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Tunisie: le candidat Karoui reste en prison alors que la campagne démarre

Tunisie: le candidat Karoui reste en prison alors que la campagne démarre
Nabil Karoui (C), le fondateur de la chaîne de télévision tunisienne privée Nessma TV, sort d'un tribunal à Tunis, le 19 avril 2012FETHI BELAID

La justice a rejeté mardi une nouvelle demande de libération du publicitaire Nabil Karoui, candidat au second tour de la présidentielle prévu le 13 octobre en Tunisie, jetant une ombre sur le processus électoral.

Nombre de dirigeants politiques et institutionnels avaient appelé à garantir aux deux candidats, l'universitaire Kais Saied et le magnat des médias Nabil Karoui, le droit de faire campagne de façon équitable.

Poursuivi depuis 2017 pour blanchiment d'argent et fraude fiscale, M. Karoui a été placé en détention préventive le 23 août, 10 jours avant le début de la campagne du premier tour.

La campagne du second tour doit démarrer sous peu, dès les résultats définitifs proclamés par l'instance chargée des élections (Isie), et l'absence de M. Karoui pourrait peser lourd.

"L'incarcération du candidat Nabil Karoui met en péril tout le processus électoral: cela mine la légitimité politique", a déploré International Crisis Group (ICG).

"S'il est encore en prison après le 2 ou 3 octobre, les tribunaux pourraient annuler tout le scrutin", avertit ICG.

Le porte-parole de Nabil Karoui a réclamé que le scrutin soit suspendu tant que le candidat est en prison.

"Le second tour ne se déroulera que lorsque Nabil sera libre", a souhaité son porte-parole, Hatem Mliki, assurant à l'AFP que cette position était partagée par de nombreux Tunisiens.

"Nos adversaires politiques essaient d'utiliser tous les moyens (...) pour refuser une passation pacifique du pouvoir", a-t-il accusé en allusion à ses concurrents aux législatives, dont le parti d'inspiration islamiste Ennahdha.

M. Karoui et son frère Ghazi sont poursuivis dans le cadre d'une enquête entamée après le dépôt d'un dossier les concernant par l'ONG anti-corruption tunisienne I Watch.

Le juge d'instruction avait décidé en juillet le gel de leurs biens, ainsi qu'une interdiction de quitter le territoire.

- Campagne in abstentia -

Lorsqu'ils avaient fait appel de ces décisions, la chambre d'accusation avait délivré un mandat d'arrêt et Nabil Karoui a été interpellé à un péage d'autoroute, après une visite électorale.

Ghazi Karoui n'a depuis plus été vu en public, alors qu'il est candidat aux législatives du 6 octobre pour le parti de son frère, Qalb Tounes, dans la circonscription de Bizerte (nord). La campagne a été menée par la deuxième candidate de la liste, a indiqué Qalb Tounes, sans plus de précision.

De son côté, Nabil Karoui a fait campagne par l'intermédiaire de la chaîne de télévision qu'il a fondée, Nessma, et de son épouse Salwa Smaoui.

A l'issue du premier tour de la présidentielle le 15 septembre, Kais Saied, un indépendant prônant une décentralisation radicale et une poursuite de la révolution de 2011 dans un cadre légal, est arrivé en tête avec 18,4% des voix, devant M. Karoui, 15,6%.

Un débat télévisé inédit est prévu entre les deux hommes, sous réserve qu'ils puissent tous deux y participer -- la télévision nationale s'est même dite prête à organiser le débat en prison si besoin.

"La situation me laisse mal à l'aise moralement (...), sincèrement j'aurais aimé qu'il soit libre", avait déclaré M. Saied fin septembre, tout en ajoutant qu'en terme d'équité "ce n'est pas moi qui ai des chaînes de télévision ou de l'argent".

Pour ICG, organiser un second tour alors qu'un candidat est en prison risque d'"alimenter la désobéissance civile, tout en radicalisant les partisans de son adversaire, Kais Saied"

Une situation d'autant plus délicate que le président par intérim Mohammed Ennaceur, arrivé au pouvoir pour 90 jours en raison du décès du président Béji Caïd Essebsi le 25 juillet, doit céder la place à un président élu d'ici le 23 octobre.

Et la Cour constitutionnelle, susceptible de trancher en cas de litige dans la transition, n'est toujours sur pied, en raison des querelles partisanes au Parlement.

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