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Coronavirus en Belgique: la colère de certains taximen indépendants contre Taxis Verts

Coronavirus: pourquoi des taximen indépendants sont en colère contre Taxis Verts?
 
CORONAVIRUS
 

En ce deuxième confinement, les taximen souffrent à nouveau, comme nous vous l’expliquions il y a un mois. À Bruxelles, les revenus des taximen s’écroulent : -70% par rapport à la normale, selon United Freelancers (un jeune syndicat des travailleurs autonomes), la CSC Transcom et le Collectif des Travailleurs du Taxi (CTT).

Mardi, une manifestation de 25 à 50 chauffeurs de taxi indépendants a eu lieu devant le siège de la société Taxis Verts à Forest.

Un service à 500€/mois environ

Cette société est une centrale d’appel. Elle joue le rôle de dispatcheur pour des taximen indépendants ou des flottes de taxis. Et pour ce service, pour pouvoir utiliser dans leur taxi un terminal qu’ils appellent toujours "la radio" même s’il s’agit désormais d’une application, ils paient une redevance mensuelle sous forme de forfait : entre 500€ et 600€ par mois en fonction du contrat négocié au cas par cas.

Lors du premier confinement, Taxis Verts avait permis à tous les indépendants qui le souhaitaient de remettre leur "radio". Ainsi, s’ils choisissaient d’arrêter totalement de travailler vu le peu de courses, ils épargnaient le montant de cette redevance. À l’époque, près de 70% d’entre eux avaient stoppé leur collaboration avec Taxis Verts, précise Michaël Zylberberg, représentant du CTT.

Possible d'arrêter le service sans frais

Le problème que soulèvent les syndicats aujourd’hui, c’est qu’aucune nouvelle convention n’a été signée entre les taximen indépendants et Taxis Verts pour ce deuxième confinement.

Mais l’administrateur-délégué de la société, Jean-Michel Courtoy, l’assure : la possibilité de suspendre la collaboration avec Taxis Verts est toujours bien valable. "Tout un chacun peut suspendre son activité et son accès à notre réseau à tout moment, sans aucun préavis et sans devoir assumer le moindre coût. D’ailleurs, un grand nombre de chauffeurs l’a déjà fait" durant cette 2ème vague.

Pas de garantie de pouvoir le réactiver ni de réduction pour ceux qui roulent

Les syndicats regrettent d’avoir appris cela "par la presse" après leur manifestation, lors de laquelle aucune délégation n’a été reçue par la direction. Mais ils souhaiteraient négocier avec la direction des Taxis Verts une nouvelle convention.

Pourquoi ? Car la première avait deux avantages :

1. Elle précisait le cadre de reprise du contrat entre la centrale d’appel et les chauffeurs indépendants. À partir de la réouverture de l’horeca, il leur suffisait de se reconnecter au réseau pour reprendre leur collaboration avec Taxis Verts. Ce que 90% d’entre eux ont fait à partir de juin, explique M. Zylberberg. Mais aujourd’hui, sans nouvelle convention, "on craint que la "radio" ne soit pas réactivée", estime Lorenzo Marredda, de la CSC Transcom.

2. Elle offrait une réduction de 50% de la redevance aux taximen qui continuaient à travailler avec eux pendant le confinement, rappelle Martin Willems, responsable national de United Freelancers. "Il y a des chauffeurs qui veulent continuer à rouler, mais pas à payer la totalité de la redevance. Ils n’ont que 2 ou 3 clients par jour et gagnent à peine 40 à 50€", détaille M. Marredda. "Entre 12€ et 100€ maximum", selon M. Willems.

Les représentants syndicaux tentent de renouer le dialogue

Mais la société Taxis Verts aussi souffre de la crise. "On a aux alentours de 50 à 60% de pertes de recettes", explique M. Courtoy. Pour lui, les chauffeurs n’ont pas à s’en faire pour la reprise du travail : "Quand les volumes des courses reprendront, on aura bien entendu besoin d’eux."

Les représentants des chauffeurs, eux, sont prêt à entendre les arguments de la direction, mais pour cela, il faudrait pouvoir discuter. Les trois représentants tentent de renouer le contact par écrit avec Taxis Verts. Son administrateur délégué, lui, ne voit pas les choses de la même façon. "On est pour le dialogue, mais uniquement avec nos chauffeurs de taxi". Ses clients avec qui il a une relation commerciale, donc.

Une zone grise pour ces "indépendants très dépendants" d'une seule société

S’il ne s’agit pas d’une négociation entre patron et employés, mais entre un fournisseur de service et ses clients, la réalité n’est pas aussi simple : "On a quand même un contrat", note M. Zylberberg. "Là, c’est plus une relation contractuelle de donneur d’ordre qu’une relation commerciale", estime M. Marredda. "Ce type de donneur d’ordre surfe sur la zone grise entre employé et indépendant."

C’est d’ailleurs pour aider ces indépendants avec un seul donneur d’ordre que la branche United Freelancers de la CSC a été créée il y a un an. M. Willems les appelle "des indépendants très dépendants". "Cette problématique dépasse les chauffeurs de taxi", note-t-il. "Beaucoup d’indépendants ou de petites sociétés ont des accords commerciaux qui les étranglent au vu du contexte" de confinement. "On pourrait imaginer que les autorités travaillent sur un moratoire sur les accords commerciaux pour force majeure, via une vérification du tribunal de commerce."

Une redevance qui deviendrait proportionnelle au lieu d'être forfaitaire ?

Du côté des taxis bruxellois, tous ne rencontrent pas les mêmes problèmes. Selon Michaël Zylberberg, les deux autres centrales de taxis présentes à Bruxelles ont clairement défini les règles. Chez les Taxis Bleus, soit les taximen indépendants déposent leur "radio" et ne paient plus rien, soit ils continent à travailler et paient le prix plein. Et chez Autolux, plus présent à l’aéroport de Zaventem, ils ont été plus généreux : leur service est gratuit pour leurs taximen et ce jusqu’à ce que le secteur reprenne des couleurs.

À terme, les 3 délégués estiment qu’un système de redevance non plus forfaitaire mais proportionnelle aux courses effectuées pourrait résoudre le problème aujourd’hui rencontré par les taximen avec Taxis Verts. Si aucune course, aucune redevance. L’idée d’une application régionale a également déjà été imaginée au niveau politique, mais elle n’a jamais abouti jusqu’ici.

Prime de 3.000€ de la Région

En attendant, les taximen bruxellois peuvent souffler avec un petite bouffée d’oxygène. Le gouvernement bruxellois a décidé hier d’accorder une prime unique de 3000€ aux exploitants de taxis. Une enveloppe totale de 5 millions d’euros viendra ainsi en aide au "secteur du transport rémunéré de personnes, nécessaire à la protection des besoins vitaux de la nation et des besoins de la population, fait face à des dommages économiques et sociaux avec le nouveau confinement et les mesures touchant notamment le secteur des événements culturels, sociaux et festifs, les bars et restaurants, mais aussi le tourisme d’affaire et de loisir", a annoncé le gouvernement dans un communiqué.

 




 

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