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Braine-L'Alleud: un bosquet entier rasé en période de nidification

Élodie est
© DR
 

Élodie n'en revient pas. Le bosquet qui se trouvait à côté de chez elle a été détruit en quelques jours. Des scolytes (minuscules coléoptères qui s'attaquent aux arbres) avaient investi le terrain, ne laissant aucune chance de survie aux végétaux. Du côté de la commune, on nous explique que l'abattage était inévitable. Mais celui-ci a eu lieu en pleine période de nidification. Un acte que regrette la Ligue royale pour la protection des oiseaux.

Depuis 13 ans, Elodie (prénom d'emprunt pour garantir l'anonymat) habite Braine-l'Alleud dans le Brabant wallon. Avec sa petite famille, elle a pris l'habitude de profiter de la quiétude de la commune lors de balades à la tombée de la nuit. Elle apprécie notamment longer le bosquet situé derrière le Chemin du Roussart, à quelques mètres de son habitation. S'y trouvent d'impressionnants épicéas. Pourtant, il y a quelques semaines, elle découvre que des engins ont investi le terrain. "J'étais catastrophée. Ils ont commencé à abattre des épicéas. Je savais que quelques arbres étaient abîmés mais tous ne l'étaient pas", assure-t-elle. 

En près de 3 jours, l'intégralité du bosquet est détruit. Aujourd'hui, il ne reste qu'une vaste étendue de terre et de branchages jonchant le sol. "C'est horrible. Ils ont fait ça tellement rapidement que des animaux se sont retrouvés sans habitat du jour au lendemain", déplore la jeune femme. 

1.786 arbres sur 1.054 m³

Comment expliquer un tel abattage? Était-il nécessaire de supprimer tous les végétaux? La commune de Braine-l'Alleud nous confirme qu'un abattage a bel et bien eu lieu. Le bois n'appartient pas à la Ville mais à Vivaqua, la société chargée de la distribution de l'eau. On parle ici d'une zone de captage. 

Depuis sa création, Vivaqua a décidé d’acheter les terrains entourant ses captages. À l’heure actuelle, elle est propriétaire de 1.500 hectares où elle interdit toute activité. La société favorise le boisement de ces zones afin de garantir une meilleure protection de la nappe phréatique, d’éviter l’érosion des sols et de permettre une meilleure réalimentation des nappes, nous explique la porte-parole Marie-Eve Deltenre.

Ce bosquet de Braine-l'Alleud était constitué de 1.786 arbres répartis sur une superficie de 1.054 m³. L'abattage a été ordonné après que Vivaqua et le Département de la Nature et des Forêts ont détecté que les épicéas étaient atteints par la scolyte. Cette sorte de mini-scarabée, saccage les forêts fragilisées par la sécheresse et les tempêtes liées au réchauffement climatique. L'insecte ronge l'écorce puis s'introduit à l'intérieur pour y pondre. Ses larves se mettent à manger l'intérieur du tronc et obstruent les voies nutritives de l'arbre, qui meurt en près de quatre semaines. Selon Vivaqua, il était nécessaire d'opérer rapidement.

Il était indispensable de tout abattre pour éviter la contamination

"Les abattages, ainsi que les dates d'abattage, ont été réalisés en accord avec le code forestier. En cas de scolyte, il est primordial d’agir vite, pour éviter la prolifération. Dans ce cas précis, tous les arbres du site étaient contaminés", nous explique la porte-parole de Vivaqua. Avant de préciser: "Il était indispensable de tout abattre pour éviter la contamination. D’autre part, Vivaqua avait reçu différentes plaintes de riverains concernant la sécurité et la crainte de transmission de la maladie sur des sites privés".

De son côté, la commune nous confirme que lorsque le scolyte est détecté sur une zone, il y a l'obligation légale d'abattre et d'évacuer le bois pour éviter la propagation. "C'est aussi une obligation pour les privés", nous précise Achille Delle Vigne, conseiller en environnement. 

L'épicéa est l'essence reine des résineux en forêt wallonne. Cette essence représente à elle seule près de 80% de l'ensemble des résineux au sud du pays, lesquels composent 43% de la forêt wallonne. 

+54% d'arbres malades en un an

Un nouvel envol de scolytes a été constaté dernièrement et risque d'alourdir encore le volume d'arbres scolytés, qui avait déjà atteint la barre du million de mètres cubes ces deux dernières années en Wallonie. On estime en effet que le volume des épicéas scolytés (publics et privés) s'élevaient à 390.000 m3 en 2018 et 600.000 m3 l'année dernière. En clair, en un an, le nombre d'arbres atteints par les scolytes a augmenté de près de 54%.

La prolifération de ces coléoptères est favorisée par les conditions douces et sèches des dernières semaines et par un hiver doux, ainsi que par la dégradation de l'état sanitaire des arbres. Depuis la mi-avril, la crise des scolytes a augmenté de façon considérable. 

Sébastien Lezaca-Rojas, guide nature au Cercles des Naturalistes de Belgique, nous éclaire. Selon lui, un tel abattage a été contraint par le fait que l'on a importé et cultivé des espèces de façon intensive. "La nature a effacé nos erreurs. Les épiceas ne supportent pas la sécheresse. Dans de telles conditions, les arbres stressent et produisent des hormones qui attirent les scolytes. Après cela, ils sont sur la pente de la mort. Grâce à ces scolytes, la vie peut reprendre", affirme Sébastien Lezaca-Rojas.  Les changements climatiques semblent fragiliser considérablement nos forêts. Des spécialistes osent même parler de "tempêtes silencieuses". 

Un plan de reboisement prévu

Que penser de l'argument d'Elodie qui assure qu'en cas de destruction rapide, les espèces n'ont aucune chance de se réadapter? Sébastien Lezaca-Rojas, guide nature au Cercles des Naturalistes de Belgique, nous éclaire. "C'est toujours comme cela. Quand on exploite un endroit, on ne va pas envoyer quelqu'un pour abattre un arbre chaque semaine", explique-t-il. Pour le guide nature, cet abattage est une bonne chose. "On enlève un chancre écologique et je ne vais pas m'en plaindre", concède-t-il.

Du côté de la Ligue Royale belge pour la protection des oiseaux, on regrette que cet abattage ait eu lieu en pleine période de nidification des oiseaux. Actuellement, il existe une législation qui interdit tout abattage entre le 1er avril et le 15 août. Mais celle-ci ne s'applique qu'en Région bruxelloise. Aucune loi n'existe actuellement en région wallonne. "On travaille pour qu'il y ait des législations en Wallonie", nous indique Maud Remacle, coordinatrice de projets pour la Ligue royale. Il semblerait que la date du 1er avril fixée en région bruxelloise soit même trop tardive. "On se rend compte qu'à partir de mars, on a les premières nidifications", souligne la porte-parole.

Bien souvent, les oiseaux passent à la trappe

On nous informe qu'un texte existe tout de même et devrait limiter ce genre d'abattages. L'article 2 et 3 du paragraphe 2 de la loi sur la conservation de la nature du 12 juillet 1973 écrit : "il est interdit de perturber intentionnellement les oiseaux, notamment durant la période de reproduction et de dépendance", "il est interdit de détruire, d’endommager ou de perturber intentionnellement, d’enlever ou de ramasser leurs œufs ou nids, de tirer dans les nids". "Mais bien souvent, sur ce genre de problématique, les oiseaux passent à la trappe", regrette Maud Remacle.

Un plan de reboisement est prévu. Des feuillus remplaceront les épicéas. Cela est-il souhaitable? Pas vraiment selon Sébastien Lezaca-Rojas qui défend "la nature spontanée". "Plutôt que de replanter des arbres indigènes, qui coûtent cher et qui ne pousseront peut-être pas, si on essayait de cultiver ce qui pousse ?", propose le guide nature. L'idée serait de laisser faire la nature et d'attendre que les végétaux déjà présents investissent pleinement la surface. "Mais ce n'est pas dans notre circuit économique bien sûr. Car peut-être que ce seront des bouleaux qui pousseront et économiquement, ils ne sont pas considérés comme des arbres de valeur", regrette le guide.

 

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