victimes d'abus sexuels dans des pensionnats catholiques.

"Après avoir examiné attentivement la demande" d'excuses formelles de l'Eglise, le pape "était d'avis qu'il ne peut pas y répondre personnellement", a écrit Mgr Lionel Gendron, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, dans une lettre adressée aux peuples autochtones.

"Je suis très déçu de la décision de l’Église catholique de ne pas offrir des excuses pour les écoles résidentielles", a déclaré Justin Trudeau lors d'un point de presse.

Sa ministre des Affaires autochtones, Carolyn Bennett, a été plus directe, affirmant que "les regrets ne suffisent pas".

"Quelqu'un doit assumer la responsabilité pour le mal qui a été fait, non seulement envers les enfants qui ont été enrôlés mais aussi envers les familles abandonnées et ce qui leur est arrivé", a-t-elle dit, en promettant de continuer de faire pression pour que le Vatican s'amende.

Cette demande au pape François était une des recommandations faites fin 2015 par la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

L'évêque Gendron, "conscient de (la) douleur" des victimes et de leurs familles, a encouragé les évêques à continuer de "s'engager dans un travail intensif de pastorale visant la réconciliation, la guérison et la solidarité avec les peuples autochtones".

Après avoir entendu pendant six ans les témoignages de près de 7.000 anciens élèves, dont nombre d'entre eux avaient été soumis à de mauvais traitements ou à des sévices sexuels, la commission avait conclu à un "génocide culturel".

"Nous demandons au pape de présenter, au nom de l’Église catholique romaine, des excuses aux survivants, à leurs familles (...) pour les mauvais traitements sur les plans spirituel, culturel, émotionnel, physique et sexuel que les enfants des Premières Nations, des Inuits et des Métis ont subis dans les pensionnats dirigés par l’Église catholique", recommandait la commission.

Le Premier ministre Trudeau avait invité l'an dernier le pape François à se rendre au Canada pour présenter des excuses aux peuples autochtones, dans un souci de réconciliation.

De la fin du XIXe siècle aux années 1970, plus de 150.000 enfants amérindiens, métis et inuits, ont été coupés de leurs familles et de leur culture et placés de force dans des pensionnats où nombre d'entre eux ont été abusés. Plus de 3.000 y sont morts de diverses maladies.

M. Trudeau a lui-même présenté ses "excuses les plus sincères" aux peuples autochtones et leur a demandé "pardon" au nom du gouvernement du Canada.

Depuis son élection en 2013, François a notamment présenté des excuses aux peuples autochtones d'Amérique latine pour la complicité de l'Eglise dans l'oppression dont ils ont été victimes pendant les conquêtes coloniales.

Son prédécesseur, Benoît XVI avait exprimé en 2009 "son chagrin" aux autochtones canadiens "pour l'angoisse provoquée par la conduite déplorable de certains membres de l'Eglise".

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