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430 travailleurs sans-papiers en grève de la faim depuis le 23 mai: "L'état de santé de ces personnes a atteint une phase critique"

En grève de la faim depuis le 23 mai, les 430 travailleurs sans-papiers qui occupent l'église du Béguinage et les locaux de l'ULB et de la VUB, sont dans une situation de plus en plus critique, que ce soit au niveau physique ou psychologique. L'ONG Médecins du Monde lance un appel urgent aux bénévoles afin de renforcer l'équipe présente sur place, largement en sous effectif. ATTENTION, certaines images sur les vidéos peuvent être choquantes.

L'ONG Médecins du Monde a lancé un appel un appel urgent aux bénévoles, ce mercredi, afin de renforcer l'équipe de médecins, infirmiers, kinésithérapeutes et psychologues qui suivent l'état de santé des quelque 430 travailleurs et travailleuses sans-papiers en grève de la faim depuis plus d'1 mois à l'église du Béguinage et dans les réfectoires de l'Université Libre de Bruxelles (ULB) et de la Vrije Universiteit Brussel (VUB).

Seulement 70 bénévoles de la santé pour suivre les 430 grévistes 

"Après plus de 30 jours de grève de la faim, l'état de santé de ces personnes a atteint une phase critique du point de vue médical", souligne l'ONG dans son communiqué. "Malgré plusieurs appels aux médecins bruxellois, nous sommes confrontés à une pénurie importante de bénévoles. Pour suivre médicalement les 430 grévistes de la faim, il faut 130 agents de santé qui sont chacun sur place deux heures par semaine. Mais actuellement, seuls 70 bénévoles sont actifs", explique le docteur Michel Roland, médecin bénévole auprès des grévistes de la faim et ancien président de Médecins du Monde. 

Si vous êtes médecin, infirmier, psychologue ou kinésithérapeute et que vous souhaitez aider Médecins du Monde à suivre les 430 grévistes, voici la démarche à suivre 

Tout médecin, kinésithérapeute, infirmier, psychologue, qui est prêt à donner de son temps pour surveiller l'état de santé des grévistes de la faim est invité à prendre contact avec l'ONG, via l'adresse mail suivante: sarah.melsens@medecinsdumonde.be, ou bien via ce numéro 0499 42 44 48. Il est demandé aux soignants d'apporter leurs stéthoscopes, tensiomètres et oxymètres.  

La mission confiée aux répondants consistera à suivre un jour sur deux les paramètres des personnes, à examiner celles qui souffrent de maladies chroniques et à envisager avec celles se trouvant dans des états critiques de renoncer à la grève de la faim, précise Médecins du Monde.

Les revendications des travailleurs sans-papiers en grève de la faim

Tarik, gréviste de la faim et travailleur sans-papier, occupe l'église du Béguinage depuis le mois de janvier, date à laquelle l'occupation a débuté. Son état de santé commence à se dégrader après plus de 30 jours de grève de la faim, mais malgré tout, il continue: "Physiquement, je suis pas bien. J'ai déjà eu deux fois des infections au niveau des reins", explique-t-il à nos journalistes d'une voix affaiblie. 

"Malgré tout ça, je continue la grève de la faim. Parce que la seule chose que je demande, c'est d'avoir ma dignité, avoir un titre de séjour pour aller travailler dignement, légalement et contribuer à la société", poursuit Tarik. "On en marre d'être exploités par nos patrons, de travailler 15 heures par jour et d'être payé 3 / 4 euros de l'heure. C'est inadmissible! C'est ça qu'on veut: juste un travail légal". 

Des problèmes de santé de plus en plus graves: l'état de santé des grévistes est "critique" et les conséquences médicales "potentiellement irréversibles"

"Nous avons déjà traité une crise abdominale qui a conduit à une hospitalisation, plusieurs personnes sont en phase pré-critique en raison de leur faible poids initial, une personne a connu un épisode sévère d'hypoglycémie, un certain nombre de patients anémiques ont développé des problèmes cardiaques avec un rythme de 195 pulsations, les diabétiques ont vu leur glycémie augmenter à des niveaux alarmants et dangereux, nous avons diagnostiqué une dépression, traité quelqu'un qui vivait un épisode psychotique et assisté à deux tentatives de suicide le week-end dernier", poursuit le docteur de l'ONG. 

Outre la gestion de problèmes de santé de plus en plus graves, l'ONG affirme manquer de personnel pour en assurer un suivi adéquat, notamment à cause de l'épuisement provoqué par plus d'un an de crise sanitaire. "Les personnes font de plus en plus appel aux services d'urgence, comme les ambulances, ce qui met sous pression le système de santé et les équipes médicales déjà épuisées. La pénurie de professionnels de santé rend le suivi médical très difficile. Ce sous-effectif est particulièrement dommageable", lit-on dans le communiqué.

"Cette grève a déjà de graves conséquences médicales et nous appelons à une solution politique, quelle qu'elle soit, dans les plus brefs délais. Aujourd'hui, nous ne sommes plus en mesure de prévenir des conséquences médicales graves et potentiellement irréversibles", ajoute le Dr. Roland, dont l'ONG lance un appel à bénévoles pour renforcer ses équipes. Plus de 450 représentants du secteur de la Culture ont également lancé un appel et demandent aux décideurs politiques de "ne plus rester silencieux pendant que des centaines de personnes" se laissent mourir de faim.

Face à l'inaction politique et le silence du gouvernement, 4 grévistes se sont cousus la bouche, d'autres tentent des gestes désespérés 

4 des 430 grévistes de la faim ont cousu leurs lèvres, a constaté lundi le porte-parole de ces personnes sans papiers. D'autres initiatives désespérées ont déjà eu lieu. Une personne a ainsi avalé une lame de rasoir la semaine dernière et tenté de réitérer cet acte dimanche. D'autres sans-papiers sont intervenus à temps pour faire échouer cette deuxième tentative.

Un gréviste de la faim a avalé dimanche soir des piles et un briquet. Selon le porte-parole, ces incidents se sont produits parmi les occupants de l'ULB, une information confirmée par une médecin qui surveille leur état de santé. La doctoresse précise que des gastroscopies ont été réalisées à l'hôpital pour retirer les éléments ingérés.

Il y a quelques jours, une personne a avalé des médicaments sur le site de la VUB et a dû être prise en charge pour une tentative de suicide, selon le porte-parole du groupe. "La situation devient ingérable", estime-t-il. "Nous, les responsables, on essaie juste de calmer les choses. Les gens suivent les publications de Sammy Mahdi (le secrétaire d'État à l'Asile et la Migration, NDLR) sur les réseaux sociaux et quand il y a une publication qui dit qu'il n'y aura pas de régularisation, certains réagissent..."

Les personnes qui ont cousu leurs lèvres peuvent encore boire avec une paille, a précisé la médecin. "Je note une faiblesse de plus en plus importante", détaille la doctoresse. "Ils commencent à avoir du mal à se tenir debout. Leurs douleurs au ventre sont de plus en plus fortes. Ils commencent à avoir des douleurs même lorsqu'ils boivent. Ils ont des douleurs musculaires liées à l'affaiblissement général. Ils sont dans un état d'épuisement et d'angoisse tel qu'ils n'arrivent plus parfois à dormir. Ils se reposent, mais n'arrivent plus à dormir. Cette perte du sommeil peut mentalement et physiquement laisser des traces. (...) Des personnes commencent à être psychiatriquement limite", témoigne-t-elle. Elle remarque encore que des personnes sont régulièrement prises en charge à l'hôpital, mais refusent certains traitements et signent des autorisations de sortie pour ne pas interrompre leur grève de la faim. 

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