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Xi Jinping à Mattis: la Chine "pas expansionniste" mais n'abandonnera pas de territoire

Xi Jinping à Mattis: la Chine
Le ministre chinois de la Défense Wei Fenghe (2è gauche) et son homologue américain Jim Mattis (droite) le 27 juin 2018 à PékinMark Schiefelbein
Chine

La Chine n'est pas "expansionniste" mais ne sacrifiera "pas un pouce" de son territoire, a affirmé mercredi le président chinois Xi Jinping au ministre américain de la Défense Jim Mattis, alors que les prétentions de Pékin en mer de Chine du sud avivent de profondes tensions avec Washington.

Pour ce premier voyage d'un chef du Pentagone en Chine depuis 2014, M. Mattis a été accueilli mercredi au siège de l'Armée populaire de libération (APL) à Pékin par une garde d'honneur, avant de rencontrer le chef de l'Etat, avec l'objectif de trouver des aires de coopération bilatérale en dépit de différends profonds.

"Nous ne pouvons pas faire abstraction de nos différends. Au sujet de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la Chine, notre attitude est ferme et claire: nous n'abandonnerons pas un pouce du territoire qu'ont laissé nos ancêtres", a d'ailleurs affirmé Xi Jinping à M. Mattis, selon l'agence d'Etat Chine nouvelle.

Le régime communiste a déployé début mai, selon Washington, des armements incluant des batteries de missiles et des systèmes de brouillage électronique sur des îlots de mer de Chine méridionale, une zone stratégique où Pékin se heurte aux revendications territoriales rivales de pays voisins, suscitant le courroux américain.

"Nous ne suivrons jamais la voie de l'expansionnisme ou du colonialisme, nous n'apporterons pas le chaos au monde (...) Nous ne voulons absolument rien de ce qui appartient aux autres", a cependant plaidé Xi Jinping mercredi devant le chef du Pentagone.

- 'Irresponsable' -

Jim Mattis, qui avait récemment fustigé les tactiques d'"intimidation et de contrainte" de Pékin en mer de Chine méridionale, n'a pas abordé le sujet mercredi dans ses déclarations publiques au côté de M. Xi sous les ors du Palais du peuple.

"Je suis ici pour maintenir notre relation dans la bonne direction, et pour partager des idées avec votre état-major, examiner les directions à venir", a expliqué le ministre américain.

"Renforcer les échanges et les mécanismes (de communication) à tous les niveaux entre nos armées contribuera à dissiper les préjugés, à prévenir les malentendus, erreurs de calculs et accidents (...) Nous espérons que la bonne dynamique des relations inter-armées se poursuivra", a renchéri Xi Jinping.

Peu auparavant, le ministre chinois de la Défense Wei Fenghe, que Jim Mattis rencontrait pour la première fois, avait salué une visite "cruciale pour accroître la confiance stratégique bilatérale".

Pékin revendique la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale au nom d'une présence historique. Des pays riverains (Philippines, Vietnam, Malaisie, Brunei) lui opposent des prétentions rivales, qui se chevauchent parfois entre elles.

Le géant asiatique a accéléré ces dernières années l'installation de bases navales et aériennes sur plusieurs îlots renforcés artificiellement, une façon d'appuyer ses revendications territoriales.

Alors que Jim Mattis dénonçait la récente intensification du déploiement militaire chinois, Pékin avait qualifié cette accusation d'"irresponsable" et affirmé se contenter de défendre son territoire.

- Pression sur Pyongyang -

Ces initiatives chinoises ont poussé le Pentagone à retirer une invitation présentée précédemment à Pékin de participer à l'exercice Rim of the Pacific (Rimpac), vastes manoeuvres maritimes auxquels participent tous les deux ans près de 30 pays.

Avant la visite de M. Mattis, un responsable américain avait rappelé sous couvert d'anonymat que l'exclusion de Pékin des manoeuvres Rimpac pourrait n'être "qu'un premier pas" pour maintenir la pression sur le dossier de la mer de Chine méridionale.

Autre pomme de discorde: Taïwan, une île administrée par un régime rival de Pékin depuis la fin de la guerre civile chinoise en 1949, mais dont les autorités communistes revendiquent la souveraineté. Le gouvernement taïwanais est un proche allié des Etats-Unis malgré l'absence de relations diplomatiques.

Mais d'un autre côté, Jim Mattis espérait aussi obtenir de Pékin l'engagement à maintenir la pression sur le régime de Pyongyang pour le convaincre de renoncer à ses armes nucléaires, après le sommet historique du 12 juin à Singapour entre Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un.

Le chef du Pentagone poursuivra jeudi et vendredi sa tournée asiatique à Séoul et à Tokyo, en vue de rassurer les alliés des Etats-Unis après l'abandon par l'administration Trump de traditionnelles manoeuvres américano-sud-coréennes dans la région.

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