Yémen: "lueur d'espoir" à Genève selon l'ONU malgré les retards

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L'envoyé spécial de l'ONU pour le Yémen, Martin Griffith, donne une conférence de presse à Genève, le 5 septembre 2018Fabrice COFFRINI

Les discussions sur le Yémen qui doivent se tenir cette semaine à Genève offrent une "lueur d'espoir" après des années de conflit, a estimé mercredi l'envoyé spécial de l'ONU, malgré les retards et le peu d'attentes.

Les parties yéménites étaient attendues jeudi au Palais des Nations, siège de l'ONU à Genève, mais la délégation des Houthis étant bloquée dans la capitale yéménite de Sanaa, l'émissaire de l'ONU, le Britannique Martin Griffith, a décidé de ne pas mener de consultations jeudi dans l'enceinte onusienne.

Ces discussions sont les premières depuis l'échec en août 2016 d'un processus de paix qui avait duré plusieurs mois au Koweït, et le Conseil de sécurité de l'ONU a exhorté mercredi les parties yéménites à "faire un premier pas vers la fin d'un conflit".

"Le moment est venu d'engager un nouveau processus, de relancer un processus qui doit conduire à une résolution de ce conflit", un conflit oublié à l'origine de la pire crise humanitaire du monde, a affirmé M. Griffiths, en conférence de presse.

"Le peuple yéménite a désespérément besoin d'un signal d'espoir. Nous aimerions penser que le travail que nous ferons ensemble ces prochains jours commencera à leur envoyer une lueur d'espoir", a déclaré le Britannique.

Mais le niveau d'attente des parties yéménites n'est guère élevé et M. Griffith lui-même a fixé la barre assez bas, assurant qu'il ne s'agit que de "consultations" visant à "poser les bases" pour des "négociations formelles (...) qui commenceront plus tard".

Et signe du fossé qui sépare le gouvernement yéménite, appuyé par l'Arabie saoudite, et les rebelles Houthis soutenus par l'Iran, aucun face-à-face direct n'est prévu, sauf surprise, lors de ces consultations organisées par le nouveau médiateur de l'ONU, en poste depuis février.

- Rebelles bloqués à Sanaa -

"L'ONU n'a pas réussi à obtenir une autorisation des pays de l'agression (ndlr: Arabie saoudite et Emirats arabes unis) pour fournir un avion omanais afin de transporter la délégation (des Houthis), des blessés et des personnes bloquées" à Sanaa, a déclaré une source au sein de la délégation, citée par la chaîne de télévision rebelle Al-Massirah.

Les Houthis n'ont pas expliqué pourquoi l'avion de la délégation rebelle devait transporter "des blessés et des personnes bloquées" dans la capitale yéménite.

Un porte-parole rebelle, Mohammed Abdelsalam, avait auparavant affirmé dans un tweet que l'ONU avait "promis de faciliter le transport de blessés (...) à l'étranger".

Interrogé à ce sujet, M. Griffith s'est montré confiant. "Nous y travaillons".

"Je ne prends pas forcément ces choses au sérieux. Je pense que cela va s'arranger", a-t-il assuré, indiquant par ailleurs qu'il devait rencontrer mercredi à son hôtel le ministre des Affaires étrangères du Yémen, Khaled Al-Yamani pour "ne pas perdre du temps".

"Quant aux conditions, (....) pour autant que je sache, aucune des parties n'a posé de conditions à la participation à ces consultations", a-t-il relevé.

L'émissaire de l'ONU a relevé que l'un des enjeux de ces consultations seraient de tenter d'établir des "mesures de confiance" entre les parties, comme la vaccination des enfants ou les échanges de prisonniers. Il a estimé qu'"il y a une chance progrès tangibles" en la matière.

Selon un diplomate américain, ce nouveau processus "conduira peut-être à quelque chose" si le médiateur favorise des "mesures de confiance", comme des libérations de prisonniers, la reprise des vols vers Sanaa et une coopération technique pour la Banque centrale.

Le ministre yéménite des Affaires étrangères a confirmé cette approche à l'AFP, citant la question des prisonniers.

M. Griffiths est le troisième médiateur à se plonger dans le complexe dossier yéménite.

La guerre au Yémen oppose des forces progouvernementales aux rebelles, soutenus par l'Iran et qui se sont emparés en 2014 et 2015 de vastes régions du pays, dont la capitale Sanaa.

En mars 2015, une coalition sous commandement saoudien est intervenue militairement au Yémen en soutien aux forces progouvernementales.

Jusqu'ici, les belligérants campent sur leurs positions.

La coalition et ses protégés yéménites insistent sur la résolution 2216 du Conseil de sécurité de l'ONU reconnaissant "la légitimité" du président Abd Rabbo Mansour Hadi et exigeant le retrait des Houthis des territoires qu'ils ont conquis et la restitution des armes lourdes.

Les Houthis demandent eux "l'arrêt de l'agression" saoudo-émiratie avant toute concession.

Le conflit a fait quelque 10.000 morts, selon l'ONU.

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