Xi, président à vie? L'équation se complique pour Taïwan

Il est le plus puissant dirigeant chinois depuis au moins un quart de siècle et n'hésite pas à faire vibrer la corde nationaliste: la perspective d'un Xi Jinping indéfiniment au pouvoir a de quoi inquiéter Taïwan, île dont le régime communiste revendique la souveraineté.

L'homme fort de Pékin doit obtenir dimanche une révision de la constitution chinoise qui lèvera toute limite au nombre de mandats présidentiels. M. Xi, 64 ans, aura la possibilité de se maintenir au pouvoir aussi longtemps qu'il lui plaira.

Une perspective inquiétante pour l'île de Taïwan, de facto indépendante, qui échappe au contrôle du régime communiste depuis 1949, mais que Pékin n'a jamais renoncé formellement à reprendre par la force.

Pas question de transmettre la question taïwanaise "de génération en génération", avait averti Xi Jinping lui-même en 2013, peu après le début de sa présidence, marquée par la rhétorique nationaliste de la "grande renaissance de la nation chinoise".

Son maintien illimité au sommet du régime signifie que l'île ne pourra espérer l'arrivée dans quelques années à Pékin d'un dirigeant plus accommodant.

"Xi Jinping a mis dans ses projets de réunifier Taïwan d'une manière ou d'une autre avant de quitter le pouvoir", observe le politologue Jean-Pierre Cabestan, de l'Université baptiste de Hong Kong.

"Xi a besoin de quelque chose de concret pour justifier l'extension de son mandat", abonde le politologue Chang Ya-chung, de l'Université nationale de Taïwan. "Taïwan va ressentir une pression accrue".

Rétablir la souveraineté chinoise sur sa province insulaire "est l'ambition majeure de Xi Jinping", selon le pékinologue Willy Lam, de l'Université chinoise de Hong Kong.

"Il est obsédé par la réunification car cela lui permettrait d'entrer dans l'histoire" aux côtés du fondateur du régime communiste Mao Tsé-toung (1949-76), qui n'était pas parvenu à conquérir l'île.

Même si une intervention militaire contre l'île, qui dispose du soutien tacite des Etats-Unis, paraît exclue, Pékin pourrait se livrer à des démonstrations de force en mer, voire à des débarquements sur les petites îles taïwanaises de Kinmen et Matsu, qui se trouvent tout près du continent, suppute M. Lam.

- 'Ferme et efficace' -

Pékin, qui a déjà un porte-avions opérationnel et un deuxième en construction, pourrait lancer d'autres bâtiments dans le but de mettre en place un blocus de l'île, située à environ 150 km du continent, ajoute-t-il.

A Pékin, le politologue Hua Po, habituellement proche du pouvoir, n'exclut pas non plus un recours à la force contre Taipei de la part de Xi Jinping.

"Une fois qu'il aura stabilisé le pays, il prendra des mesures fermes et efficaces contre Taïwan", prédit-il.

Jonathan Sullivan, de l'Université de Nottingham (Royaume-Uni), prédit parallèlement une offensive de charme en direction des élites économiques et politiques insulaires, ainsi qu'une "campagne d'information" destinée à souligner la vulnérabilité des 23 millions de Taïwanais face au géant continental.

"La Chine n'a pas utilisé jusqu'à présent toute l'influence potentielle dont elle dispose, même si Taïwan n'est pas totalement démuni en attendant une annexion", souligne-t-il. "La carotte et le bâton vont se poursuivre".

Encore faudra-t-il convaincre les Taïwanais de troquer leur système démocratique chèrement gagné pour l'autoritarisme du régime de Pékin, alors que bon nombre d'entre eux rejettent leur identité chinoise au profit d'une "indépendance" formelle -- un casus belli pour Pékin.

Le régime communiste a d'ores et déjà rompu les contacts officiels avec la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen, dont le parti soutient traditionnellement l'indépendance, après son élection il y a deux ans.

Pékin ne tolérera aucune "menée séparatiste" à Taïwan, a encore averti lundi le Premier ministre Li Keqiang.

Taïwan continuera à chercher son salut dans la protection des Etats-Unis mais l'aspect imprévisible de la politique du président Donald Trump n'est pas forcément fait pour rassurer, observent les experts.

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