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Dépités, les Bruxellois ont découvert le chaos dimanche matin: appartements dévastés, commerces pillés, voitures saccagées (vidéo)

  • Aperçu des dégâts au quartier de la bourse au lendemain des émeutes

  • Émeutes après le match entre le Maroc et la Côte d

 
 
 

Pour les Bruxellois, le réveil a été douloureux dimanche matin. Balais à la main, ils nettoient ce qu'ils peuvent. Certains ont subi des vols, d'autres découvrent leurs magasins littéralement éventrés. Des logements ont également été pris pour cible. Mélanie Renda et Gilles Gengler se sont rendus sur place pour constater les dégâts et recueillir les témoignages des victimes. Un suspect a été interpellé et relâché après audition.

Des émeutes et bagarres de rue ont éclaté dans le centre de Bruxelles samedi soir, peu après la qualification de l'équipe de football du Maroc pour la coupe du monde. Entre 200 et 300 personnes se sont opposées aux forces de l'ordre. La police a dû utiliser à deux reprises un canon à eau place de la Bourse et au carrefour Lemonnier. 22 policiers ont été blessés. Deux véhicules ont été incendiés, des magasins ont été pillés et du mobilier urbain saccagé. Un retour au calme a été observé peu après minuit.


Des habitants dépités

De la vitrine de ce magasin de meubles, il ne reste que des débris ce dimanche matin. Une partie du trottoir a été dégagé ce matin.
 
Frida, la propriétaire, est restée éveillée toute la nuit. "Avec de l'aide des voisins et l'aide de ma famille on va essayer de mettre des panneaux. On ne va pas rester dormir chaque nuit ici jusqu'à ce que le vitrier arrive", confie la commerçante.

À l'étage du bâtiment, les fauteurs de trouble ont pillé l'appartement d'un jeune homme, prenant soin de vider un extincteur avant de partir.
 
Devant les commerces, les habitants du quartier s'arrêtent. Ils sont abasourdis. "C'est pas normal, c'est pas normal! J'ai été vraiment choquée quand j'ai vu ça", déplore une dame. "C'est triste de voir ces dégâts. C'est scandaleux. Je ne sais pas ce qu'on gagne à casser des vitrines et à arracher des poteaux", commente un autre passant.

Le long des rues, les quelques voitures qui se trouvaient sur le passage n'ont pas été épargnées.
 
Une jeune femme retrouve son véhicule complètement saccagé. Elle ne comprend pas comment cela a pu arriver. "Je suis choquée. Je ne sais pas pourquoi les gens ont fait ça. Tout ce qu'on m'a dit c'est qu'ils étaient qualifiés pour la Coupe du monde. Si ça c'est le simple fait d'être qualifiés, le jour où ils vont gagner, qu'est-ce qui va arriver?", s'interroge la victime.

Dans ce nightshop, après avoir cassé la devanture et tenté de voler la caisse, les émeutiers s'en sont pris à un vendeur. Il a été emmené à l'hôpital dans la soirée. "Ce n'est même pas pour l'argent, c'est une question de vie. Ils étaient des centaines", confie l'homme, encore sous le choc.

Ce dimanche matin, commerçants et habitants sont nombreux à s'échanger des vidéos et photos amateurs, filmées et prises ce samedi soir. Ils espèrent pouvoir reconnaître les personnes impliquées dans les débordements.

Des jeunes présents pour provoquer

Suite à la qualification du Maroc pour la Coupe du Monde, un rassemblement spontané s'est tenu devant la Bourse. Des célébrations... Avant des débordements. Que s'est-il passé pour en arriver là ? Les versions sont différentes. Du côté de la police, on accuse des jeunes présents pour provoquer, explique Olivier Slosse, commissaire de police dans la zone Bruxelles-Capitale, sur Bel RTL: "Il y avait parmi les gens qui se rendaient à la Bourse des groupes de personnes qui en profitaient pour casser du mobilier de rue, dégrader des voitures, monter sur celles-ci, même des voitures qui étaient dans la circulation, et qui jetaient des objets vers la police".


"La police a été menaçante dès le départ"

L'intervention a donc été nécessaire, mais elle a été agressive et disproportionnée selon plusieurs témoins qui nous ont contactés via le bouton orange Alertez-nous, comme Amélie : "L'ambiance était bon enfant. La police a démarré sa charge et une autopompe a commencé ses jets d'eaux alors que tout se passait bien. La police a été menaçante dès le départ. Je trouve inadmissible de jouer la provocation". "Je travaille chez les pompiers, j'étais sur place, la police a déconné. Il y avait une bonne ambiance et la police a chargé les gamins et ça a dégénéré", a affirmé un autre témoin.

22 policiers et une autre personne blessés

Les fauteurs de troubles ont bouté le feu à deux voitures et brisé des vitrines sur le boulevard Lemonnier, donnant lieu au pillage de certains magasins. La police n'a encore procédé à aucune interpellation, mais les images caméras seront saisies et exploitées afin d'ouvrir des dossiers judiciaires à ce sujet, a annoncé le commissaire. 22 policiers ont été blessés. Une autre personne a également été emmenée à l'hôpital, sans qu'il soit établi si elle était impliquée dans les échauffourées.


Un suspect interpellé et relâché après audition

La police a pu identifier un suspect à la suite des émeutes qui ont éclaté dans le centre de Bruxelles samedi soir. Cette personne a toutefois été relâchée après avoir été entendue. Le parquet de Bruxelles indique dimanche soir qu'il ne dispose pas d'éléments suffisants pour poursuivre cette personne tout de suite ou pour justifier la demande d'un mandat d'arrêt éventuel.

Le ministre Jambon demande une enquête à l'Inspection générale de la police

Ces émeutes sont "inacceptables", a réagi sur Twitter dimanche matin le ministre de l'Intérieur Jan Jambon. 
"Agression inacceptable dans le centre de Bruxelles. Le vivre-ensemble implique le respect, aussi pour les policiers qui s'engagent pour notre sécurité nuit et jour", indique-t-il sur le réseau social. Le ministre demande à l'Inspection générale de la police fédérale et de la police locale (AIG) l'ouverture d'une enquête sur les circonstances dans lesquelles s'est déroulée l'intervention policière de samedi soir dans le centre de Bruxelles, à l'issue de la qualification du Maroc pour le championnat du monde de football.

A la suite des émeutes, des questions ont été soulevées sur la rapidité et l'efficacité de l'intervention policière. "Les violences ont eu de lourdes conséquences pour les commerçants et les particuliers. Des personnes ont été blessées, surtout au sein des policiers", a commenté le cabinet du ministre. L'enquête doit notamment permettre de déterminer pourquoi aucune arrestation n'a eu lieu. "Cette enquête de l'AIG est aussi importante dans la perspective du prochain championnat du monde de football. Il importe de tout mettre en œuvre pour éviter que ce genre d'incidents ne se répète". Le ministre dit espérer des résultats et des recommandations de l'enquête au plus tôt.

Le Premier ministre Charles Michel a condamné dimanche les émeutes survenues au centre de Bruxelles, et salué la réaction des policiers. "Je condamne toutes les formes de violence, je salue aussi le travail des forces de sécurité, qui ont réagi avec le sang-froid et la sérénité nécessaires. Le gouvernement n'accepte pas qu'il y ait de tels débordements, nous veillons à faire respecter l'ordre public, et c'est le travail qui a été mené par les forces de sécurité", a commenté le chef du gouvernement fédéral, interrogé en marge d'un congrès du MR à La Louvière.


Un syndicat policier estime qu'"aucune leçon n'a été tirée"

Le 6 novembre 2014, une centaine de policiers avaient été blessés lors d'une manifestation syndicale interprofessionnelle à Bruxelles. Trois ans plus tard, "nous ne pouvons pas nous défaire de l'impression qu'aucune leçon n'a été tirée par les acteurs principaux", déplore le SLFP Police. Le syndicat policier exige une réunion urgente du Comité supérieur de concertation, organe qui rassemble les autorités politiques et les syndicats policiers reconnus.

Tout comme le ministre de l'Intérieur Jan Jambon, le SLFP Police s'étonne qu'aucune arrestation n'ait eu lieu. "Mais ce n'est certainement pas une critique à l'égard des collègues sur le terrain à ce moment-là", précise-t-il dans un communiqué. Vu le nombre élevé de blessés et l'étendue des dégâts, les syndicats policiers s'interrogent sur la pertinence des directives données aux services d'ordre lors de ce genre d'événements. Le SLFP Police "exige du ministre de l'Intérieur qu'il réunisse en urgence le Comité supérieur de concertation (...). Si effectivement il ressort de ce débat qu'on n'a retenu aucune leçon du passé, nous exigerons alors du ministre de l'Intérieur qu'il prenne ses responsabilités en décidant des mesures nécessaires".

La CSC Police, autre syndicat policier, interpellera la zone de police de Bruxelles-Ixelles et demandera aussi une analyse du suivi des recommandations sur la "gestion négociée de l'espace public" adoptées après la manifestation du 9 novembre 2014, a fait savoir Stéphane Deldicque, délégué permanent. "La philosophie de ces recommandations, c'est de ne pas avoir d'attitude provocatrice. Mais, quand on voit ce qui s'est passé samedi soir, on peut se demander s'il n'aurait pas fallu intervenir plus tôt. Une fois qu'on laisse monter la sauce, si je puis dire, il est plus difficile de calmer les choses. Les collègues ne comprennent pas pourquoi ils ne reçoivent pas du renfort plus rapidement, pour éviter l'escalade des violences mais aussi pour leur propre sécurité", analyse Stéphane Deldicque.

Le ministre de l'Intérieur Jan Jambon a demandé à l'Inspection générale de la police fédérale et de la police locale (AIG) l'ouverture d'une enquête sur les circonstances dans lesquelles s'est déroulée l'intervention policière de samedi soir.




 

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