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Trump cherche à éviter de sanctionner la Turquie pour les missiles russes

Trump cherche à éviter de sanctionner la Turquie pour les missiles russes
Recep Tayyip Erdogan et Donald Trump lors du sommet du G20 à Osaka, au Japon, fin juinBrendan Smialowski

Après les avertissements sans ambiguïté, place à la modération: l'administration de Donald Trump, embarrassée par l'achat de missiles russes par la Turquie, cherche un moyen d'éviter de devoir imposer des sanctions, théoriquement automatiques, contre cet allié stratégique.

De nombreux membres du Congrès, toutes tendances confondues, s'activent pour que le président des Etats-Unis fasse preuve de fermeté. Mais après une réunion cette semaine avec Donald Trump, les sénateurs républicains ne sont guère optimistes.

"Il en est clairement ressorti que le président n'est pas dans l'état d'esprit, actuellement, de sanctionner la Turquie", déplore, auprès de l'AFP, l'assistant d'un élu qui a participé à la rencontre à la Maison Blanche.

Le milliardaire républicain, qui ne fait pas mystère de ses affinités avec certains hommes forts souvent controversés, affiche une grande entente avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan. Et ce dernier assure que cette proximité permettra à son pays, in fine, d'échapper aux sanctions.

Au coeur de la dispute, le système de défense antiaérienne S-400, acquis par Ankara auprès de Moscou au grand dam de Washington, qui y voit une entorse grave de la part d'un pays membre de l'Otan et une menace pour la sécurité occidentale.

Durant de longs mois, le message américain n'avait pourtant pas varié: le gouvernement turc s'expose à des sanctions "très dures" s'il "va au bout de la réception des S-400".

Seulement voilà, depuis le début de la livraison des missiles russes, mi-juillet, le discours a évolué.

Les Etats-Unis ont certes immédiatement exclu la Turquie de leur programme d'avions furtifs F-35, estimant que les S-400 pouvaient être utilisés par la Russie pour "percer" les "capacités de pointe" du chasseur ultrasophistiqué.

Mais sur le front des sanctions, l'administration Trump semble désormais surtout déterminée à gagner du temps.

"Nous n'envisageons pas cela pour l'instant", a lâché le milliardaire républicain le 18 juillet.

- Glissement sémantique -

"Il n'y a pas de calendrier", a encore balayé jeudi la porte-parole de la diplomatie américaine Morgan Ortagus, insistant sur le fait que la décision sur les F-35 était déjà une "mesure très, très lourde".

Pourtant, les mesures punitives d'ordre économique sont inscrites dans une loi adoptée en 2017 par le Congrès, quasiment à l'unanimité, pour "contrer les adversaires de l'Amérique à travers les sanctions" (Caatsa).

Ce texte prévoit notamment des sanctions automatiques dès lors qu'un pays conclut une "transaction significative" avec le secteur de l'armement russe.

En fait, dans l'immédiat, la parade semble venir d'un subtil glissement sémantique. Alors que la "livraison" des missiles était jusqu'ici considérée comme l'élément devant déclencher les sanctions, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a subitement insisté, ces dernières heures, sur "l'activation" du système antiaérien.

"Il pourrait y avoir d'autres sanctions par la suite, mais franchement, ce qu'on voudrait vraiment, c'est que les S-400 ne deviennent pas opérationnels", a-t-il affirmé jeudi à Bloomberg TV. "L'activation des S-400 est inacceptable".

Le sénateur républicain Lindsey Graham a expliqué à la publication Defense One avoir engagé une médiation avec Ankara, à la demande de Donald Trump, pour éviter cette "activation du système" et proposer en échange l'ouverture de "négociations sur un accord commercial" -- un stratégie que Mike Pompeo n'a pas démentie.

Dans le même temps, le président Erdogan a expliqué que les S-400 ne seraient pas opérationnels avant avril, ce qui augure d'une partie de poker menteur encore longue entre les deux pays.

Certains experts soulignent pourtant que des composants "passifs" des systèmes russes peuvent représenter une menace, sans attendre que les radars soient "activés".

"Il y a un débat juridique sur ce qui constitue une +transaction significative+ susceptible de déclencher les sanctions", reconnaît l'assistant parlementaire républicain. Mais, selon lui, au bout du compte, "l'administration sera confrontée à l'obligation légale de sanctionner la Turquie".

Face aux atermoiements de Donald Trump, certains dans son administration et au Congrès poussent pour une pression renouvelée. Avec comme objet, cette fois, la participation même d'Ankara à l'Alliance atlantique.

"L'Otan a été créée pour être un rempart face à l'agression russe. Cela m'inquiète sérieusement que l'on permette à la Turquie de continuer à profiter de la protection de l'Otan tout en se rapprochant de la Russie", dit à l'AFP le sénateur républicain Rick Scott, auteur d'une résolution pour contraindre le gouvernement à passer à l'acte.

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