Vision rare à Davos : un ministre cubain en quête d'investissements

Vision rare à Davos : un ministre cubain en quête d'investissements
Le ministre cubain du Commerce extérieur Rodrigo Malmierca faisant un discours à La Havane, le 29 octobre 2018.Yamil LAGE

Pour la première fois en 25 ans, un ministre cubain est allé parler affaires avec l'élite du capitalisme mondial rassemblée à Davos, un nouveau signal de la mue entreprise par le régime communiste fondé par Fidel Castro.

"Nous nous sentons dans la norme", répond dans un sourire Rodrigo Malmierca, le ministre cubain du Commerce extérieur, interrogé par l'AFP sur cette visite quasi-inédite au Forum économique mondial organisé chaque année dans une très chic station des Alpes suisses.

Il y a moins d'un an encore, ce grand raout de patrons et de décideurs politiques était qualifié par la presse communiste cubaine de "show médiatique, dans une enceinte qui se gargarise de belles paroles".

Mais Cuba, qui célèbre cette année les 60 ans de sa révolution, est désormais engagé dans une "actualisation" de son modèle économique, pour reprendre les termes de ses dirigeants.

Le président cubain lui-même, Miguel Díaz-Canel, a admis il y a quelques jours que "la bataille la plus importante" pour son pays était le redressement de son économie, qui a enregistré une maigre croissance de 1,2% en 2018, bien en-deçà des 5% nécessaires à un véritable développement de l'île, selon des experts locaux.

"Cuba suit une politique d'actualisation de son modèle économique, qui suppose notamment la diversification de ses échanges économiques avec l'extérieur", explique M. Malmierca, ancien ambassadeur en Belgique et auprès des Nations unies.

Cette nouvelle politique consiste à accorder aux entreprises cubaines, qui restent propriété de l'Etat, "un certain degré d'indépendance" dans leur fonctionnement, à élargir le rôle de la propriété privée dans quelques secteurs et à chercher à attirer des investissements étrangers.

Toutes ces mesures concernent dans un premier temps le secteur du tourisme, depuis toujours le plus dynamique de Cuba.

- L'éternel problème de l'embargo -

La présence de Rodrigo Malmierca à Davos "illustre cette nouveauté, ou, pour reprendre les termes du régime cubain, cette volonté d''actualiser' le modèle du pays", observe Gaspard Estrada, un spécialiste de l'Amérique Latine à Sciences-Po Paris.

La précédente visite d'un responsable cubain à Davos remontait à 1995, avec un déplacement du vice-président de l'époque, Carlos Lage.

"Mais reste à voir si ces visites permettront de transformer le modèle économique, d'autant que Donald Trump tend à radicaliser ses positions et que l'une de ses principales bases électorales (ce) sont les retraités de Floride", les plus hostiles au régime cubain, souligne M. Estrada.

D'autant que l'économie cubaine reste entravée par l'éternel problème de l'embargo que les Etats-Unis imposent à Cuba depuis 1962.

"L'embargo économique, commercial et financier imposé à Cuba par les Etats-Unis demeure le principal obstacle au développement économique cubain. Ca a toujours été comme ça", observe Rodrigo Malmierca.

Après le dégel politique des relations cubano-américaines esquissé par le président Barack Obama, les relations bilatérales se sont de nouveau dégradées depuis l'arrivée à la Maison Banche de Donald Trump.

"L'administration Trump a encore durci l'embargo, qui se fait particulièrement ressentir dans certains secteurs, comme le secteur financier. (....) Ils (les Etats-Unis) cherchent à entraver nos efforts en vue d'établir des échanges commerciaux", estime le ministre cubain.

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