Turquie: vives polémiques liées à l'offensive en Syrie

Syrie

Un procureur turc a requis mercredi plus de quatre ans de prison contre un présentateur ayant suscité l'indignation en affirmant que si l'armée turque déployée en Syrie devait tuer des civils, elle commencerait par les "traîtres" habitant des quartiers libéraux d'Istanbul.

La polémique a éclaté mardi lorsque le journaliste, Ahmet Keser, s'est lancé dans une tirade contre les informations faisant état de la mort de civils dans le cadre de l'offensive que mène Ankara contre une milice kurde dans le nord-ouest de la Syrie.

"Pourquoi l'armée turque irait là-bas pour tuer des civils ? Si on devait tuer des civils, on commencerait par Cihangir, Nisantasi, Etiler, n'est-ce pas ? Il y a plein de traîtres. Il y en a aussi à l'Assemblée nationale", a déclaré M. Keser sur la chaîne Akit TV, semblant faire allusion à des députés du parti prokurde HDP ayant critiqué l'offensive.

Cihangir, Nisantasi et Etiler sont des quartiers huppés de la rive européenne d'Istanbul associés à un mode de vie libéral et dont les habitants sont perçus comme majoritairement hostiles au président Recep Tayyip Erdogan.

Les propos du journaliste ont provoqué une levée de boucliers, de nombreux internautes y voyant une tentative d'intimidation des opposants au président turc, voire un appel au meurtre.

Signe que les autorités prennent l'affaire au sérieux, un procureur turc a, en moins d'une journée, finalisé mercredi un acte d'accusation réclamant jusqu'à quatre ans et demi de prison contre M. Keser pour "incitation à la haine".

Le procès de M. Keser doit s'ouvrir dans "les jours qui viennent", a rapporté le quotidien Hürriyet.

Dans la matinée, Akit TV avait indiqué que le présentateur avait "quitté ses fonctions".

Insuffisant pour l'Autorité turque des médias (RTÜK), qui a annoncé mercredi la suspension de trois éditions du programme matinal lors duquel le présentateur a exprimé ses propos polémiques, et a infligé une amende à Akit TV.

Un autre présentateur de cette chaîne avait déclenché une première vague d'indignation, il y a deux semaines, en déclarant qu'il était religieusement "permis" de tuer les journalistes du quotidien d'opposition Cumhuriyet.

Cette polémique survient dans une ambiance particulièrement volatile en Turquie depuis le lancement d'une offensive par Ankara contre la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG) dans la région d'Afrine, en Syrie.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), plusieurs dizaines de civils ont été tués dans des bombardements turcs dans la région d'Afrine, ce que dément Ankara.

L'offensive militaire s'accompagne d'une ferme répression contre toute critique sur les réseaux sociaux -quelque 800 internautes ont été arrêtés- sur fond de nationalisme et de discours militariste exacerbés.

M. Erdogan s'est attiré des critiques sur les réseaux sociaux en faisant monter sur scène lors d'un discours samedi une fille âgée de six ans en treillis militaire et en évoquant son éventuel "martyre".

"Elle a même un drapeau turc dans sa poche. Si elle devient martyre, ils la recouvreront du drapeau, si Dieu le veut. Elle est prête à tout", a-t-il déclaré après avoir embrassé la fillette en larmes.

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