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Trump accuse les réseaux sociaux de partialité. Fake News ?

Donald Trump en est convaincu: les réseaux sociaux réduisent au silence des millions de voix conservatrices et il martèle ce message à ses 54 millions d'abonnés sur... Twitter, même si les spécialistes soulignent qu'il y a peu de preuves de ces accusations.

Vendredi encore le président américain a tweeté sur ce thème. "Les géants des réseaux sociaux réduisent au silence des millions de gens. Les gens ont le droit de décider de ce qui est vrai et ce qui est faux, sans censure!", a-t-il lancé, sur ce réseau dont il a fait son moyen de communication de prédilection pour contourner les médias qu'il accuse d'être malintentionnés à son encontre.

Quelques jours plutôt, il avait déjà mené la charge contre des réseaux sociaux "totalement biaisés envers les voix républicaines/conservatrices" et mis en garde: "Nous ne laisserons pas faire".

Twitter --335 millions d'utilisateurs réguliers-- et Facebook --2,23 milliards-- nient toute partialité politique dans la gestion de leur plateforme, et plusieurs études montrent que les conservateurs prospèrent au contraire sur les réseaux sociaux.

Mais, selon un sondage de l'institut Pew Research publié en juin, 43% des Américains sont persuadés que les grandes sociétés high-tech penchent en faveur de la gauche plutôt que de la droite et 72% pensent que les réseaux sociaux censurent activement les points de vue politiques opposés aux leurs. Parmi les membres du parti républicain et les électeurs indépendants plutôt de droite, ils sont 85% à en être convaincus.

Les mesures prises début août contre Alex Jones, le fondateur d'Infowars, un site conspirationniste qui s'est fait un nom en niant la réalité de la tuerie de l'école élémentaire de Sandy Hook qui a coûté la vie à 20 enfants, a renforcé ce sentiment.

Il s'est vu privé le même jour d'accès à Facebook, Youtube, Apple et Spotify. Twitter l'a suspendu pour une semaine un peu plus tard.

Et les récriminations ont conduit le Congrès à se pencher sur la question et à organiser au moins une audition consacrée à la partialité des réseaux sociaux.

Le patron et co-inventeur de Twitter Jack Dorsey sera ainsi interrogé lundi devant une commission de la Chambre des représentants. Récemment, il a reconnu sur CNN dans une interview que l'entreprise "penche plutôt à gauche" mais que cela ne se reflète pas sur la plateforme.

"La vraie question derrière la question est: agissons-nous selon une idéologie politique ou des points de vue? La réponse est non. Point final", a affirmé M. Dorsey.

- Faire pression -

Pour Angelo Carusone, président de Media Matters for America, un observatoire des médias marqué à gauche, les conservateurs haussent le ton pour intimider les gestionnaires des réseaux et imposer leurs opinions.

"En essayant d'apaiser les critiques venues de la droite, les réseaux sociaux ont renforcé et validé ces critiques bien qu'elles soient sans fondement", affirme M. Carusone, qui rappelle qu'une étude qu'il a menée avec la société d'étude des réseaux NewsWhip n'a révélé aucune partialité et démontré que les conservateurs étaient présents en force.

Mais à force de dénoncer, cela influence l'opinion publique, souligne Jeff Hemsley, professeur spécialiste de l'information à Syracuse University.

"Les conservateurs sont convaincus depuis longtemps que tous les médias sont de gauche, c'est un vieux reproche qu'ils appliquent maintenant aux réseaux sociaux", dit-il.

- Algorithmes et droit -

Ce qui complique le débat est la façon dont les flux d'informations sont organisés.

Là où certains usagers voient de l'arbitraire, il s'agit en fait "d'algorithmes qui prennent en compte vos centres d'intérêt, vos habitudes et ceux-ci peuvent influer sur ce que vous voyez", souligne Liz Woolery, analyste au centre de réflexion Center for Democracy and Technology.

Pour autant, les assauts du président et de sa base électorale posent nombre de questions sur les droits mais aussi les obligations de ces réseaux sociaux, qui sont d'abord des entreprises privées.

"Même si les réseaux sociaux étaient partiaux contre les conservateurs (et rien ne prouve qu'ils le sont), ils auraient parfaitement le droit de le faire", tout comme Fox News et Breitbart et leurs opinions de droite sont protégées par la Constitution, souligne Eric Goldman, le co-directeur du High-Tech Law Institute de Santa Clara University, dans un article sur son blog.

Le professeur Hemsley estime qu'il y a un risque que le président ne tente de légiférer pour donner plus de contrôle au gouvernement sur les médias et les réseaux sociaux.

Pour Mme Woolery, il y a aussi le risque que les entreprises réagissent trop impulsivement. "Elles doivent veiller à pas créer plus de problème en aval".

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