Tuerie du Musée juif de Bruxelles: ouverture du procès de Mehdi Nemmouche

Tuerie du Musée juif de Bruxelles: ouverture du procès de Mehdi Nemmouche
Croquis daté du 26 juin 2014 de Mehdi NemmoucheBENOIT PEYRUCQ
Le procès Nemmouche

Le procès du Français Mehdi Nemmouche, accusé d'avoir assassiné quatre personnes au Musée juif de Bruxelles en mai 2014, s'est ouvert jeudi vers 9h30 (8H30 GMT) en sa présence devant la cour d'assises de la capitale belge.

Jugé pour "assassinat terroriste" avec un complice présumé, Nacer Bendrer, également français, le jihadiste, depuis peu de retour de Syrie au moment des faits, encourt la réclusion à perpétuité.

Mehdi Nemmouche, âgé de 33 ans, est arrivé dans le box des accusés vêtu d'un pull orange et entouré de deux policiers cagoulés. Il a ensuite décliné son identité.

Né à Roubaix, dans le nord de la France, il est "sans profession" et réside "actuellement à la maison d'arrêt de Nivelles" en Belgique, a-t-il précisé.

Ce procès sous haute surveillance policière, au cours duquel plus d'une centaine de témoins seront entendus, doit durer jusqu'au 1er mars.

Les deux premiers jours d'audience, jeudi et vendredi, sont consacrés à la lecture de l'acte d'accusation, un document de près de 200 pages.

Si la cour d'assises soutient la thèse de l'accusation, cet attentat antisémite, qui avait ému la communauté internationale, restera comme la première attaque commise sur le sol européen par un combattant jihadiste de retour de Syrie.

L'audience s'annonce comme un bras de fer entre les accusés, qui nient les faits, et les parties civiles, qui jugent "accablantes" les preuves rassemblées.

- "Capacité de violence" -

Selon l'accusation, Nemmouche est l'homme qui, ce 24 mai 2014 vers 15h45, a ouvert le feu dans le hall d'entrée du Musée juif, tuant un couple de touristes israéliens, une bénévole française et un jeune employé belge du site. Un quadruple assassinat exécuté en 82 secondes, comme s'il était l'oeuvre d'un tueur professionnel.

A l'époque, il était revenu depuis peu de Syrie, où il avait combattu dans les rangs de ce qui allait devenir le groupe Etat islamique. A Alep (Syrie) en 2013, il est soupçonné d'avoir retenu en otages quatre journalistes français et devra faire face à un procès distinct en France.

Trois de ces journalistes l'ont reconnu après les faits de Bruxelles en 2014 et ont dépeint un geôlier "violent, autoritaire", qui ne cachait pas son admiration pour Mohamed Merah. En 2012, ce dernier avait assassiné trois militaires puis trois enfants et un père juifs, à Toulouse et Montauban (sud de la France).

"Quand j'entends ses avocats dire que c'est quelqu'un qui peut être très poli, très urbain... Certainement. C'est quelqu'un de malin. Mais moi, je n'oublierai jamais sa capacité de violence et sa capacité de danger", a affirmé jeudi matin sur la radio Europe 1 l'un des journalistes otages, Didier François.

Pour le Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB), partie civile au procès, le caractère antisémite des assassinats reprochés à l'accusé ne fait aucun doute.

- "Serein, calme" -

La crainte, a confié à l'AFP Yohan Benizri, président du CCOJB, est que ses avocats, Sébastien Courtoy et Henri Laquay, tentent de "minimiser" cet aspect antisémite, ou de "tenir un discours de type complotiste".

L'hypothèse de la responsabilité d'agents israéliens a déjà été évoquée à demi-mot par Me Courtoy lors d'une audience préliminaire.

Jeudi matin Me Henri Laquay a décrit son client comme "serein, calme". "Il choisira le moment quand il parlera", a ajouté l'avocat devant des journalistes.

Six jours après la tuerie, Nemmouche avait été arrêté le 30 mai 2014 en possession d'un revolver et d'un fusil d'assaut à Marseille, où s'est ensuite concentrée une partie de l'enquête.

C'est également à Marseille que son co-accusé Nacer Bendrer, 30 ans, a été interpellé en décembre 2014, soupçonné de l'avoir aidé à se fournir en armes.

En 2008, les deux délinquants avaient fait connaissance à la prison de Salon-de-Provence (sud de la France), où ils étaient décrits comme radicalisés, faisant du "prosélytisme" auprès des autres détenus musulmans.

Leur proximité est notamment attestée dans l'enquête par 46 contacts téléphoniques en l'espace de quinze jours en avril 2014, époque à laquelle Nemmouche est soupçonné être en pleins préparatifs.

Le premier interrogatoire des deux accusés sur le fond est prévu la semaine prochaine, à partir de mardi.

Vos commentaires