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Violences sur des lycéens parisiens: 9 mois de sursis requis contre un policier

Violences sur des lycéens parisiens: 9 mois de sursis requis contre un policier
Des photos tirées de la vidéo d'un policier frappant un lycéen accrochées à la grille du lycée Bergson, le 24 mars 2016 à Paris JOEL SAGET
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Neuf mois de prison avec sursis ont été requis vendredi contre un policier jugé pour des violences sur des élèves aux abords du lycée Bergson de Paris en mars 2016, durant la mobilisation contre la loi Travail.

Une enquête avait été ouverte après la diffusion de vidéos sur les réseaux sociaux. Le policier en civil, sans brassard, vêtu de noir, visage masqué et capuche sur la tête, y apparaissait assénant une "balayette" à un lycéen, puis tirant un autre sur plusieurs mètres en l'enserrant par le cou et donnant plus tard des coups de matraque à des élèves qui marchaient, dos tourné à lui.

Il comparaissait pour violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique, sans incapacité totale de travail. Les victimes étaient toutes mineures à l'époque des faits.

"Rien ne justifie l'emploi de cette +balayette+ et l'usage de la gomme administrative (le type de matraque utilisé, ndlr)", a déclaré la procureure, évoquant des images, diffusées à l'audience, "éloquentes".

"Il y a une violence illégitime (...) Rien ne permet de dire que les victimes avaient un comportement rebelle, violent envers les forces de l'ordre (...) Il aurait dû user d'autres moyens pour mener à bien sa mission de maintien de l'ordre", a-t-elle estimé.

Face au "manque d'éléments" matériels, l'avocat de la défense a plaidé la relaxe pour son client, un "bouc émissaire" pour "mettre en cause l'institution" policière. "Nous sommes prisonniers de quelques secondes de vidéos", a-t-il notamment souligné.

Déplorant une "radicalisation de la police et des violences policières", l'avocat de deux parties civiles, Me Arié Alimi a, lui, demandé que l'on rétablisse "le traitement inégalitaire" dans la justice entre jeunes et policiers.

Ce 24 mars 2016, jour de mobilisation anti-loi Travail, Baris E., gardien de la paix de l'unité de police administrative (UPA) en "mission d'observation" sur un établissement de l'est parisien est appelé en renfort au lycée Bergson (XIXe arrondissement).

Après quelques jets de projectiles, essentiellement des oeufs, les forces de l'ordre chargent.

Au jeune Serenic S. qui se relève après avoir été maintenu au sol par un policier en tenue, il assène une "balayette" qui le propulse à nouveau à terre. "Je pensais qu'il voulait fuir. Quand le collègue m'a dit qu'il n'était pas l'auteur de jets de projectiles, j'ai regretté mon geste", a déclaré le fonctionnaire de 40 ans.

Il a également pris Achraf H., tiré en arrière, pour un lanceur de projectiles alors que le lycéen filmait avec son téléphone portable. "Je le vois la main en l'air, avec un truc noir dans la main. Je l'extrais de la foule", a-t-il expliqué, niant les coups et la morsure dont l'accuse le jeune homme.

Le policier de 40 ans a également nié tout coup intentionnel sur Thomas A., touché au dos par sa matraque.

Il a affirmé avoir effectué des "mouvements de balayage, sans vouloir toucher ou faire mal", pour "intimider" et "éloigner" les manifestants de poubelles incendiées. Il a concédé "un mouvement désordonné dans le feu de l'action".

A Me Alimi qui lui a fait remarquer qu'il avait reconnu en garde à vue avoir "porté" certains coups, le policier a répondu avoir "porté des coups, mais sans toucher": "J'étais déstabilisé, je me suis mal exprimé" en garde à vue.

Le 23 novembre 2016, un autre fonctionnaire de police a été condamné à huit mois de prison avec sursis pour avoir porté, le même jour, un violent coup de poing à un élève du lycée Bergson.

Le jugement a été mis en délibéré au 24 mai.

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