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Venezuela: heurts et désertion de militaires à la frontière avec la Colombie

La tension s'est accrue à la frontière entre le Venezuela et la Colombie samedi, jour J fixé par l'opposant Juan Guaido pour faire entrer l'aide humanitaire envoyée essentiellement des Etats-Unis, mais que refuse le régime de Nicolas Maduro.

Juan Guaido, 35 ans, qu'une cinquantaine de pays ont reconnu comme président par intérim, a défié le leader chaviste, en bravant vendredi un ordre judiciaire lui interdisant de quitter le territoire, et en affirmant que l'armée, pilier du régime chaviste, avait "participé" à cette opération.

Samedi, des militaires vénézuéliens ont dispersé des manifestants avec des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc sur un pont frontalier avec la Colombie à Ureña dans l'Etat de Tachira (ouest), l'un des trois ponts dont Caracas a décrété la fermeture vendredi. Un quatrième, celui de Tienditas, est bloqué avec des conteneurs par l'armée depuis début février.

En outre, quatre militaires vénézuéliens ont déserté dans la matinée, après avoir franchi deux ponts frontaliers, selon le service migratoire colombien.

Trois de ces membres de la Garde nationale bolivarienne ont renversé, avec un véhicule blindé, une barrière du pont Simon Bolivar dans la ville frontalière de Cucuta. Un sergent de la garde a également déserté après avoir traversé un autre des ponts de cette localité.

Le Tachira est voisin de Cucuta, située dans le département colombien Norte de Santander, d'où Juan Guaido entend diriger la livraison de l'aide. Elle doit lui être officiellement remise, lors d'une cérémonie annoncée par le gouvernement du président colombien Ivan Duque aux entrepôts du pont de Tienditas où elle s'accumule depuis le 7 février.

- Travailleurs frontaliers bloqués -

Quelque 40.000 Vénézuéliens, selon les autorités migratoires, traversent chaque jour la frontière du Tachira pour aller travailler ou acheter des produits de première nécessité manquant dans leur pays en crise.

"Nous voulons travailler!", scandait la foule face à la garde et à la police anti-émeutes bloquant le pont Francisco de Paula Santander à Ureña.

M. Maduro a parallèlement suspendu les liaisons avec l'île néerlandaise de Curaçao, autre point de stockage de l'aide, et ordonné jeudi la fermeture de la frontière avec le Brésil.

Tôt samedi, deux camions transportant quelque huit tonnes d'aide humanitaire ont quitté une base aérienne de Boa Vista (nord du Brésil) vers Pacaraima à la frontière avec le Venezuela à 215 km de là, ont annoncé les organisateurs du convoi.

L'ambassadrice du Venezuela au Brésil désignée par M. Guaido, Maria Teresa Belandria, et le ministre brésilien des Affaires étrangères Ernesto Araujo participent au convoi, escorté par la police brésilienne et composé de camions vénézuéliens conduits par des Vénézuéliens. Environ 200 tonnes d'aide alimentaire et de médicaments donnés par le Brésil et les Etats-Unis sont stockées à Boa Vista.

Vendredi, du côté vénézuélien de la frontière avec le Brésil, deux personnes qui tentaient de garder ouverte une route pour le passage de l'aide sont mortes lors de heurts avec l'armée.

M. Guaido, qui avait quitté Caracas jeudi par la route, est passé en Colombie à la veille de la date qu'il avait annoncée pour l'entrée des dizaines de tonnes d'aliments et de médicaments accumulées depuis le 7 février à Cucuta.

"La question est comment nous sommes arrivés ici alors qu'ils ont interdit l'espace aérien, tout type de traversée maritime, barré les routes (...) Nous sommes là précisément parce que les forces armées ont aussi participé à ce processus", a-t-il affirmé, au côté des présidents de la Colombie, du Chili, du Paraguay et du secrétaire général de l'Organisation des Etats américains (OEA).

- Appels à manifester des deux côtés -

Poing levé et chemise blanche, M. Guaido a causé la surprise en apparaissant à Cucuta au "Venezuela Aid Live", peu avant la fin de ce concert de plus de sept heures, auquel ont assisté quelque 300.000 spectateurs selon les organisateurs, dont le milliardaire britannique Richard Branson. Le fondateur de Virgin compte récolter 100 millions de dollars en 60 jours par internet pour le Venezuela, qu'ont fui 2,7 millions de personnes depuis 2015, selon l'ONU.

L'opposant n'a pas précisé quand ni comment il comptait regagner le Venezuela, où il risque d'être arrêté pour avoir violé l'interdiction de sortie décrétée par la justice fidèle au régime.

Le rôle des militaires devrait être déterminant. Nicolas Maduro leur a ordonné de ne pas laisser entrer l'aide, envoyée à l'appel de son adversaire.

La Maison Blanche a condamné "énergiquement l'usage de la force" par l'armée vénézuélienne contre des civils après l'incident meurtrier de vendredi à la frontière brésilienne.

"Nous décrétons l'ouverture de toutes les frontières demain" samedi, a pour sa part lancé vendredi Juan Guaido, chef du Parlement dominé par l'opposition à Maduro, successeur du défunt Hugo Chavez (1999-2013) dont la réélection est jugée frauduleuse par ses adversaires.

Le président colombien Ivan Duque, qui condamne "la dictature" de Maduro, et son homologue chilien Sebastian Piñera ont appelé les militaires à passer du "juste côté de l'histoire", et à permettre l'entrée de l'aide.

M. Guaido a invité les Vénézuéliens à se mobiliser samedi pour réclamer l'aide visant à pallier les pénuries dans leur pays miné par l'hyperinflation.

"Demain 23 février (...), tout le peuple du Venezuela sera dans la rue pour exiger l'entrée de l'aide humanitaire", a-t-il assuré.

M. Maduro a aussi appelé les Vénézuéliens à manifester samedi, alors que le régime organisait un contre-concert intitulé "Hands off Venezuela" (Pas touche au Venezuela).

Prévu sur trois jours, il a été lancé vendredi de l'autre côté du pont international de Tienditas, qui relie Cucuta à Ureña. D'importantes forces de sécurité surveillaient ce site que l'armée bloque depuis deux semaines avec des conteneurs.

M. Maduro estime que l'envoi de l'aide précède une intervention armée de Washington pour l'évincer du pouvoir. Une version reprise par la Russie, qui le soutient et a accusé le gouvernement américain d'user d'un "prétexte pour une action militaire".

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