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Un ex-jihadiste et ses quatre "épouses" jugés à Paris comme "revenants" de Syrie

Un ex-jihadiste et ses quatre "épouses" jugés à Paris comme "revenants" de Syrie
Croquis d'audience de Kevin Guiavarch (à droite), lors de son procès au palais de justice de Paris, le 14 mars 2022Benoit PEYRUCQ
 
 

Un procès inédit s'est ouvert lundi devant la cour d'assises spéciale de Paris, celui de "revenants" de l'organisation État islamique, le pionnier du jihadisme français Kevin Guiavarch et ses quatre femmes, jugés pour "association de malfaiteurs terroriste".

"Oui, je reste profondément croyant mais j'ai rompu avec le jihadisme", a assuré Kevin Guiavarch, 29 ans, qui comparaît aux côtés de ses quatre "épouses". Arrivé en Syrie au début 2013, il a fui le pays avec sa famille en juin 2016, s'affirmant "repenti".

Kevin Guiavarch partage le box des accusés avec sa "dernière" épouse, Sahra R., seule femme actuellement détenue dans cette affaire. La jeune femme, âgée de 27 ans, est enceinte de huit mois (elle a bénéficié d'une mise en liberté sous contrôle judiciaire entre juin et octobre 2021) et le président David Hill s'inquiète de sa pâleur.

"Je ressens quelques contractions", dit-elle, stoïque, sur son banc inconfortable. A la pause, le président lui fera installer un fauteuil plus conforme à son état.

En marge du procès, une demande de mise en liberté provisoire de la jeune femme a été rejetée par la chambre de l'instruction, a annoncé son avocate à la fin de l'audience.

"Je suis allé en Syrie pour venir en aide à la population", a assuré Kevin Guiavarch après l'exposé des faits par le président, en soulignant qu'il avait d'abord combattu dans les rangs de l'Armée syrienne libre (ASL) avant que son groupe rejoigne l'EI. "Traumatisé" par la mort au combat d'un de ses camarades, il a indiqué n'avoir eu de cesse de quitter la Syrie avec sa famille qui comptait six enfants dont quatre dont il est le père.

Issu d'une famille déchirée - son père était violent et alcoolique, sa mère est psychologiquement fragile et a effectué plusieurs séjours en psychiatrie - Kevin Guiavarch s'est converti seul à l'islam, "via internet et des lectures", à l'âge de 13 ans.

A 16 ans, il se marie une première fois avec une Française convertie. Il devient aussi adepte du groupuscule islamiste radical Forsane Alizza qui prône le jihad armé et souhaite instaurer un califat en France.

C'est dans ce groupe qu'il rencontre une autre femme, de douze ans son aînée, Salma O. à qui il propose de rejoindre son foyer.

- Séparés "d'un commun accord" -

Coralie, avec qui il a eu un enfant, refuse la polygamie. Kevin Guiavarch, "profondément déprimé" par ce refus, quitte la France avec Salma O. pour la Syrie via la Tunisie d'où est originaire Salma.

Installé dans une zone contrôlée par l'EI, le jeune homme se retrouve assez rapidement à la tête d'un foyer de quatre épouses.

Outre Salma O., Kevin Guiavarch épouse Parveen L. (née en 1994), puis Sally D. (1990) et enfin Sahra R. (1994), toutes originaires de France et recrutées depuis la Syrie via un compte Facebook.

"La polygamie a une origine dans l'islam mais ce n'est pas compatible avec la République française, les lois l'interdisent", a expliqué Kevin Guiavarch lors de l'audience. "Avec mes trois anciennes épouses nous avons décidé d'un commun accord de nous séparer pour ne pas être en marge de ces lois", a-t-il ajouté. Il reste aujourd'hui légalement marié avec Salma.

Lors des suspensions d'audience, les trois femmes de Kevin Guiavarch, qui comparaissent libres, discutaient aimablement, donnant l'impression de s'apprécier les unes les autres.

Une cinquième femme, Camélia M., est jugée à leurs côtés pour "financement d'entreprise terroriste". Elle est accusée d'avoir cherché à faciliter le départ en Syrie d'une mineure radicalisée qui aurait dû épouser Kevin Guiavarch une fois en Syrie.

Guiavarch et ses quatre "épouses" encourent 20 ans de réclusion. Camélia M. risque 10 ans d'emprisonnement.

Si Guiavarch est parti en Syrie "c’est pour pouvoir vivre librement (sa) polygamie", a dit, hors de la salle d'audience, son avocat Vincent Brengarth.

Mais alors pourquoi avoir demandé à sa mère, restée en France, de lui envoyer des vêtements et du matériel militaires, s'interroge l'avocat général. "Je voulais être habillé comme les gens là-bas", répond Kevin Guiavarch.

Le procès doit s'achever le 25 mars.


 

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